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30.10.2006
« Plaidé coupable », un casting machiavélique.
Le bruit courait partout : ce film renferme un secret. Tout le monde voulut aller le voir. Raison de plus, il n’était prévu qu’une seule séance en simultanée dans toute la France ! Tout cela était bien étrange… Un film qu’on ne reverrait jamais plus, pourquoi ça !? Certains spectateurs se montrèrent d’emblée perplexes, d’autres se firent forts de n’être point dupes, d’autres encore vinrent par jeu, amateurs de policiers, pour percer à leur tour « le mystère » – mais à vrai dire sans trop y croire : « Un coup de marketing médiatique, à coup sûr ! »
Tous ont vu, de leur propre aveu, un bon film. Aucun cependant ne sut rien dire du secret. Une simple devinette sans doute. Le scénario ? Rien de plus banal : une histoire d’amour, une intrigue, une scène ou deux de violence, quelqu’un meurt à la fin. C’est elle qui l’a tué…
Les gens sont sortis des salles un peu déroutés : « Le meurtre dont vous êtes le coupable » disait la bande annonce diffusée à la télé les jours précédents. C’était même écrit sur l’affiche à l’entrée des cinémas ! Cela pouvait faire penser à ces livres pour enfants où il est écrit en page de garde : « l’histoire dont vous êtes le héros ». On nous prend vraiment pour des imbéciles ! On aurait pu s’attendre à découvrir une sorte de « film à tiroir » première version. Mais mis à part le plaisir du film, personne ne comprit l’allusion.
Trois jours après, on apprit dans les journaux qu’un acteur était mort à la fin du tournage. Il s’appelait Solon*. Une enquête fut ouverte. Elle promit d'être longue...
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(*) Solon, comme le Sage grec qui s’opposait paraît-il au spectacle de tragédies… Allez comprendre !
08:20 Publié dans s'entredire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : s’entredire, spectacle, spectateur coupable, aveu, Solon, scène véritable, droit d’expression
23.10.2006
Désapprendre à lire ce qui se donne à voir - [A propos d'un tableau de Magritte]
Suffit-il de livrer aux autres son point de vue, point de vue que ceux-ci sont en droit de supposer issu d’une analyse, sans donner le cheminement, l’articulation même qui y conduit ? C’est prétendre à un lien [ici entre le tableau de Magritte et notre point de vue] sans le montrer. Il n’y a guère d’intérêt. Peut-être même serait-ce révoltant pour le peintre lui-même, lequel s’est appliqué à peindre et à écrire sur son tableau ce dont il est question ! Avant de donner à lire notre point de vue, ne faut-il pas dire… ce qu’on voit ?
Le tableau de Magritte dont il est ici question juxtapose une (représentation de) pipe et une phrase indiquant clairement en dessous, dans une calligraphie de maîtresse d’école : « Ceci n’est pas une pipe ». Je n’ai rien lu de la critique, j’expose ici simplement mon analyse, très « subjective » sans doute (s’il est question d’autre chose en art !) :
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Qu’est-ce qu’on regarde tout d’abord ? La pipe ou le texte ? Croit-on que le texte « accompagne » ici la représentation de la pipe ? Ou bien est-ce une phrase peut-être qui est représentée et « l’image », à l’inverse, qui l’accompagne ? Quoi qu’il en soit, on passe de l’une à l’autre et inversement, comme dans un dialogue contradictoire.
Il y a contradiction, en effet. L’image nous dit : ceci est une pipe. Elle la montre. Le texte nous dit : ceci n’est pas une pipe. Il l’affirme. Chacun des deux contredit l’autre.
[L’un des deux serait-il à mettre entre guillemets ? Le texte n’est pas mis entre guillemets. Le texte est-il à écouter ? Etymologiquement, paraît-il, le savoir est lié au voir, le comprendre à l’écouter. Devons-nous donc ici voir-savoir ou écouter-comprendre ? Mais attendons la suite.]
Le texte n’est donc pas l’intitulé de l’œuvre, il participe activement, « dialectiquement », contradictoirement du tableau, au même titre que l’image ou représentation.
C’est dire que le texte est ici à égalité avec l’image.
[Certes, je vois une pipe, donc c’est une pipe. Je crois ce que je vois, ce que je vois me dit ce dont il s’agit – et cela signifie, mais on le savait déjà, que l’image aussi « me parle » tout autant que la phrase. La phrase n’est pas seule à « signifier », à dire. L’image est tout aussi patente, pertinente, significative.]
Voilà qui nous montre en tout cas que nous lisons l’image tout autant que le texte. C’est sûrement un bon pas. Est-ce que le peintre nous convie alors, par symétrie, à « regarder le texte » ? Ca n’a guère de sens.
A ce stade de la réflexion, il faut donc faire, malgré tout, un choix, se décider pour l’une ou pour l’autre, la représentation ou la phrase. Faisons l’expérience. Alors, à laquelle des deux donner raison ? A celle qui est ici à sa place ! A laquelle dénier par conséquent sa présence ? A la phrase. Car elle n’est pas là à sa place, dans un tableau. Elle vient se surajouter, comme une intruse, à l’objet représenté sur le tableau ; pire ! elle se fait passer pour égale à une « chose » alors qu’elle n’a rien à faire ici. Un tableau c’est fait, « normalement », pour présenter des formes et des couleurs. La phrase a sa place conventionnelle dans un texte. Il semble qu’on ait fait là un pas de plus dans notre compréhension...
[Voir l’extrême évidence de l’objet représenté, représenté sciemment en toute exhibition. L’objet est peint de telle sorte qu’il se suffit à lui-même. Il en va de même de l’affirmation. On ne sait en définitive, de l’objet représenté ou de la phrase, lequel est le plus arrogant. Chacun s’affirme avec force. On devine seulement que la calligraphie choisie est là pour nous donner clairement le « ton » de la phrase : ça n’est pas une blague. On peut imaginer la situation inverse : un traité philosophique touffu dans lequel la seule représentation graphique, page 824, serait celle d’une pipe. Le lecteur se demanderait alors sans aucun doute ce qu’elle fait là, et il se mettrait très vite à penser qu’elle est là pour « illustrer » le propos. Or, si le propos traduisait au contraire son désaccord avec l’image, le lecteur ne manquerait pas de se dire que l’image n’illustre que la contradiction, que c’est elle, ici, l’intruse.]
Bref, dans le tableau de Magritte, la phrase vient manifestement « se planter là » dans le tableau. Elle parle, certes, on l’a déjà dit, mais surtout elle peut à bon droit nous faire maintenant penser à un critique d’art qui aurait exigé d’être sur la photo même d’un reporter photographe afin d’y annoter en direct sa réflexion : en vrai journaliste critique, « au plus près de l’action ». Un peu farfelu sans doute, mais quand même.
Or ici, sur notre tableau, la phrase joue justement ce rôle, la phrase est au plus près de l’action… – de peindre ! D’où leur juxtaposition.
Oui, on l’aura reconnu, c’est le peintre lui-même qui est venu se planter là, dans son propre tableau, au travers d’une phrase. Il veut donc manifestement critiquer notre regard.
Si mon analyse est bonne, c’est la phrase – laquelle n’est pas ici à sa place, disais-je à l’instant – qui nous fournit la clef de la contradiction. Car cette phrase, c’est le peintre, c’est la critique du peintre !
Alors que veut le peintre Magritte critique de notre regard ? Il nous montre un objet, croit-on dans un premier temps, et nous dit qu’il n’a pas représenté cet objet. Mais en réalité il veut rompre, par cette phrase, avec notre habitude de lire toute image et tout objet même, alors qu’ils ne se donnent qu’à voir. En l’occurrence, le tableau dans son ensemble signifie donc : « Vous voyez là une pipe parce qu’est profondément ancrée en vous une façon de voir selon le nom et la fonction de l’objet qui est en face de vous ». Le texte veut dire : « Tâchez donc pour une fois de voir cette chose représentée autrement que comme un objet possédant un nom, répertorié dans une fonction bien précise, et exigeant d’être perçu de la sorte par tout un chacun ! Bref, cessez de lire cette chose – si vous le pouvez !». Il nous lance un défi. Il nous reproche donc implicitement de tout voir en nom et en fonction. Et il est vrai, réflexion faite, que nous regardons toute chose, à tout moment, selon la plus triviale convention du regard. Magritte a peint cette chose qui est dans la vie de tous les jours une pipe, pour nous engager à regarder toute chose autrement qu’avec les yeux du dictionnaire et du sempiternel utilitaire. L’objet peint là n’est pas un objet de communication…
Ceci n’est pas une pipe. DONC ?
Ayant désappris à lire le cadre, le nom et l’usage, je me mets maintenant à regarder la qualité de la peinture, les couleurs, les formes, la structure, le style, le trait, le geste, la beauté, etc. Y a-t-il encore un « objet » ?
Ah, quelle découverte ! Ce n’était donc ni la représentation de l’objet, ni la phrase en dessous qu’il nous fallait mettre entre guillemets, mais bien – l’objet même ! Ainsi, la représentation et le texte ne sont pas en opposition ! Bien au contraire : Le texte dit véritablement ce que la représentation montre ! Si nous voyons là une pipe, c’est que nous ne savons pas voir… [ce] qu’a créé le peintre. « Vous voyez une pipe ? Il n’y a là devant vous qu’une toile, de la peinture, des formes et des couleurs ! ». « Il n’y a pas de sang, disait Godard, il y a du rouge ». Mais qu’on n’aille surtout pas croire bêtement que Magritte nous dit simplement : « Ceci n’est pas une pipe puisque ça n’est qu’une représentation d’une pipe ! », comme pour nous révéler une quelconque « illusion » ! Non, il s’agit bien pour nous, maintenant que nous avons compris son regard et sa critique envers notre regard, d’exercer comme lui notre nouvelle façon de regarder tout objet véritable, au dehors, à tout moment, une fois enlevés le tableau qui l’entoure tout autour…. et la phrase qui se trouve au-dedans…
[Après tout, c’est cette même invite que l’on lit dans les yeux de chaque personne : « Je ne suis pas ce que tu vois ! ».]
Au poète appartient tout ce qu’il voit
Le peintre recrée toute chose de son regard
Il n’y a pour lui ni tableau (cadre), ni pipe, ni phrase.
A nous de les voir au travail.
En une phrase, peut-être : « Toi qui crois toujours seulement voir, tu ne vois en réalité que quand tu ne sais pas ce que c’est ni ne cherche aussitôt à savoir ce que c’est ; le reste du temps – tu lis ! »
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Chacun, s’il le désire, peut maintenant relire le présent texte comme un double du tableau, avec sa part de signe(s) et sa part de sens.
NB/ Merci de voir, je veux dire de lire, le nouvel A propos.
09:35 Publié dans Après l'Etre | Lien permanent | Commentaires (73) | Envoyer cette note | Tags : Signe, sens, Magritte, peinture
16.10.2006
Dire-être
Ce qui Est ne peut qu’être Dit.
En ai-je besoin pour dire-être au monde !?
Je soupçonne le vouloir dire humain d’avoir jadis inventé et depuis abusé de la vérité et de toutes les autres légitimités possibles et imaginables à seule fin d’instaurer
un Dire,
« enfin »,
sur cette Terre.
Expliquer, hiérarchie oblige de tous les dires possibles,
Est aujourd’hui encore sa vocation,
Démontrer, sa jubilation.
On sait, on explique on démontre on érige,
Ergo est – Civilisation.
Le poète du dire-être vit dans cet autre espace
Dans lequel le langage n’est plus une Instance
Mais un outil parmi d’autres de l’être là.
C’est un inoffensif
(Je ne parle pas de celui qui croit faire du beau une arme)
Il peut se permettre de sembler Dire, lui aussi,
Mais c’est pour une tout autre raison et sans nuisance aucune
Pour qui l’écoute et vient à sa rencontre.
On a raison de ne rien craindre d’un tel poète
Il met bas, il ne connaît ni transcendance ni essence.
On n’a pas à admirer, il ne s’érige pas en prêtre
Il dit simplement être au monde comme toute présence.
Après l’Etre, la poésie, l’espace où l’on n’explique pas
Pour n’avoir pas à prendre à chacun, à empiéter, à omettre
A « faire être » comme ambitionne l’autre Dire.
Est-il clos cet espace de la toute-puissance sans effet ?
Ce n’est qu’après l’Etre, pourtant, que naît le véritable échange.
07:50 Publié dans Après l'Etre | Lien permanent | Commentaires (105) | Envoyer cette note | Tags : Etre, dire-être, poète
09.10.2006
Pas de note cette semaine
je vous prie de m'en excuser.
09:13 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.10.2006
La philosophie a-t-elle tourné le dos à la sagesse ?
Il est de bon ton philosophique, de nos jours, de préférer les questions aux réponses, de placer ces dernières sur un tapis roulant qui les ramène sans cesse vers le podium philosophique actuel, vers les questions. En d’autres lieux de communication, on n’hésiterait pas à dire qu’on entretient là manifestement le doute. En réalité on fait mieux encore : on polit les questions jusqu’à leur donner le plus brillant éclat. Les questions brillent au soleil de la philosophie.
Comme par hasard on trouve pareille préférence (et elle s’enseigne même !) dans la bouche de ceux, philosophes et professeurs de philosophie, qui ont tout intérêt à la pérennité du langage, de leur langage. Préférer la question présente en effet maints avantages : on se voit tout d’abord épargné d'être trop pressé de questions personnelles – « Ben quoi, tout est déjà dans les questions ! ». On a surtout devant soi un forfait illimité de discours possibles... Quand le meilleur est dans la question, forcément tous les « sujets » sont abordables ; tous les sujets, rien que les « sujets ». Cela veut dire : on peut tout aborder sans jamais être importuné sur la question du dire.
Ainsi s’explique notamment le rapport ambigu qu’entretient la philosophie (surtout l’actuelle) avec la sagesse. Comme chacun sait, la philosophie n'est pas la sagesse mais seulement l'amour de la sagesse. Cette distinction, ce décalage déjà étonnant en lui-même, recoupe ici la liberté prise à l’égard de la fonction traditionnelle du langage philosophique qui est, l’aurait-on oublié, de répondre à des questions. L'amour en question est aujourd’hui en effet bien plutôt l'amour de la philosophie (sic), l’amour du discours qui a le champ libre. Liberté prise sur la sagesse du langage même, « liberté d’expression » par excellence…
On comprend mieux la modestie dont font preuve nos philosophes à l’égard de la sagesse. Elle est toute au bénéfice du discours qui-parle-tout-seul : ils ne peuvent même plus désirer la sagesse quand il leur faudrait donner ne fut-ce que des réponses possibles, un exemple plausible. Il ne faut donc pas s’étonner de les voir à l’occasion oser définir l’aspiration à la sagesse comme prétention vaine, et la sagesse même comme savoir, confort ou autre pédanterie, etc. (on en a eu un exemple tout récent). Mais le philosophe actuel a ce privilège de pouvoir s’accorder pareil paradoxe, il peut se permettre de différer indéfiniment la sagesse « en toute humilité » : il a d’autant moins de prétention au trône de Sage que l’institution qui l’encourage tient en main les rênes du dire (philosophique). Il n’a pas la sagesse, alors il enseigne la philosophie et écrit beaucoup de livres…
La philosophie à l’égard de la sagesse, c’est un peu comme le Christianisme qui ferait (le fait-il?) tout, absolument tout pour empêcher le retour du Christ. Et pour cause ! [Voir « Le grand Inquisiteur » dans les Frères Karamazov, Dostoïevski]. Là où il y eut une parole, aujourd’hui une institution gouverne et entend assurer sa pérennité et conserver ses prérogatives. A une échelle plus large, la possibilité même de la philosophie relève d’un ‘Etat d’esprit’ collectif qui imprime sa marque et son autorité sur tous les flux de communication. En matière d’expression et de communication, un régime totalitaire dit en substance à chacun : « Ta gueule ! » ; mais un régime démocratique dit quand même : « Cause toujours ! ». [Chomsky dixit, je cite de tête]. La démocratie, chacun s’en réjouit, favorise le philosophe et la philosophie. Mais que nous disent-ils et que nous offrent-ils – au juste ?
08:20 Publié dans Après l'Etre | Lien permanent | Commentaires (165) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : philosophie, sagesse, Etat d\'esprit


