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26.12.2006
Dire – entre être et faire exister
[Epistémofolie]
1.
Convenu qu’être c’est être au monde, ainsi, entre celui qui dit et ce qu’il dit, c’est celui qui dit qui est, et non nécessairement ce qu’il dit.
Ce qu’il dit seulement existe – que ce soit pour lui seul* ou aussi, peut-être, pour d’autres, voire pour tous les êtres vivants, quels qu’ils soient.
Y a-t-il quelque « chose » que tous les êtres vivants font exister, chacun à son niveau avec sa façon bien à lui de la « dire » ? Oui, le monde même, espace physique « tout plein de choses ». Du moins une part de ce monde, celle qu’il habite, qu’il dit habiter.
Croit-on que la preuve que le monde existe en est fournie par un langage commun à tous les êtres vivants sur cette terre ? Ou peut-être par un langage prétendument au-dessus de tous les autres ? Une majestueuse formule scientifique, peut-être ? Non. Un quelconque autre savoir alors ? Non pas – un oiseau s’enfuit à l’approche d’un homme, et c’est le monde entier qui existe. L’oiseau et l’homme se sont faits signe, signe qu’ils appartiennent, malgré l’incommensurabilité de leurs dires, au même espace-monde.
L’oiseau et moi nous n’avons pas le même langage, mais nous avons à nous dire nos présences respectives.
Qu’ai-je dit ?
Un oiseau s’enfuit à mon approche
Chacun à l’autre a dit
Lui a fait signe
Qu’a-t-il dit ?
Je suis
A nous deux déjà le monde existe
____
(*) « Pour » = à la fois « qui lui est donné » et « selon lui ». Mais il se peut aussi que ce qui existe soit.
2.
Savoir aujourd’hui encore si Dieu existe n’est pas un problème. Mais pour dire aussi qu’il est, il faut ou il faudrait pour le moins que lui-même dise, qu’il parle à sa façon, même si c’est pour aussitôt s’enfuir, peut-être, comme un oiseau, dès qu’on l’approche. Les hommes qui disent que Dieu existe veulent dire en réalité qu’il est, qu’il parle à nos cœurs – puisqu’il parle à nos cœurs. Mais c’est bien là le problème : il nous parle au lieu de se dire lui, comme nous le faisons nous-mêmes, comme le fait tout ce qui est en tant qu’il est au monde. [Ca n’est pas un problème de langue : un homme parle comme moi, l’oiseau pas, et sont pourtant tous deux au monde]
On ne peut effrayer Dieu ou l’approcher comme oiseau,
Il est obligé de passer par nous,
Comme un songe ?
– Pour « être » ?
Comme tout ce qui, hélas, seulement existe.
3.
Il fut un temps où ce qui était dit par les hommes, tel ou tel être vivant ou objet concret, était par là même « soutenu physiquement » déjà de son vivant, comme on soutient l’existence d’une entreprise en en faisant la promotion auprès des autres hommes et du monde, en en faisant la public-ité. La parole, c’est ce qui maintenait en l’état, du moins en l’état de demeurer public en l’espace physique, en dépit des accidents.
C’est ainsi peut-être que le culte de la Parole a fini par créer La Pensée, pour que les choses existent encore après leur disparition physique, dans un espace dessiné tout exprès, « espace du vrai de l’être » qui serait en continuité – dans le prolongement même ! – de l’espace concret.
Mieux ! la parole fut dite pour dé-boucher sur ce nouvel Espace. Il fallait qu’elle cesse d’être parole-bouche d’homme pour que s’y exprime - « de lui-même » ! - l’être.
Ah ! Magie de ce qui aussitôt dit laisse instantanément sa place à l’objet,
Lui donne la parole et s’efface.*
La parole a mis ainsi un être au monde qui n’y figurait pas. Mais c’est un autre monde en réalité, un monde où l’être se dit – en vérité.
Non pas que la parole tire vraiment les ficelles,
Elle n’est que ventriloque ;
C’est bien l’homme qui parle,
Mais c’est « l’essence de chaque chose », dit-on
Qui remue les lèvres
___
(*) A parte : Qui parle donc dans la poésie grecque première !?
4.
Est – tout « x » qui dit en quelque façon que quelque chose existe. Peut-être même cette chose existe dans un « endroit » unique où elle se trouve la seule à exister ! Le cas échéant, elle peut même n’exister « qu’à moitié », voire carrément « pour du semblant », à titre de catalyseur d’un raisonnement, par exemple, comme le mot « et » ou encore « puisque ». Car ces choses que l’on appelle « mots » n’existent bien que dans le dictionnaire et dans nos têtes, n’est-ce pas ?
Est – tout « x » qui dit en quelque façon que quelque chose existe – puisqu’il dit. Il est des millions de façons de dire qui sont celles de milliards de choses ou d’êtres : notre savoir nous permet de découvrir que des milliards de choses existent en effet pour des milliards d’êtres différents. Non pas qu’elles existent toutes pour chaque être au monde ! Loin de là ! Non – minéral, végétal, animal ou humain, chacun dit sa relation à ce qui existe avec lui, « en même temps » que lui – au monde. Dire, en ses multiples façons, c’est la manifestation même de l’être au monde.
5.
Il fut même un temps, je ne l’invente pas, où des choses se passaient sur la terre POUR QUE quelque poète puisse les DIRE, je veux dire les chanter. Ce fut le cas, dit-on, de la guerre de Troie : des hommes et des femmes ont souffert et sont morts, mais c’était pour la bonne cause, pour figurer dans le grand livre de la Parole qui conserve l’être au monde.
L’histoire, oui – mais la véritable, celle qui se chante, celle que chantent les poètes !
C’est à croire qu’il y a plus de choses existants au monde que d’êtres pour les percevoir ! A croire que l’être des hommes est de faire exister un maximum de choses, de réalités. Un maximum de mondes, même, peut-être !?
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Note ci-dessous : "Titre de blog élargi"
09:15 Publié dans Après l'Etre | Lien permanent | Commentaires (53) | Envoyer cette note | Tags : être au monde, être et exister, culte de la parole, publicité, guerre de Troie, chanter le monde
[Titre de blog élargi]
Ce que veut dire.
J’élargis la préoccupation première de ce blog. Il se nomme désormais Ce que veut dire. Il sera donc maintenant plus personnel, plus relatif à ce que je pense, mais sans que le verbe s’entredire cesse pour autant d’être l’affaire de chacun et de tous. Je ne m’accapare pas plus qu’avant ce verbe, mais au moins j’espère ainsi ne plus donner le sentiment de « réquisitionner » l’autre, comme il me fut dit récemment. Je comprends qu’à vouloir interroger le geste de dire de chacun à l’égard des autres et indépendamment du « contenu », j’ai pu donner à maintes reprises cette impression. Mais je comprends aussi que personne ou presque n’entend peu ou prou remettre sa propre façon de dire en cause. Pour autant, le dérangement causé par les questions que je pose n’est pas tel que je renonce à pointer ici ou là, à l’occasion, différents types de dire. Il sera dit que je n’invite plus chacun à se poser les mêmes questions que moi, mais que simplement c’est là… ce que je pense ;-)
La preuve est faite que ce blog est bien un essai de dire !
« Ce que veut dire ». J’élargis également le sens du verbe dire. Un verbe peut-il vouloir ? Non, il ne s’agit pas de dire ce que « veut » le verbe dire, mais ce qu’il traduit comme présences, comme existences, comme gestes et comme relations, à savoir ce qu’il « veut dire », ce qu’il signifie (de signe) sur le plan ontologique et non purement noétique (pensée). Cela permet à mon sens d’appréhender autrement « l’être au monde ». Le verbe « veut », dans cette expression, est une façon de placer délibérément la question du dire dans une relation, celle d’un être au monde qui serait « en même temps » un dire-être au monde et aux autres (de même espèce ou pas !). Le monde y est implicite. La relation n’est pas réduite simplement à du « subjectif » face à de « l’objectif » ou inversement, pas seulement non plus entre deux interlocuteurs. « Dire », en ses multiples façons, c’est la manifestation même de l’être au monde.
La suite dans la note « Dire, entre être et faire exister » (ci-dessus)
09:00 Publié dans A propos, suite | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Essai de dire, intentionnalité de la parole
18.12.2006
Entre réalité-monde et Inter-dire (I)
Esquisse d’un manifeste ontologique.
Je voudrais remercier ici Kate (Circonvolutes.hautetfort.com) qui m’a fait part d’un texte de Foucault et a ajouté personnellement ces mots : « Si se tient là l'art, le travail du critique à l'égard du langage, se tient (aussi) l'élan du commentateur, le parlant-aussi dans le s'entre-dire ». Ma réponse à ces mots de Kate fut l’occasion pour moi d’un tel développement (débordement) que j’ai choisi d’en faire une note sur la problématique du partage entre la réalité-monde et l’Inter-dire humain (us et coutumes en matière de dire), occasion en outre pour moi de faire allusion à un manifeste ontologique afférent.
Ce texte en trois parties n’est qu’une esquisse, et il dotera peut-être le lecteur d’une meilleure vue d’ensemble de ce blog. (Les deux autres parties sont déjà à l’écran ci-dessous). Mais il ne doit pas masquer ma préoccupation première : si exposer sa pensée est en effet généralement une chose naturelle et relativement aisée à dire pour un auteur et à comprendre pour un lecteur – l’économie du dire en général, en revanche, objet véritable de ce blog-essai, constitue une potentielle remise en cause radicale de l’état d’esprit qui gouverne ce naturel. A ce jour, si ma pensée est encore et toujours une, mon dire en revanche évolue comme prévu selon les expériences faites sur la blogosphère. Ainsi, naturellement poussé par les lecteurs à ne dire que ce que je pense, ce blog pourrait désormais s’intituler « S’entredire ? Rendez-vous après l’Etre ! ».
*
1/ Inter-dire et statut de la vérité
Bien sûr que « le travail du critique à l’égard du langage », comme tout « parlant-aussi » est aussi « dans le s’entredire » : je crois même que le langage est intrinsèquement un s’adresser aux autres – fut-ce secrètement à partir des autres – et aujourd’hui plus que jamais, (mondialisation, Internet) il « relie » en effet (ou aliène ?) les hommes. Exit le journal intime et autres affiliés pseudos dires « à soi-même ».
C’est pourquoi mon point de vue « sur le langage » (en réalité un point de vue sur les modes d’être au monde dont le dire humain fait partie, et non sur le langage en tant qu’espace ou objet d’étude) ne peut s’exprimer que comme un mésusage de celui-ci : j’analyse moins le langage en lui-même et tente moins de savoir à partir de lui que je ne ‘constate’ l’utilisation qui en est faite par chacun de nous : son type de dire. [Le mien est ici des plus communs, mais il tente de réguler ses propres rapports aux autres]. Le s’entredire est avant tout (« à mon avis », encore et toujours) un s’entre-faire qui suit toujours certaines règles véritablement politiques (de l’être homme par le dire), des règles qui sont chez nous régies depuis longtemps par un certain Etat d’esprit dont on n’a pas ou que peu conscience, et que pratique concrètement chaque citoyen de la parole.
L’Inter-dire est immanent à l’acte de dire.
Les mots sont de simples outils pour dire « qu’on est » et que « quelque chose est » suivant ces règles. C’est ainsi qu’un dire peut se vouloir ultra-révolutionnaire en tant que « contenu » et s’inscrire pourtant parfaitement dans la tradition, dans les règles du dire en vigueur, en tant que geste et style de dire. [Un philosophe agent double voulant régler son compte à la philosophie, par exemple …]. L’enseignement à cet égard me paraît une question, pas une évidence, morale ou autre.
*
Mais les règles de l’Inter-dire humain peuvent apparaître cyniques à l’égard du chercheur de vérité et aussi à l’égard de la réalité même. En effet, la nécessité pour chacun de nous d’être compris de tous les autres est certes ce qui définit au mieux la vérité et assure aussi au mieux la pérennité du s’entredire, mais cependant, d’un côté elle interdit explicitement toute vérité individuelle (plus immédiate pourtant, mystique en l’occurrence peut-être, en tout cas plus directe), et de l’autre expose également la réalité à tous les risques liés au « téléphone arabe » et plus encore au sécessionnisme d’un langage collectif fait espace. En effet, pour parvenir à dire le réel de façon toujours plus précise et approfondie, ce langage collectif se complexifie manifestement toujours plus, s’enfle de toujours plus d’outils méthodologiques préalables – en l’occurrence des concepts purement opératifs – et finit par devenir lui-même la façon dont le réel « se passe », le « véritable » réel.
Je veux bien sûr parler du seul dire à la fois vérifiable par tous et conditionné par l’accord de tous : le dire scientifique.
C’est le destin de toute connaissance collective de s’enfermer et de s’enliser peu à peu dans son propre langage-espace.
A quel prix la vérité se livre-t-elle au chercheur de connaissance ? Si toute vérité (contenu d’un dire et évocation du réel) est liée aux règles ou au consensus général en matière d’échanges, de commerce, de légitimité et d’autorité de la parole, c’est-à-dire est soumise de facto aux conditions imposées par l’Inter-dire, alors toute « la réalité » soi-disant dite n’est autre que la pratique d’une réalité qui circule parmi les hommes. En l’occurrence elle est la pratique d’une réalité conditionnée a priori par la compréhension de tous – y compris dès la méthode, en amont de toute découverte. En définitive, la seule réalité possible n’est autre que l’Inter-dire lui-même. Je crois même que c’est là sa vocation, et que notre Inter-dire moderne rejoint ainsi tous ceux qui l’ont précédé à travers les siècles et les civilisations, avec cependant quelquefois dans l’esprit de certains hommes (en Chine ancienne par exemple) une conscience plus aiguë que chez nous de son rôle éminent dans notre perception, « c’est-à-dire » dans la construction du monde lui-même….
L’Inter-dire est la réalité.
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NB/ Voir deuxième partie avant de bondir ;-).
Entre réalité-monde et Inter-dire (II)
2/ Epistémofolie
Mais les faits objectifs extérieurs à l’Inter-dire, m’objectera-t-on ici avec force, ne dépendent nullement de notre langage et ne sont pas conditionnés a priori par un formatage du penser et du percevoir de chaque homme !
Tout dépend en fait jusqu’où l’on « remonte » dans l’échelle des liens qui unissent à l’échelle collective notre Pensée collective à l’Inter-dire du moment [Pensée conçue et perfectionnée au fil des siècles pour aborder le Réel au point de prétendre très tôt se confondre avec lui en « une parenté native »] et, à l’échelle individuelle, notre penseR individuel et jusqu’à nos percevoir(s) individuels à ce mode d’être particulier, enraciné depuis longtemps en nous, que résume le verbe savoir.
S’il m’est permis de faire allusion à une vérité A-letheia* qui ne s’oublie pas en chemin en tant qu’elle s’inscrit dans une histoire, n’oublions jamais que si la magie, les oracles, les cultes, la mantique et tout ce que nous méprisons comme contradictions, paradoxes et autres superstitions ne devraient certes plus avoir place aujourd’hui dans nos cœurs, ils ont cependant eu leurs heures de gloire et offraient eux aussi à tous leur propre vérifiabilité. Il n’y a pas si longtemps encore, en Europe, la connaissance des hommes s’établissait à partir de (ou contre) la Bible. Un savant était un exégète de (ou contre) la Bible, ou du moins de la connaissance divine. « Divine » était donc la connaissance…. Aujourd’hui, à défaut d’un dieu patent – somme toute il fut bien utile à la connaissance jusqu’ici – le qualificatif « divin » sied-il encore à notre science ou peut-être à ses objets d’étude ? Assurément si l’on considère l’engouement qu’elle suscite, sinon le culte universel que nos sociétés lui vouent !
De quelle réalité-monde nos scientifiques actuels et tous ceux qui veulent savoir objectivement se veulent-ils à leur tour les exégètes ?
*
09:20 Publié dans Après l'Etre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Entre réalité-monde et Inter-dire (III)
[ NB/ Les deux premières parties de cette note se trouvent ci-dessus]
3/ Etre-relation et manifeste ontologique
Il est temps d’envisager toute notre collective connaissance objective actuelle, mais aussi toutes nos perceptions individuelles empiriques (« subjectives »), comme s’inscrivant dans une méthode ontologique formelle, commune à tous les êtres vivants, bien qu’évolutive (je la nomme « savoir-croire d’espèce », j’y reviendrai). Elle consiste de tous temps – en l’occurrence chez ‘l’homme’ – à accorder les moyens de savoir aux moyens de vérifier. Par exemple, le fameux sujet connaissant cher aux rationalistes ne serait autre que ‘l’homme’ qui va avec… un certain mode d’être. (J’y reviendrai). Accorder sa façon de voir à la réalité ou accorder la réalité à sa façon de voir ? Mais les deux sont toujours étroitement liés si l’on considère que c’est là, précisément, dans le fait du lien, que se révèle l’unité ontologique d’un mode d’être-au-monde à l’autre, figure d’un même formel être-relation commun à tout ce qui est.
*
Pourquoi se dégager de l’Inter-dire actuel ? - Pour dire-être* à nouveau au monde. Pourquoi s’en dégager et continuer pourtant de dire aux hommes ? - Pour dire-être aussi aux hommes.
S’il est une devise ontologique que je fais mienne et qui m’épargne aussi du danger egoïque, solipsiste ou « individuologique » (« n’est que l’individu ») c’est bien :
« Etre comme tout ce qui est
Mais aussi homme
Mais aussi moi-même
Mais aussi poussière »
C’est là, il me semble, une attitude plus conforme et plus naturelle à l’être-au-monde que celle obéissant à cette véritable hiérarchie ontologique largement pratiquée depuis des lustres parmi les hommes occidentaux, articulée autour de la domination du savoir. Cette subordination rationnelle de tout ‘être-un-homme’ au savoir détermine ainsi chacun à penser ce qu’il est, à l’exact inverse de la devise ontologique ci-dessus, à peu près en ces termes :
« - Je ne saurais être avant d’exister, je suis donc avant tout ‘poussière’ (fut-elle biologique) ;
- Je suis moi-même en tant qu’il m’est bientôt donné, aussitôt né, de me délimiter, de me heurter, de me penser, et de me reconnaître ;
- Je suis un être humain en tant que j’appartiens manifestement à une société d’humains qui m’a largement conditionné, société dont on peut peut-être même dire qu’elle m’a spirituellement fait, jusqu’à livrer à ce corps qui est mien ce « je » dont (il) je m’enorgueillis de (me) parler ;
- Je suis comme tout ce qui est parce que je vais mourir, parce que tout ce qui est meurt. »
A l’inverse, donc :
Etre comme tout ce qui est
Même homme**
Même moi-même
Même poussière
Et c’est tout le savoir qui en pâtit
Et par suite tout l’Inter-dire fondé sur celui-ci.
*
_______________________
(*) J’ai donné une version poétique du ‘dire-être’ dans la note du même nom. Celle-ci lui fait en quelque sorte suite.
(**) « Même » dans le sens de « quand bien même ».
09:15 Publié dans Après l'Etre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.12.2006
Garçon, un dialogue ! Non, non, pas véritable !
[Blog opératoire]
La plupart d’entre nous se plaignent de l’absence de dialogue « véritable », mais il suffit de noter combien peu d’internautes s’enquièrent des règles que nous pourrions établir ensemble pour songer que chacun a de bonnes raisons au fond de ne pas s’y précipiter :
a) « Je veux pouvoir dire en toute liberté, sans contrainte aucune. Après tout c’est mon blog, c’est mon opinion, c’est ma pensée, c’est mon droit. »
b) « Pour qu’il y ait dialogue véritable il faudrait déjà que les autres comprennent ce que je veux dire et répondent à mes questions » *
c) « Je n’entends pas me plier à quelque règle envers l’autre si l’autre ne s’y plie pas lui-même envers moi. Cela me paraît inutile ».
d) « Je reconnais qu’il y aurait profit à un dialogue véritable, mais pour être tout à fait sincère, j’éprouve le besoin de rassasier tout d’abord cette envie qui me ronge et me jette sur les autres :
… Doter mon propre dire de ma propre image, en toute liberté ! ».
Un « véritable » dialogue… dans un espace totalement « libre »… ? Ca baigne !
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(*) Par dialogue véritable chacun revendique en fait l’ensemble des conditions à remplir par les autres pour qu’ils comprennent ce qu’il leur dit ». Par exemple Metalogos a dit « pour qu’il y ait échange véritable, il faudrait que tu… » ; Cat a dit, en substance : « je n’explique pas, je donne…. mais là il faudrait que vous me donniez une explication ». Eden voulait que je réponde aux injonctions de gmc, Etc.
NB / Je publie trois notes ce jour en raison de leur lien. Voir ci-dessous les deux autres.
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09:35 Publié dans s'entredire | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Véritable dialogue et besoin véritable
Texte protégé, lecteur exposé ;-)
[Blog opératoire]
Tout texte sur le net s’expose à la vue de tous et se met ainsi à la disposition de chacun. Mais sur un blog, chaque lecteur est à son tour confronté à l’opinion que chaque autre s’en fait, et plus encore exposé à la lecture que s’en fait untel ou untel pour peu que celui-ci la soutienne devant tous avec force et conviction (ce qui ne garantit nullement qu’il soit objectif et bien intentionné !). Ainsi, combien parmi nous sont assez honnêtes envers eux-mêmes et assez courageux devant les autres pour répondre en premier lieu directement au texte sans même lire les commentaires ? Combien inclinent plutôt à répondre « à la fois » à l’auteur et à un commentaire au moins ? Combien ne répondent qu’aux seuls commentaires ?
Aussitôt lu, aussitôt le texte s’éloigne ; il n’est manifestement que prétexte aux commentaires entre eux. Le véritable contexte est ailleurs…
Au fond, en effet, le texte de note n’est rien la plupart du temps en regard des commentaires qu’il suscite, bien plutôt un point d’appui, tout au plus une étincelle. Un véritable dialogue pourrait consister à comparer nos différents points de vue respectifs sur le texte proposé, conçus a parte, avant d’en discuter. Mais comment serait-ce possible dans les conditions habituelles ? Chacun semble en effet reproduire ici exactement le type de relations hors texte qu’il a à l’extérieur (dans la vie de tous les jours), où il doit sans cesse se défendre et s’imposer aux autres (croit-il) « pour exister ».
Aussi le texte présenté en note n’est-il plus en définitive qu’un geste protégé par la bulle dans laquelle les commentateurs le placent ; il trône et s’en amuse.
Par suite, aucune explication a posteriori n’est en mesure de venir au secours de celles et ceux qui se laissent ainsi abuser par la lecture d’un autre ou, plus souvent encore, par une polémique générale. Comment le pourrait-elle ! Chacun reproduit ici le type de relations hors texte qu’il a à l’extérieur, c’est-à-dire se place d’emblée lui-même, machinalement, dans le contexte auquel il est seul habitué :
Contexte de foire, de mélange des genres,* d’un « tous ensemble » sans plus de relation personnelle à un quelconque texte ni même de relation individuelle à un quelconque véritable autre. Contexte impersonnel où même les plus « forts » ne gagnent qu’en influence (sur les autres).
Quel lecteur entre personnellement dans le texte et lequel dans la danse de l’influence ? Trafic d’influences ? Mais où est donc passé le texte !?
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(*) Sancho ne s’offusquera pas que je le prenne ici en exemple puisqu’il pratique et prône même (voir son commentaire récent) ce mélange des genres jusque dans ses propres textes de note de son blog : ceux-ci vont du commentaire bref au livre (publié récemment sur son blog), à la note adressée personnellement à un des intervenants (toujours en note, s’entend), en passant à l’occasion par une citation tronquée d’un intervenant, en vue de le railler gentiment. Il occupe donc bien personnellement tout l’espace possible, comme chacun le fait dans sa vie de tous les jours, usant partout et autant qu’il le peut de son influence.
NB / Note "Après trois mois de blog" suit celle-ci
09:20 Publié dans s'entredire | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : Lecture sous influence
[Après trois mois de blog]
Certains blogueurs ont fait part de leurs débuts dans la blogosphère, j’espère que ces quelques mots pourront à leur tour profiter à d’autres.
1) A peine ouvert mon blog, j’ai cru pouvoir, en protestant, l’épargner de l’atmosphère de suspicion propre aux échanges sur le net – je veux parler des différents problèmes que pose l’anonymat. Celui-ci fait pourtant de chacun de nous une ombre ! Et c’est bien là, à mon sens, qu’est le véritable virtuel ! Mais bon – la grande majorité des internautes semblent s’en accommoder, alors…
2) J’ai cru ensuite pouvoir désencombrer nos échanges des interférences parasites en proposant une correspondance individuelle par mail : ce fut une maladresse de ma part (bien que cette correspondance existe a profit), elle a jeté sur moi le doute, voire alimenté une suspicion particulière (suspicion qu’un intervenant, manifestement paranoïaque du reste, entretient ici même ouvertement, mais aussi auprès d’autres personnes, en privé !).
3) Puis j’ai cru devoir assainir l’espace commentaires au nom des lecteurs* en supprimant à l’écran les injonctions, insinuations et autres insultes de « génie mal compris ». Ce fut une erreur car chacun, là encore, semble s’accommoder de ce type d’ivraie, ici comme ailleurs, ou pour le moins s’y résigne. Il semblerait qu’incombe à moi seul d’entretenir l’espace des commentaires…
4) Avant tout, le mot s’entredire en titre de mon blog a prêté à confusion, j’en ai conscience. On a pu croire en effet que j’ai voulu ouvrir une sorte de centre d’accueil dont je serais le tenancier, où chacun, ah la belle âme !, pourrait venir se désaltérer à une source commune… Voyez, déjà le style !
5) Mais ma plus grande erreur fut sans conteste un excès de scrupule indifférencié envers les commentateurs.
(*) J’ai appris en effet que certains ne lisaient même plus les commentaires.
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S’agissant du fonctionnement du blog, aujourd’hui il me semble que ça n’a aucun sens de donner à lire des notes d’un côté et de « tenir la chandelle » des commentaires de l’autre, d’abandonner l’espace des commentaires, de le laisser s’infester de propos inutiles ou déplacés où l’on n’a même plus envie de se rendre soi-même. Pour assurer une certaine cohérence de l’espace des commentaires avec celui des notes, je prends donc le parti d’y faire les coupes nécessaires. Je choisis sans plus de scrupules d’entreprendre d’alléger les commentaires de ce qui en encombre le plus la lecture et a pu en outre dissuader certains, sans nul doute, de participer. A commencer par moi. J’assumerai les conséquences.
C’est d’éléments pour une sagesse du dire qu’il est question sur ce blog, non d’y reproduire les rapports hétéroclites auxquels nous sommes par ailleurs coutumiers. A défaut de règles de s’entre-dire, riposter est partout la forme la plus courante des différents types du répondre (même étymologie), mais c’est aussi celle qui contient le moins de dire – proprement dit. Riposter c’est faire entrer son dire dans le seul faire à autrui. C’est sans nul doute un faire efficace pour attaquer l’autre ou se défendre, mais le contenu en véritable « dit » est alors nécessairement pauvre, voire nul. Les dérapages verbaux dans les commentaires comme dans la vie (je n’y échappe pas, je ne suis pas un sage) ne font qu’entériner l’absence de règles visant à un s’entre-dire qui ne soit pas seulement commerce entre ego(s) rompus à l’amour-propre et pressés de se dire comme on s’entre –tutoie / -tue / -toise. Le verbe dire doit pouvoir réserver autre chose, non ? Il me paraît insolent et complaisant de prétendre aspirer réellement à un échange véritable quand on n’a ni le désir ni le courage de participer à la construction préalable de l’espace nécessaire pour cela. La raison en est simple : le dire est généralement considéré et utilisé avant tout par chacun de nous comme une arme d’attaque et de défense et ce, consécutivement au désir profond de parler de soi et de se faire valoir auprès des autres. J’y ai fais allusion dans plusieurs notes déjà. Ainsi, c’est bien affaire de cohérence pour moi et pour mon blog que d’indiquer clairement que cet « entredire »-là que nous pratiquons à tout instant dans la vie de tous les jours, eh bien nous le connaissons tous déjà, et que c’est autre chose ici que je tente de présenter ici parce qu’il est justement question d’une sagesse du dire. (Voir plus bas).
Mais j’envisage aussi d’ouvrir un autre blog, « tout-venant », plus en conformité avec la diversité, et où je vais pouvoir moi aussi m’amuser. Il est entendu qu’à mon tour je n’y aurai rien à dire ! ;-)
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Pour ce qui est de l’expression « s’entredire », celle-ci désigne pour moi l’espace informel terminal d’une parole prenant racine (ou la retrouvant) dans l’espace physique concret. Je n’utilise pas l’expression comme un point de départ moral, animé d’une quelconque bonne volonté en matière de communication [je suis plutôt pessimiste en la matière]. Je n’utilise pas non plus l’expression pour signifier le fondement objectif d’une éthique du « dire » élaborée par une œuvre intellectuelle d’envergure (mienne) qui se serait penchée avec amour sur les vertus du « s’entre ». Je donne des éléments pour une sagesse de dire : après l’Etre (« épistémofolie »), dire-être au monde et aux hommes, s’entredire.
Voici le schéma central de ce que j’ai à dire (il ne s’éclaircira qu’au fur et à mesure des notes à venir) : Ce n’est, selon moi, qu’Après l’Etre et à la découverte du dire-être – dire-être au monde et aux hommes, les deux espaces du dire et de l’être, l’un physique, l’autre informel – que peut naître et que s’impose d’elle-même, il me semble, une certaine sagesse du dire. C’est-à-dire relative au s’entredire. Que cette sagesse s’éprouve un jour entre nous, ou même constitue une base pour un groupe de travail futur, c’est une autre histoire. Pour l’heure, je l’expérimente timidement moi-même tout en instruisant le procès de ce qui me paraît constituer l’Etat d’esprit dans lequel nous vivons et de son « épistémofolie », principal obstacle. [Je vais rendre la catégorie « Après l’Etre » visible].
C’est par souci d’honnêteté envers les lecteurs que j’ai parlé d’emblée de s’entredire et aussi, dès ma première note, d’une « improbable éthique de la communication », ne voulant pas faire naître l’idée qu’ici il y a un secret à découvrir qui vous tient en haleine, ne voulant pas donner à croire en un accompagnement du lecteur jusqu’à une révélation ultime. « Voilà où et à quoi nous aboutir(i)ons – maintenant vous savez tout » : tel était le sens du geste. Carte sur table ou peut-être utopie livrée aux fauves ? Qu’importe ! il reste quand même à jouer la partie… Ici simplement je dépose et peux tout à fait m’en contenter. Le don « à fonds perdu » de ce qu’on a à dire, en partie objet de ma note du 4 décembre dernier, n’est pas seulement un choix à faire : il n’y a, à mon avis, pas d’autre alternative à l’espace de communication actuel. Mais il esquisse déjà un nouveau mode de communication par la façon poïétique qu’aura tel ou tel autre de le recevoir. Comme il est dit plus bas, à chacun, s’il le veut, de construire.
Il y a une unité dans les notes qui alimentent les catégories « s’entredire », « Après l’Etre », et « dire-être » (catégorie que j’inclus dans la précédente). Je donne cette indication pour le cas où un lecteur (ou un éditeur !?) serait intéressé / tenté, à terme, de la reconstituer ou de la construire pour lui-même (et avec moi ?) dans un livre, c’est-à-dire veuille ce que moi je ne veux pas, à savoir écrire un livre à partir de ce qu’il trouvera ici sans passer par la pratique expérimentale de la sagesse dont il est question – et pour commencer :
N’écrire un livre qu’en désespoir de cause.
J’aurais aussi bien pu intituler mon blog « dire-être » ou « Après l’Etre ». J’ai préféré le « s’entredire » auquel ils s’articulent et sur lequel ils débouchent comme pratique vivante – au lieu d’écrire un livre.
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Pour ce qui est enfin de mon identité personnelle (il paraît que j’intrigue), j’ai avant tout quelque chose à expliciter et non avant tout un espace de communication à créer, non avant tout quelque chose à vous dire, non avant tout un besoin de communiquer à n’importe quel prix : je ne suis pas un meneur d’hommes, je suis bien trop enclin au détachement, je n’ai pas de charis personnelle (comme l’a bien vu Koan), mais s’agissant d’échanges, je souscrirai à toute initiative éventuelle en vue de réfléchir ensemble, voire d’expérimenter ce que peut être un dialogue « véritable ».
NB/ J’ouvre pour l’occasion une catégorie « A propos », en continuité de l’A propos en en-tête pour d’éventuelles autres « notes internes » à venir. « Six mois de blog », par exemple, ou encore « Neuf mois de s’entreblogres »! qui sait ? ;-)
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09:05 Publié dans A propos, suite | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : Blog-ajustage
04.12.2006
Le geste po(ï)étique : un modèle de relations humaines ?
Dans les lignes qui suivent, je voudrais mettre en lumière un point de frottement entre le don po(ï)étique d’une personne (s’il en est) et la volonté de savoir, le besoin d’explication d’une autre, face à son oeuvre. J’espère que la forme non poétique de ces quelques réflexions ne permettront pas de conclure trop vite que j’en donne là une explication rationnelle ;-). Cette note fait suite à la précédente, mais aussi en quelque sorte à « La part de l’autre » et à « Dire-être » dans laquelle la notion de poète « inoffensif » avait suscité quelque injuste raillerie. Il apparaîtra ici peut-être plus clairement que c’est son type de don qui est inoffensif. Quand il ne donne pas, un poète peut très bien prendre les armes !
Au titre d’un possible modèle de relations individuelles, du moins de relation à « l’autre », le don en poésie – le don po(ï)étique selon ce qu’il pourrait être sans doute poussé à l’extrême – traduit, selon moi, ce paradoxe :
« Plus on donne véritablement, moins on est dans la communication ».
L’explication est « en sus », ce qu’on donne à l’autre gratuitement, pour qu’il le prenne, cela aussi. « Pour que » : en quelque sorte le supplément gratuit, l’offre promotionnelle : « Pour vous remercier de votre visite / ceci en cadeau ». Ben quoi, dira-t-on, le lecteur la mérite bien puisqu’il s’in-té-resse ! On ne saurait la lui refuser sans se l’aliéner ! « Voilà pour vous l’explication demandée, pas de problème… je vous en prie… mais non, c’est tout naturel ».
Mais parmi les esprits un peu poètes, qui ne voit que l’explication est ici un corps étranger, un élément, un dire hétérogène ? Qui ne voit qu’elle appartient à un autre milieu, ce milieu intellectuel où chacun gave volontiers l’autre de ce qu’il sait ?
- Eh, poète ! Un auteur peut simplement vouloir expliquer ce qu’il a fait, ce qu’il a voulu dire, et pas nécessairement qu’il sait ou ce qu’il sait !
- Soit ! Il n’empêche que c’est là un supplément. Pourquoi l’œuvre ne la contient-elle pas, cette explication, si ce n’est justement parce qu’elle n’a rien à y faire ? N’est-ce point reconnaître implicitement que l’œuvre est une chose – la communication une autre ? Chacune a manifestement son espace, chacune son rôle vis-à-vis de l’autre. L’œuvre et l’explication : entre les deux se trame une sorte de négociation dans le cadre d’une nécessaire – public relation.
« On aurait aimé plus d’explications », dit-on justement dans les milieux intellectuels quand un auteur a le malheur de paraître confus. Mais le poète dit ici (de quoi il se mêle est toute la question) :
« Mais l’explication pour quoi ? Pour plus de dire de ta part ou pour moins de dire encore ? »
- Que veux-tu dire, poète ?
- Eh bien, je ne refuse pas de donner des explications, mais je voudrais qu’elles ne soient pas une aliénation des propres capacités créatrices d’autrui.
- Que dis-tu là ? Comment une explication honnête pourrait-elle aliéner la créativité de chacun ?
- Certains personnes parmi nous préfèrent chercher à créer que chercher à savoir, elles préfèrent créer pour comprendre. C’est là leur façon à elles de chercher à comprendre. Donner explication à une personne qui la demande c’est peut-être donc l’enfoncer, ou du moins la conforter dans l’idée que le savoir qu’elle cherche est supérieur et préférable à la compréhension qui résulterait de ce qu’elle pourrait, peut-être, créer elle-même. Or qui peut en décider pour elle ? Que la personne qui sait lui explique, mais que celle qui crée – lui donne ! Chacune des deux ainsi suscitera, mais à condition qu’une seule explique…
Je sais, j’explique / je crée, je donne.
Ah mais bien sûr il n’est pas question de faire de chacun un artiste ! Il est juste que recueillent leurs propres fruits ceux qui s’en donnent la peine, qui n’attendent pas que ça tombe du ciel, qui ne se sentent pas aussitôt acculés ou diminués, qui ne sont pas d’emblée dans un rapport de force et de pouvoir, qui ne craignent pas qu’on leur prenne quelque chose aussitôt qu’on leur donne – sans autre forme d’explication. Car si on n’assouvit pas leur besoin de savoir, et que pour cette raison même ils nous en font grief, eh bien ils sont pourtant livrés à eux-mêmes, face à eux-mêmes – condition première pour faire leur choix !
Car il en est parmi nous qui ont quelque faculté d’expression et persévèreront dans leur propre recherche créatrice pour comprendre [je dis bien pour comprendre ; je laisse ici de côté la création pour devenir célèbre...]. Nous n’avons pas le droit de les détourner de leurs champs de recherche par nos explications et notre engouement pour le savoir. Ceux-là sentent d’instinct l’appel d’air que provoque en eux tout don qui leur ait fait. Ils savent d’instinct qu’ils ont quelque chose à faire ou à dire. Quoi ? – c’est ce qu’il leur faut d’abord trouver et constitue leur premier tourment. Ils lisent par exemple « utile », comme il fut dit récemment en guise de critique, or tout le monde sait que chacun guette partout et à tout instant la moindre occasion de dire !
A quoi sert-il de lire si ce n’est pour écrire à son tour ?
Il en est d’autres à l’inverse qui penseront qu’une pareille note par exemple, simplement « donne à réfléchir » (comme ils disent). Sauf que, sempiternelle volonté en eux de savoir oblige, ladite réflexion ne fera jamais qu’alimenter la grande chaudière du savoir, sorte de « centrale ontologique » pour eux, au fronton de laquelle il est écrit :
« Savoir c’est être et inversement ».
C’est pourquoi ils continueront toute leur vie à chercher là, et uniquement là, pitance.
« J’aurais voulu être un artiste…. – tais-toi et alimente ! » ;-)
- Bien ! Mais tu ne peux tout de même pas renoncer à plaire !? [dit l’autre avec malice]
- Chercher à te plaire ? Mais si j’ai quelque chose « à dire » (à créer), il n’y a pas nécessité incontournable pour moi de te plaire. J’ai bien plutôt à me mettre au travail ! Autopoïétique, du mieux que je peux ! C’est ainsi que je te donnerai le plus ! C’est ainsi que tu prendras le plus – si ta propre compréhension t’inspire ! Eh quoi…
… Donner tout à l’autre – n’est-ce pas lui enlever sa part de lui-même ? *
<>
A ce stade de ce court échange imaginé entre les deux positions et entrecoupé de réflexions, je suppose l’interlocuteur rationaliste et savant resté coi, mais c’est seulement parce que je n’ai pas d’arguments à fournir à sa place. Don poïétique : Au fond, ceux qui ne comprennent pas ont encore toutes leurs chances, car quelle mauvaise conscience ce doit être d’avoir choisi de beaucoup savoir quand c’est à défaut d’avoir su créer !;-) Eh, les Djeuns ! N’apprenez pas trop tant qu’il est encore temps pour vous de comprendre par vous-mêmes ! Ne vous ruez pas trop vite sur le savoir ; tout savoir est politique, seul le croire et le créer sont identité !
(*)On remarquera au passage que la sentence ne s’applique pas qu’à l’explication. Par exemple : donner tout pour le plus grand amour ? Les dames comprendront, les mères aussi… ;-)
08:05 Publié dans s'entredire | Lien permanent | Commentaires (47) | Envoyer cette note | Tags : Don poïétique, épochè de l’explication, susciter l’autre façon de savoir, créer pour comprendre.


