24.09.2007
Parti(e) de blog
[Blog opératoire]
1/ Que du relationnel ?
Un blog vient de fermer ses pages, et les tentatives d’explications données par son auteur me rappellent à mes propres motivations sur le mien. Je ne donne pas le nom de ce blog aujourd’hui fermé, pour ne pas focaliser sur lui le sujet de ce billet.
Je me dis que l’auteur de ce blog n’a pas su faire taire en lui-même ces motifs tapis en chacun de nous et toujours prêts à s’imposer – : les motifs d’arrêter.
S’il a arrêté, c’est qu’il n’était pas guidé par une de ces nécessités qui authentifient le geste et la volonté de créer, de construire coûte que coûte.[1] Précisément, ne pas avoir eu à consentir à quelque « nécessité » ou « discipline » a dû précisément constituer pour lui sa « liberté » d’agir sur son blog. Je le laisse juge de cette pensée, mais je conclus de la fermeture de son blog qu’il n’y avait donc en celui-ci que du relationnel en jeu, que du conditionné par l’amour ou l’assujettissement des autres :
« Je veux qu’on m’aime » était son leitmotiv. « Je vous quitte » est le mot de la fin.
Serait-ce que nous ne l’avons pas aimé comme il l’aurait voulu ? Mais c’est là une condition que nous partageons tous …
Alors quoi ?
Je songe aussi à cet autre blogueur qui prétend, comme des milliers d’autres sans doute, s’amuser sur son blog, mais qui se lassera un jour, à son tour, des autres, au nom de cette même liberté, leur infligeant un beau matin sa résolution d’en finir – avec eux. [2]
En finir avec nous, ses fidèles lecteurs, et non point avec ce qu’il réalisait jusqu’alors !? – voilà ce que signifierait donc l’intention de fermer son blog ?
« Les deux sont liés !» me dira-t-on... Soit ! Alors je demande : quelle entreprise, dans ces conditions, est le blog ?
Une aventure dont on régale les autres – jusqu’à ce que d’eux on se lasse ? [3]
Voilà qui est bon pour « passer le temps »,[4] preuve s’il en est qu’on est là parce qu’on s’ennuie, et qu’on ne cherche la compagnie d’autrui, comme toujours en pareil cas, que pour s’ennuyer ensemble plaisamment.
Et pourquoi ne pas plutôt se régaler soi jusqu’à se lasser de soi ? En finir avec soi, n’est-ce point alors la plus belle façon d’aller vers les autres ? [5]
___
2/ Le cadre, c’est vous et l’étagère !
On ne voit généralement dans le blog que cet outil permettant de « communiquer » avec autrui, un simple moyen de se mettre en relation avec d’autres personnes. Mieux ! :
Le blog est cette scène offerte aux jusque-là spectateurs, une occasion unique pour chacun de « se produire » !
Cette libre scène a même suscité bien des créations personnelles ! Mais pourquoi crée-t-on ? Est-ce donc l’occasion qui crée le larron ? la scène qui fait la vedette ? le projecteur qui fait le guignol ? Qu’est-ce qu’ouvrir un blog ?
Occasion de créer ou d’avoir un public ?
« Les deux sont liés ! », me dira-t-on, là encore…
Mais c’est là que le bât blesse ! car « occasion de créer » ne signifie pas nécessairement souscrire à l’« opportunité d’avoir un public » – c’est précisément ainsi que la plupart des blogueurs, manifestement, l’entendent – mais : « saisir l’opportunité d’un blog en tant que cadre de création (ou de travail) ». [6]
La confusion comme la distinction des deux termes traduisent respectivement, je crois, deux types distincts de solitude: [7]
L’un, seul, ouvre un blog pour aller vers les autres ; l’autre, seul, parce qu’il trouve là un cadre heureux à sa composition.
Deux types d’ego, en définitive : la solitude de l’un fait qu’il va, nu, vers les autres ; la solitude de l’autre importe comme préalable* à sa composition.
Mais voici le fond de ma pensée, ce qui justifie à mes yeux ma position, ma préférence :
Le sens de la création personnelle an-egoïque * est dans la conscience définitive de l’arbitraire et de la gratuité de nos existences.
Le don* dont il est question là en filigrane n’est pas une vocation morale « pour l’altruisme » mais la conséquence et le résultat « pratique » d’une façon de faire avec soi-même et avec les autres. Si la jouissance de soi consiste à créer-découvrir, il est bon de ne pas attendre des autres qu’ils nous caressent dans le sens du moi, car alors la déception couve, la dépendance est là, et – on ne fait plus rien que communiquer…
La reconnaissance mutuelle,[8] c’est cela que la plupart des personnes entendent et attendent quand elles parlent « d’échange ». « On veut s’aimer ! » signifie le cri de chacun, en substance.
Oui mais qu’est-ce qu’on se donne l’un l’autre pour ça ?
« Nous les gratuits », à l’inverse, si je puis dire pareille coquetterie, nous n’avons pas à faire notre promo, vous régaler ou nous défendre. Pour le dire de façon un peu cavalière :
Je vous aime ! mais ça n’est pas sur mon blog que nous nous aimerons ! Voici, j’ai posé là mon oeuvre, maintenant rions, maintenant seulement faisons connaissance !
Je songe ici, disant cela, à Héraclite dont on dit, si je ne m’abuse, qu’il cacha ses écrits sous une pierre du Temple et s’en alla jouer avec des enfants.
Je songe également à tous ces hommes, de toutes les époques, qui ont suivi leur propre chemin sans jamais (ou presque, quand même on est des hommes) l’attacher aux hommes, leurs contingences, leur inconstance, leur inconsistance, leur ingratitude.
Je songe également aux hommes capables de détruire leurs œuvres à la fin de leur vie (ou inversement…), sans amertume ni bravade aucune, ni même esprit de sacrifice, simplement parce qu’il n’y a pas de raison, selon eux, qu’elle leur survive : ils n’ont voulu qu’être présents…
Il s’agit peut-être de donner sa part aux autres = ce que l’on fait de soi – et puis de vivre sa vie comme, et éventuellement avec, eux.
Reste à définir en quoi un blog constitue un CADRE possible de création pour celui qui le désire. Pour moi le cadre ici c’est les autres, c’est vous, c’est ce que, selon moi, je vous dois et que vous m’offrez – dans les conditions susdites. Mon témoignage, en quoi le blog constitue un cadre, je le donne ici mais comme un commentaire.
_____
3/ Mon dire autrement, comme préalable* :
[Je veux pouvoir vous parler sans avoir à reproduire le schéma de la relation dialogique classique
… Au travers de cette fenêtre qui s’ouvre en appuyant sur quelques boutons, je ne m’imagine pas entrer en scène ni dans un jeu de rôles. Je vois simplement un rebord, une étagère. Cela veut dire : c’est bien à vous que je présente et soumets ce que j’écris, mais non point à vous que je « Parle » ! Ni rhéteur, ni savant, j’écris devant vous des textes tels que je pense devoir VOUS les présenter – tout en restant moi-même.
[Je veux pouvoir déposer sans avoir à « communiquer » (faire la promo, assurer la déco, vendre la billetterie)
… Sur l’étagère, je dépose donc quelque chose à hauteur d’yeux des passants que vous êtes, pour ne pas le laisser par terre. Par terre, on ne peut qu’y trébucher dessus et l’abîmer sans le voir. Je ne crache pas sur mon travail, mais là se limite ma « publicité », je parle à des personnes, pas à des clients potentiels !
[Je veux pouvoir dire et être crédible sans avoir aussitôt à enseigner
… Je dis ce que je crée / découvre.* Je ne me suis pas épuisé intellectuellement à une carrière, vidé à une pareille ambition. Je ne suis pas au tableau, je ne fais pas démonstration, je ne convoite pas de chaire ni de poste ; je ne suis pas de la gente « Tout à enseigner, rien à dire ! » ;-) Mon « intellect » n’est pas encadré militairement par une carrière. [9]
[Je veux pouvoir dire sans devoir user d’artifices
… Je n’enrubanne pas mes écrits des guirlandes de l’autorité (les références de toutes sortes), ni n’enveloppe mon blog de l’éclat de relations « de choix » (liens intéressants et pertinents, forcément[10]).
[Je témoigne résolument d’un dire-être préalable* et d’un type de relation par conséquent ; j’espère être utile à quelques autres
… Je fais effort d’être intelligible, de faire court et construit – mais non pas de vous mâcher le travail. Je n’écris pas une thèse, un guide ou une somme ; je donne des éléments à assembler pour soi, si on veut. Pour s’aider peut-être à se construire (à se débarrasser et résister, à se mettre à son tour à créer / découvrir à son propre compte).
Et par conséquent :
[Je ne veux pas être l’hôte de mes lecteurs
… Je ne suis pas en service, je ne suis pas le tenancier de mon blog, cette étagère. Je ne veux pas répondre systématiquement, même si cela doit passer pour manque de politesse. Je ne suis pas une hôtesse, je n’ai pas un rôle d’accueil à jouer, je présente. Tout le reste entre nous est à construire.
[Je ne veux pas faire de mon blog un club
… Je ne suis pas une star, une sommité, un érudit, un intellectuel, ni vous des potentiels disciples, je veux dire des lecteurs formatés à devenir fans sinon rien. Je ne suis ni ne voudrais devenir une notoriété (c’est sûrement scandaleux !). Je réponds à des questions, pas aux interviews. Je ne travaille pas dans l’egojournalisme.
Mais quand même…
[Je ne vis pas sur mon blog
… Je ne mélange pas le travail et l’amusement, les lecteurs et le copinage (tout comme Héraclite ! ;-))
…[11]
Et donc… s’il n’en restait qu’un, Saint Blog héroïque, je serais celui-là, travaillant seul au blog-monde, sans autres et sans pourquoi. Pathétique, n’est-ce pas ? ; -))
Mais non, le blog-monde n’est pas le monde !
Donner le meilleur de soi aux autres, oui, en le préservant au mieux de l’Inter-dire. Et alors peut-être ils nous aimeront. Moins soucieux de plaire au plus grand nombre que d’être utile à ceux qui sont prêts à faire semblable effort : une personne en train de créer / découvrir son propre dire-être* n’est pas dans un rapport immédiat aux hommes ; cela vient après, dans les mondanités auxquelles souvent elle se complaît ; il est dans son rapport à soi et au monde : solitude. Ce billet se veut simplement témoignage d’une distinction importante, d’un préalable* souhaitable à toute communication. Mais je reconnais que j’ai peut-être placé l’étagère un peu haut… ;-)
M’enfin, que je n’oublie pas l’essentiel, peut-être, de ma motivation pour la forme blog ! Livrer régulièrement « en live » et au plus près des lecteurs potentiels (à défaut d’avoir gagné la partie « s’entredire ») ce genre de pensées et d’écrits qu’on ne trouve habituellement que dans un livre. « Le livre d’emblée » c’est la caution d’une « distance d’emblée » vis-à-vis du lecteur que je récuse (et que l’on justifie naturellement par ses titres et / ou sa fonction) ; ce blog est pour moi l’opportunité à la fois de publier peut-être un jour (tremplin pour le livre) et d’en retarder le plus longtemps possible l’échéance. Mais déjà, il faut bien l’avouer, ce blog est sur la mauvaise pente.
Fin de blog, un livre peut-être : à la fois la reconnaissance d’une pensée et / mais l’échec d’une parole qui l’aurait rendu inutile. [12] Un livre, c’est sûrement quand dire-être au monde n’est plus que dire aux hommes : mondanité.
* Voir supra.
[1] Ce qui ne signifie pas qu’on est un adepte de « l’art pour l’art », mais que « une chose est nécessaire » : réaliser.
[2] Et ils en ressentiront, à bon droit, quelque amertume.
[3] Loin de moi l’idée de juger « en-soi » quelque personne ou quelque blog que ce soit. Ce que j’interroge ici c’est la différence entre nos moi respectifs et la pertinence liée à cette différence d’une distinction entre notre travail de création (ou de réalisation) et la communication (incluant la relation) qui en est, semble-t-il, la consécration. Je livre ici mon questionnement et mon témoignage, peut-être utiles à d’autres. J’examine ce qui fait qu’un blog perdure par-delà succès – ou insuccès.
[4] Je laisse ici de côté toutes les formes d’un désir d’exercer un pouvoir, une influence sur autrui.
[5] Le Zarathoustra de Nietzsche illustre cette façon de voir : il a longtemps amassé du miel en solitaire, dit-il ; il s’aime maintenant de le distribuer aux autres sans trop attendre d’eux. Zarathoustra ne s’accroche pas à son talent mais à son œuvre ! Il ne distrait pas, il donne. (Et il ne s’agit pas d’abnégation !)
[6] Personnellement, j’ai commencé par la forme poétique, contraignant mes pensées à la concision et la rime, ce que d’aucuns considérèrent comme un mélange des genres. Le blog est mon nouveau cadre. Ce que je dis à la suite, je le dis comme un commentaire.
[7] L’un et l’autre sont pareillement seuls au blog-monde au moment où ils y entrent. Bien évidemment tous deux espèrent dans les autres, mais l’un ne veut pas en faire une condition. Du reste, pour ce blogueur parti, la question maintenant est certainement: « où et comment poursuivre ailleurs ? » C’est-à-dire « quel autre cadre ? » S’il cherche à publier auprès d’un éditeur, peut-être, ce sera alors pour lui l’occasion de mettre cette fois le relationnel – à la fin. Un apprentissage de la distance ? de l’amour différé ? Blog : l'amour de la littérature en live ? ;-)
[8] Du moins aussi longtemps mutuelle… que les autres ne nous ont pas consacré.
[10] Je préfèrerais mentionner des collaborateurs sur un projet commun.
[11] Et forcément je ne me ferai pas beaucoup d’amis… (mais « Il est peu de vices qui empêchent de se faire beaucoup d’amis » !)
[12] « Dis ta parole et te brise ! » est la tragédie de l’homme seul, condamné à communiquer au travers d’un livre.
07:00 Publié dans A propos, suite, sagesse du dire, s'entredire | Lien permanent | Commentaires (57) | Envoyer cette note | Tags : blog, création, relation, communication, dire-être préalable
26.12.2006
[Titre de blog élargi]
Ce que veut dire.
J’élargis la préoccupation première de ce blog. Il se nomme désormais Ce que veut dire. Il sera donc maintenant plus personnel, plus relatif à ce que je pense, mais sans que le verbe s’entredire cesse pour autant d’être l’affaire de chacun et de tous. Je ne m’accapare pas plus qu’avant ce verbe, mais au moins j’espère ainsi ne plus donner le sentiment de « réquisitionner » l’autre, comme il me fut dit récemment. Je comprends qu’à vouloir interroger le geste de dire de chacun à l’égard des autres et indépendamment du « contenu », j’ai pu donner à maintes reprises cette impression. Mais je comprends aussi que personne ou presque n’entend peu ou prou remettre sa propre façon de dire en cause. Pour autant, le dérangement causé par les questions que je pose n’est pas tel que je renonce à pointer ici ou là, à l’occasion, différents types de dire. Il sera dit que je n’invite plus chacun à se poser les mêmes questions que moi, mais que simplement c’est là… ce que je pense ;-)
La preuve est faite que ce blog est bien un essai de dire !
« Ce que veut dire ». J’élargis également le sens du verbe dire. Un verbe peut-il vouloir ? Non, il ne s’agit pas de dire ce que « veut » le verbe dire, mais ce qu’il traduit comme présences, comme existences, comme gestes et comme relations, à savoir ce qu’il « veut dire », ce qu’il signifie (de signe) sur le plan ontologique et non purement noétique (pensée). Cela permet à mon sens d’appréhender autrement « l’être au monde ». Le verbe « veut », dans cette expression, est une façon de placer délibérément la question du dire dans une relation, celle d’un être au monde qui serait « en même temps » un dire-être au monde et aux autres (de même espèce ou pas !). Le monde y est implicite. La relation n’est pas réduite simplement à du « subjectif » face à de « l’objectif » ou inversement, pas seulement non plus entre deux interlocuteurs. « Dire », en ses multiples façons, c’est la manifestation même de l’être au monde.
La suite dans la note « Dire, entre être et faire exister » (ci-dessus)
09:00 Publié dans A propos, suite | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Essai de dire, intentionnalité de la parole
11.12.2006
[Après trois mois de blog]
Certains blogueurs ont fait part de leurs débuts dans la blogosphère, j’espère que ces quelques mots pourront à leur tour profiter à d’autres.
1) A peine ouvert mon blog, j’ai cru pouvoir, en protestant, l’épargner de l’atmosphère de suspicion propre aux échanges sur le net – je veux parler des différents problèmes que pose l’anonymat. Celui-ci fait pourtant de chacun de nous une ombre ! Et c’est bien là, à mon sens, qu’est le véritable virtuel ! Mais bon – la grande majorité des internautes semblent s’en accommoder, alors…
2) J’ai cru ensuite pouvoir désencombrer nos échanges des interférences parasites en proposant une correspondance individuelle par mail : ce fut une maladresse de ma part (bien que cette correspondance existe a profit), elle a jeté sur moi le doute, voire alimenté une suspicion particulière (suspicion qu’un intervenant, manifestement paranoïaque du reste, entretient ici même ouvertement, mais aussi auprès d’autres personnes, en privé !).
3) Puis j’ai cru devoir assainir l’espace commentaires au nom des lecteurs* en supprimant à l’écran les injonctions, insinuations et autres insultes de « génie mal compris ». Ce fut une erreur car chacun, là encore, semble s’accommoder de ce type d’ivraie, ici comme ailleurs, ou pour le moins s’y résigne. Il semblerait qu’incombe à moi seul d’entretenir l’espace des commentaires…
4) Avant tout, le mot s’entredire en titre de mon blog a prêté à confusion, j’en ai conscience. On a pu croire en effet que j’ai voulu ouvrir une sorte de centre d’accueil dont je serais le tenancier, où chacun, ah la belle âme !, pourrait venir se désaltérer à une source commune… Voyez, déjà le style !
5) Mais ma plus grande erreur fut sans conteste un excès de scrupule indifférencié envers les commentateurs.
(*) J’ai appris en effet que certains ne lisaient même plus les commentaires.
<>
S’agissant du fonctionnement du blog, aujourd’hui il me semble que ça n’a aucun sens de donner à lire des notes d’un côté et de « tenir la chandelle » des commentaires de l’autre, d’abandonner l’espace des commentaires, de le laisser s’infester de propos inutiles ou déplacés où l’on n’a même plus envie de se rendre soi-même. Pour assurer une certaine cohérence de l’espace des commentaires avec celui des notes, je prends donc le parti d’y faire les coupes nécessaires. Je choisis sans plus de scrupules d’entreprendre d’alléger les commentaires de ce qui en encombre le plus la lecture et a pu en outre dissuader certains, sans nul doute, de participer. A commencer par moi. J’assumerai les conséquences.
C’est d’éléments pour une sagesse du dire qu’il est question sur ce blog, non d’y reproduire les rapports hétéroclites auxquels nous sommes par ailleurs coutumiers. A défaut de règles de s’entre-dire, riposter est partout la forme la plus courante des différents types du répondre (même étymologie), mais c’est aussi celle qui contient le moins de dire – proprement dit. Riposter c’est faire entrer son dire dans le seul faire à autrui. C’est sans nul doute un faire efficace pour attaquer l’autre ou se défendre, mais le contenu en véritable « dit » est alors nécessairement pauvre, voire nul. Les dérapages verbaux dans les commentaires comme dans la vie (je n’y échappe pas, je ne suis pas un sage) ne font qu’entériner l’absence de règles visant à un s’entre-dire qui ne soit pas seulement commerce entre ego(s) rompus à l’amour-propre et pressés de se dire comme on s’entre –tutoie / -tue / -toise. Le verbe dire doit pouvoir réserver autre chose, non ? Il me paraît insolent et complaisant de prétendre aspirer réellement à un échange véritable quand on n’a ni le désir ni le courage de participer à la construction préalable de l’espace nécessaire pour cela. La raison en est simple : le dire est généralement considéré et utilisé avant tout par chacun de nous comme une arme d’attaque et de défense et ce, consécutivement au désir profond de parler de soi et de se faire valoir auprès des autres. J’y ai fais allusion dans plusieurs notes déjà. Ainsi, c’est bien affaire de cohérence pour moi et pour mon blog que d’indiquer clairement que cet « entredire »-là que nous pratiquons à tout instant dans la vie de tous les jours, eh bien nous le connaissons tous déjà, et que c’est autre chose ici que je tente de présenter ici parce qu’il est justement question d’une sagesse du dire. (Voir plus bas).
Mais j’envisage aussi d’ouvrir un autre blog, « tout-venant », plus en conformité avec la diversité, et où je vais pouvoir moi aussi m’amuser. Il est entendu qu’à mon tour je n’y aurai rien à dire ! ;-)
<>
Pour ce qui est de l’expression « s’entredire », celle-ci désigne pour moi l’espace informel terminal d’une parole prenant racine (ou la retrouvant) dans l’espace physique concret. Je n’utilise pas l’expression comme un point de départ moral, animé d’une quelconque bonne volonté en matière de communication [je suis plutôt pessimiste en la matière]. Je n’utilise pas non plus l’expression pour signifier le fondement objectif d’une éthique du « dire » élaborée par une œuvre intellectuelle d’envergure (mienne) qui se serait penchée avec amour sur les vertus du « s’entre ». Je donne des éléments pour une sagesse de dire : après l’Etre (« épistémofolie »), dire-être au monde et aux hommes, s’entredire.
Voici le schéma central de ce que j’ai à dire (il ne s’éclaircira qu’au fur et à mesure des notes à venir) : Ce n’est, selon moi, qu’Après l’Etre et à la découverte du dire-être – dire-être au monde et aux hommes, les deux espaces du dire et de l’être, l’un physique, l’autre informel – que peut naître et que s’impose d’elle-même, il me semble, une certaine sagesse du dire. C’est-à-dire relative au s’entredire. Que cette sagesse s’éprouve un jour entre nous, ou même constitue une base pour un groupe de travail futur, c’est une autre histoire. Pour l’heure, je l’expérimente timidement moi-même tout en instruisant le procès de ce qui me paraît constituer l’Etat d’esprit dans lequel nous vivons et de son « épistémofolie », principal obstacle. [Je vais rendre la catégorie « Après l’Etre » visible].
C’est par souci d’honnêteté envers les lecteurs que j’ai parlé d’emblée de s’entredire et aussi, dès ma première note, d’une « improbable éthique de la communication », ne voulant pas faire naître l’idée qu’ici il y a un secret à découvrir qui vous tient en haleine, ne voulant pas donner à croire en un accompagnement du lecteur jusqu’à une révélation ultime. « Voilà où et à quoi nous aboutir(i)ons – maintenant vous savez tout » : tel était le sens du geste. Carte sur table ou peut-être utopie livrée aux fauves ? Qu’importe ! il reste quand même à jouer la partie… Ici simplement je dépose et peux tout à fait m’en contenter. Le don « à fonds perdu » de ce qu’on a à dire, en partie objet de ma note du 4 décembre dernier, n’est pas seulement un choix à faire : il n’y a, à mon avis, pas d’autre alternative à l’espace de communication actuel. Mais il esquisse déjà un nouveau mode de communication par la façon poïétique qu’aura tel ou tel autre de le recevoir. Comme il est dit plus bas, à chacun, s’il le veut, de construire.
Il y a une unité dans les notes qui alimentent les catégories « s’entredire », « Après l’Etre », et « dire-être » (catégorie que j’inclus dans la précédente). Je donne cette indication pour le cas où un lecteur (ou un éditeur !?) serait intéressé / tenté, à terme, de la reconstituer ou de la construire pour lui-même (et avec moi ?) dans un livre, c’est-à-dire veuille ce que moi je ne veux pas, à savoir écrire un livre à partir de ce qu’il trouvera ici sans passer par la pratique expérimentale de la sagesse dont il est question – et pour commencer :
N’écrire un livre qu’en désespoir de cause.
J’aurais aussi bien pu intituler mon blog « dire-être » ou « Après l’Etre ». J’ai préféré le « s’entredire » auquel ils s’articulent et sur lequel ils débouchent comme pratique vivante – au lieu d’écrire un livre.
*
Pour ce qui est enfin de mon identité personnelle (il paraît que j’intrigue), j’ai avant tout quelque chose à expliciter et non avant tout un espace de communication à créer, non avant tout quelque chose à vous dire, non avant tout un besoin de communiquer à n’importe quel prix : je ne suis pas un meneur d’hommes, je suis bien trop enclin au détachement, je n’ai pas de charis personnelle (comme l’a bien vu Koan), mais s’agissant d’échanges, je souscrirai à toute initiative éventuelle en vue de réfléchir ensemble, voire d’expérimenter ce que peut être un dialogue « véritable ».
NB/ J’ouvre pour l’occasion une catégorie « A propos », en continuité de l’A propos en en-tête pour d’éventuelles autres « notes internes » à venir. « Six mois de blog », par exemple, ou encore « Neuf mois de s’entreblogres »! qui sait ? ;-)
*
09:05 Publié dans A propos, suite | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : Blog-ajustage


