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18.12.2006

Entre réalité-monde et Inter-dire (I)

Esquisse d’un manifeste ontologique. 

Je voudrais remercier ici Kate (Circonvolutes.hautetfort.com) qui m’a fait part d’un texte de Foucault et a ajouté personnellement ces mots : « Si se tient là l'art, le travail du critique à l'égard du langage, se tient (aussi) l'élan du commentateur, le parlant-aussi dans le s'entre-dire ». Ma réponse à ces mots de Kate fut l’occasion pour moi d’un tel développement (débordement) que j’ai choisi d’en faire une note sur la problématique du partage entre la réalité-monde et l’Inter-dire humain (us et coutumes en matière de dire), occasion en outre pour moi de faire allusion à un manifeste ontologique afférent.   

Ce texte en trois parties n’est qu’une esquisse, et il dotera peut-être le lecteur d’une meilleure vue d’ensemble de ce blog. (Les deux autres parties sont déjà à l’écran ci-dessous). Mais il ne doit pas masquer ma préoccupation première : si exposer sa pensée est en effet généralement une chose naturelle et relativement aisée à dire pour un auteur et à comprendre pour un lecteur   l’économie du dire en général, en revanche, objet véritable de ce blog-essai, constitue une potentielle remise en cause radicale de l’état d’esprit qui gouverne ce naturel. A ce jour, si ma pensée est encore et toujours une, mon dire en revanche évolue comme prévu selon les expériences faites sur la blogosphère. Ainsi, naturellement poussé par les lecteurs à ne dire que ce que je pense, ce blog pourrait désormais s’intituler « S’entredire ? Rendez-vous après l’Etre ! ».        

 

*

1/ Inter-dire et statut de la vérité

Bien sûr que « le travail du critique à l’égard du langage », comme tout « parlant-aussi » est aussi « dans le s’entredire » : je crois même que le langage est intrinsèquement un s’adresser aux autres   fut-ce secrètement à partir des autres   et aujourd’hui plus que jamais, (mondialisation, Internet) il « relie » en effet (ou aliène ?) les hommes. Exit le journal intime et autres affiliés pseudos dires « à soi-même ».

C’est pourquoi mon point de vue « sur le langage » (en réalité un point de vue sur les modes d’être au monde dont le dire humain fait partie, et non sur le langage en tant qu’espace ou objet d’étude) ne peut s’exprimer que comme un mésusage de celui-ci : j’analyse moins le langage en lui-même et tente moins de savoir à partir de lui que je ne ‘constate’ l’utilisation qui en est faite par chacun de nous : son type de dire. [Le mien est ici des plus communs, mais il tente de réguler ses propres rapports aux autres]. Le s’entredire est avant tout (« à mon avis », encore et toujours) un s’entre-faire qui suit toujours certaines règles véritablement politiques (de l’être homme par le dire), des règles qui sont chez nous régies depuis longtemps par un certain Etat d’esprit dont on n’a pas ou que peu conscience, et que pratique concrètement chaque citoyen de la parole.

 

L’Inter-dire est immanent à l’acte de dire.

 

Les mots sont de simples outils pour dire « qu’on est » et que « quelque chose est » suivant ces règles. C’est ainsi qu’un dire peut se vouloir ultra-révolutionnaire en tant que « contenu » et s’inscrire pourtant parfaitement dans la tradition, dans les règles du dire en vigueur, en tant que geste et style de dire. [Un philosophe agent double voulant régler son compte à la philosophie, par exemple …]. L’enseignement à cet égard me paraît une question, pas une évidence, morale ou autre. 

 

*

Mais les règles de l’Inter-dire humain peuvent apparaître cyniques à l’égard du chercheur de vérité et aussi à l’égard de la réalité même. En effet, la nécessité pour chacun de nous d’être compris de tous les autres est certes ce qui définit au mieux la vérité et assure aussi au mieux la pérennité du s’entredire, mais cependant, d’un côté elle interdit explicitement toute vérité individuelle (plus immédiate pourtant, mystique en l’occurrence peut-être, en tout cas plus directe), et de l’autre expose également la réalité à tous les risques liés au « téléphone arabe » et plus encore au sécessionnisme d’un langage collectif fait espace. En effet, pour parvenir à dire le réel de façon toujours plus précise et approfondie, ce langage collectif se complexifie manifestement toujours plus, s’enfle de toujours plus d’outils méthodologiques préalables   en l’occurrence des concepts purement opératifs    et finit par devenir lui-même la façon dont le réel « se passe », le « véritable » réel.

Je veux bien sûr parler du seul dire à la fois vérifiable par tous et conditionné par l’accord de tous : le dire scientifique.

 

C’est le destin de toute connaissance collective de s’enfermer et de s’enliser peu à peu dans son propre langage-espace.

 

A quel prix la vérité se livre-t-elle au chercheur de connaissance ? Si toute vérité (contenu d’un dire et évocation du réel) est liée aux règles ou au consensus général en matière d’échanges, de commerce, de légitimité et d’autorité de la parole, c’est-à-dire est soumise de facto aux conditions imposées par l’Inter-dire, alors toute « la réalité » soi-disant dite n’est autre que la pratique d’une réalité qui circule parmi les hommes.  En l’occurrence elle est la pratique d’une réalité conditionnée a priori par la compréhension de tous    y compris dès la méthode, en amont de toute découverte. En définitive, la seule réalité possible n’est autre que l’Inter-dire lui-même. Je crois même que c’est là sa vocation, et que notre Inter-dire moderne rejoint ainsi tous ceux qui l’ont précédé à travers les siècles et les civilisations, avec cependant quelquefois dans l’esprit de certains hommes (en Chine ancienne par exemple) une conscience plus aiguë que chez nous de son rôle éminent dans notre perception, « c’est-à-dire » dans la construction du monde lui-même…. 

 

L’Inter-dire est la réalité.

 

*

 

_______________

NB/ Voir deuxième partie avant de bondir ;-).

 

Commentaires

Varna > merci.

Je pose ici vos mots :
« S’entredire ? Rendez-vous après l’Etre ! ».

mon enluminure...
après l'être (sans doute aussi après l'ego ?) : oui
sans : non.

parce qu'en repassant "le film" à l'envers... on entend(rait) alors que :
interdire l'avoir interdit l'être ouvrant la porte au pouvoir de l'autre et violant l'espace de cet entre-dire.

Ecrit par : Mastic | 18.12.2006

"*"> Ayant choisi d'effacer les sempiternelles insultes de gmc auxquels vos coms répondaient, ceux-ci n'avaient plus lieu d'être. J'espère que vous ne m'en voudrez pas de les avoir également effacés. Merci en tout cas de vous soucier de la bonne santé de ce blog ! ;-)

Mastic > je vous réponds selon ce que j'ai compris (ai-je bien compris ?) : en repassant le film à l'envers, on se souviendra que je n'avais initialement pas l'intention de parler de l'après l'Etre. Mais j'évolue et m'adapte ! Egalement merci à vous.

Ecrit par : varna | 18.12.2006

Je reste silencieux.
A bientôt, Varne.

Ecrit par : Mastic | 18.12.2006

"interdire l'avoir interdit l'être ouvrant la porte au pouvoir de l'autre et violant l'espace de cet entre-dire."
Eh bien c'est un peu laborieux, mais nous en venons à l'élémentaire .

A part ça Varna vous avez omis la citation de Foucault via circonvolutes, ce qui rend plutôt abscons le début de votre note .

Ecrit par : Alpha | 18.12.2006

Alpha > j'ai moi-même omis une virgule-clé qui pourrait introduire un doute (ici le mystère ?), et la confusion... sur le sens à attribuer à "viol" (: "bousculer" (souvent par l'infinitif) ? ou plus carrément faire preuve de violence à l'égard d'une personne encore niée ?), ainsi que sur les acteurs/protagonistes, comme en présence...

Je rétablis donc l'ordre de ma pensée (constat) première :

"interdire l'avoir* interdit l'être, ouvrant la porte au pouvoir de l'autre...".
* "interdire l'avoir" - relevant ici de cette éducation mauvaise ou absente...

Je soulève déjà LA question "tacite" : qu'est-ce que le pouvoir ?
Qui, du pouvoir ou de "son" contexte : définit ? oriente ?
Et subsidiairement... qui est l'autre ?

Je m'aperçois qu'il s'agit ici uniquement de pistes...
Merci toujours de votre patience à me lire,

A bientôt,

Ecrit par : Mastic | 19.12.2006

", ouvrant AINSI la porte" est plus clair.

Ecrit par : Mastic | 19.12.2006

C'est pourtant bien "l'avoir" qui ouvre la porte au pouvoir de l'autre et de l'être ( de l'être comme pouvoir-sur ) , interdisant l 'efficience à l'espace s'amorphisant par conséquence de l'entre-dire . Votre virgule inverse cette proposition . Il est vrai que votre infinitif aurait du me mettre la puce à l'oreille ...
Interdit , l'être de l'avoir qui ouvrait la porte au pouvoir de l'autre violant l'espace sans pouvoir de l'entredire( mais après? quel futur ?)

Ecrit par : Alpha | 19.12.2006

Tout dépend de savoir qui a, ou ce qu'il y a.

Pour un futur nommé.
Pour un futur, nommer.

Bien amicalement,

(P.S. : j'ai un peu de mal avec votre envolée "amorphe"... étant d'avis que la "réduction", par cet autre - à l'état (dit) de légume, ne peut conduire pour moi à un quelconque agrément).

Ecrit par : Mastic | 19.12.2006

Alpha > A part que... il ne s'agit pas d'une citation mais d'un texte et que j'ai en outre explicitement indiqué dans ma note que je répondais ici aux mots de Kate. Fut-ce en "débordant" largement.
La référence était là pour donner simplement le contexte. Allez donc voir chez Kate, à "mutisme des sourds" et vous vous y reconnaîtrez (je veux dire dans ce qui vous a paru "abscons" --- comme vous y allez tout de même !!!)

Ecrit par : varna | 19.12.2006

Mais mon cher Mastic, il ne peut plus être question, il ne peut plus être mis à la question que des désagréments . Ne sommes nous pas déjà devenus de pourissants légumes ?

Ecrit par : Alpha | 19.12.2006

Alpha > la question se relève, poivrée (je préfère les baies).

Se soulève-t-elle ? Et quand bien même elle le ferait (serpentine), s'agirait-il alors de la chronos-métrer dans une action du levant qui s'emporte et s'envole, également ?

Le conditionnel manqué est ici l'ami des fées.

à suivre...

Ecrit par : Mastic | 19.12.2006

C'est dans le soulèvement de la question que se savourent les baies . Au présent . Sans recours .
"Le vent se lève ! "

Ecrit par : Alpha | 19.12.2006

Ombre, lumière, profondeur, superficialité, santé, dépression, etc. : sans doute le même attire le même comme son « même », et attire l’autre comme son « contraire ». Chez une personne, c’est là tout d’abord une façon très commune de se donner raison d’être comme elle est sur terre. Mais aussi, plus insidieusement, c’est une façon d’exercer la puissance de sa propre parole sur autrui. Nul doute que les légumes pourrissants voudraient avoir la puissance de convertir les hommes qui peuplent la terre entière à la conscience de ce qu’ils sont. Qui ça « ils », c’est toute la question. ;-)
Nul doute que la décomposition personnifiée rêverait de voir la terre entière transformée en humus.
Heureusement, tout ce qui a pied sur terre sait qu’il n’est pas encore l’heure d’être en dessous de tout.
Heureusement encore, il est aussi des soleils et des enfers qui ne se prennent pas pour les autres !

Ecrit par : varna | 19.12.2006

Bonjour,
dans ["Varna" signifie phonème, unité phonétique articulée de relation par le dire.]
Pourriez-vous m'indiquer dans quelle langue?

Ecrit par : daniela | 19.12.2006

Daniéla > J'ai trouvé le sens de ce mot dans "Le langage, cet inconnu" de Julia Kristeva et l'ai adopté en tant qu'il signifie en quelque sorte l'atome de toute expression verbale : quelqu'un dit.
Mais on peut peut-être prendre la liberté de l'employer aussi comme métaphore pour désigner tout "signe" que quelque chose dit-être au monde. Il est tant de choses et de présences qui nous "parlent"...
Je ne sais l'origine linguistique du mot varna. Indienne? Ici, à l'origine, varna ça n'est pas moi ;-) - il ne devait pas être question de môa.
Et puis je n'ai pas l'ouvrage sous la main. J'irai voir à l'occasion et vous en dirai plus si j'ai l'info.

Ecrit par : varna | 19.12.2006

Difficile tout de même de décrire le voyage en décrivant le moteur : "quelqu'un dit"...
Tout serait donc signe... Signe de quoi/ de qui ? Si le réèl est à décrypter, qui donc s'amuse à nous lancer dans les pieds des enigmes ?
Le monde est un sphinx impassible. Nos babillages existent au fond pour habiller son silence. Ou bien :
L'enigme là posée comme miroir de nos questions nous renvoit à nos transitions de phase au long de notre quête d'une affirmation. Ou bien:
Soucions-nous d'être plutôt, le dire n'a de réalité que dans la praxis du quotidien et le mutisme des mystères dit assez leur désir de n'être point par les quetionneurs déflorés. Ou bien :
Au terme d'un tâtonnement cérébral persévérant, nous récolterons enfin le silence qui sait tout.
Entre mutisme et silence, la même différence qu'entre noir (indéterminé) et blanc (suprême détermination) paraît.

Ecrit par : koan | 22.12.2006

Koan > J'aime beaucoup ce que vous écrivez là mais n'ai pas le temps, sauf heureux contretemps, d'y répondre avant lundi ou mardi. Du reste, j'irai prudemment avec vous, sans quoi vous allez à nouveau me reprocher de décortiquer, de mener une enquête, de poser malicieusement des énigmes, etc.
Etc !!????

Il me faut ménager votre trésor. Juste ceci en attendant : il y a, je crois, dans nos façons respectives de penser et d'être, moins de différences que vous semblez le croire. Et encore ceci, un proverbe inventé chinois pour l'occasion, en guise de clin d'oeil amical :

"« Cesse de te cogner obstinément à la vitre pour savoir ce qui se passe de l'autre côté, regarde simplement à travers ! ».

C'est pas une énigme ça, c'est bien transparent, n'est-ce pas ? ;-)

Ecrit par : varna | 22.12.2006

Sans doute avez-vous raison. Je suis un vil mécréant du mental: je ne puis me résoudre à faire vraiment confiance à cette viande qu'est un cerveau. Il me faut un ingrédient de plus pour adhérer
à une penséé quelle qu'elle soit. En fait, il me faut une énorme baffe pour calmer mes scrupules, mon désir panique de saisir et de tenir à pleines mains mon sujet. Je suis sur un "entredire", et je n'aime que l'indiscutable...Du gâteau pour Sigmund...

Ecrit par : koan | 22.12.2006

Marchand et bonheur sont des antonymes.
Varna vient aussi de Hongrie.
Varna mon vieux, votre hagiographie commence. Vous voilà dans la peau d'un gourou à deux pas de Noël. Fichtre, comment ça fait ? Quelle etrange collision (collusion) des circonstances... Ne me dîtes pas que vous avez des bras partout, pour descendre par la cheminée, c'est d'un encombrant... :0)
Vous seriez une hydre ? M'en fous, je suis exorciste !

Ecrit par : koan | 22.12.2006

Je venais lire par-dessus une ou deux épaules, m'attendant à des cris, interjections et quolibets dans cette agora, la fébrilité qui précède la descente en gloire d'un père Noël environné d'étincelles, et quoi ? Un silence de mer basse, sinon le zinzin de quelque insecte surnageant à la surface de cette soupe de pensée, comme on dirait soupe originelle, qui constitue la trame
ourdie savamment de ce blog poly-labyrinthique. Silence de veillée ? Solennité, piété, recollection ? Ou apero ?

Ecrit par : koan | 23.12.2006

Koan > Oui, quelque chose d'originel sur ce blog, il se peut, bien que le mot "soupe" me paraît péjoratif. Mais tout de même, point de volonté ici de "lancer quelque énigme dans les pieds des lecteurs" (pour reprendre votre expression).
"Polylabyrintique" en outre, ce blog ? Je vous sens déjà en train de vous cogner à nouveau, Koan. Et je vous avoue ma crainte que vous vous emballiez à nouveau et que j'ai ensuite à en faire les frais. Je ne voudrais pas commettre de maladresse. D'où mon souci de vous "économiser". Peut-être les choses vont-elles s'éclaircir au fur et à mesure ? Je vous demande un peu de patience.

NB/ J'ai effacé les coms malveillants, y compris celui se faisant passer pour mien, mais non le vôtre répondant à l'un de ceux-ci.

Ecrit par : varna | 24.12.2006

Non, non, les mots ne sont pas là par volonté polémique, c'est la description de MA lecture, distincte, comme vous l'aurez compris du contenu en soi. ("Le contenu en soi" nous a un petit coté Kantien pas piqué des hannetons, ça doit être le champagne...)

Ecrit par : koan | 25.12.2006

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