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29.01.2007

Bribes...(suite)

(Suite...) 

8.

Le contenu et la fonction

La vérité ne fut pas inventée ou découverte pour les oreilles des hommes (et encore moins pour leur faire plaisir !) mais pour leurs bouches, pour qu’elle soit dite, colportée et puisse ainsi agir sur les esprits…

Mauvaise langue !? Pas de risque pourtant que cette vérité-là soit colportée !

 

9.

Des petits malins

Voici longtemps déjà, un moi fut distribué à chacun des hommes   mais en petit ! c’est-à-dire livré avec l’humilité afférente !    afin qu’il admire le grand Moi concomitant et le serve.

Mais depuis le début, certains plus malins que les autres ont flairé là une aubaine : pratiquer l’art de se retirer en soi.   

Une erreur sur la personne largement pratiquée aujourd’hui encore.

 

10.

Connaissance semée d’embûches

C’est l’histoire d’un rapt : la philosophie commence avec Platon, mais la philosophie institutionnelle actuelle dit pourtant des Présocratiques qu’ils sont des « philosophes » !

C’est l’histoire d’une imposture : notre science sans conscience moderne commence avec le totalitarisme économique, mais notre science actuelle (relayée par la philosophie) dit pourtant des savants des siècles précédents qu’ils étaient déjà des « scientifiques » !

Dans le premier cas, le savoir en guise de sagesse veut « recouvrir »* la sagesse véritable qui se passait de savoir (supra) ; dans le second le pouvoir économique en place peut s’auréoler de la dignité des savants des siècles passés.

 

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(*) voir bribe 1

 

11.

Prométhée débouté ?

King Kong à la pointe extrême du gratte-ciel de la raison a gagné le prix Nobel de vérité, mais il a perdu pied. Les hommes lui donnent le vertige. Les corps et les personnes lui semblent de plus en plus lointains, étrangers, minuscules. Presque inutiles.

Heureusement il sert l’Humanité... qui l’honore !

 

12.

Une tâche ingrate

Philosophie improbable : observer et noter simplement ce que les hommes font par-delà leur savoir, c’est-à-dire précisément quand et pourquoi ils savent ! A la manière d’un Hérodote, elle ferait simplement son enquête, elle ne chercherait pas à savoir comme Thucydide qui remplaça paroles et mémoire par Histoire. 

 

13.

Trois contraires pour elle toute seule ?

Erreur, oubli, et mensonge : si seul le mensonge est délibéré, alors lui seul est le véritable contraire de la vérité à vivre, car erreur et oubli dénotent simplement qu’on en vit pour le moment une autre, vérité, qu’on « est » pour l’instant sur un autre coup. Ce que l’erreur offre de vivre, ce peut être par exemple tous les passionnants aléas de la recherche de la vérité (…).

Quant à l’oubli, chacun sait à quelles vitales vérités de l’être au monde certain oubli nous permet parfois de nous raccrocher.

 

14.

Mystère du mythe

Soucieuse d’éthique, quand bien même la bocca della verita parlerait à des hommes libres, elle ne leur présenterait que des fictions.

 

15.

Raison moraliste

Par un heureux concours de circonstances, se voir tout d'un coup débarrassé d'un problème   voilà rarement le genre de solution qu’on attendait. Habituellement on s'acharne à lui chercher réponse. La réponse au problème est la seule solution recherchée.

Parce qu'on est habitué au dialogue intérieur, on n'imagine pas un monde "dialectique" ailleurs que dans le jeu du question-réponse. Jeter un livre par la fenêtre, par exemple, est pourtant aussi "de la dialectique", mais c'est précisément de celle   ‘dialectique’   que le monde de la pensée rationnelle s'efforce de cacher. Hors la dialectique de la raison qui nous incite toujours à dialoguer, il n'y aurait, dit-elle, que violence...

 

Avons-nous obligation de répondre de tout ?

à  la Raison est là, en guise de confidente…

 

16.

Grammaire par le verbe

La vérité n’est pas, elle Existe (Supra). N’est que l’homme plein de choses à offrir, sincère, et même assez honnête, ontologiquement parlant, pour incarner ce qu’il y peut y avoir de vrai dans l’être…

L'iNOMmable est verbe. Plus près de lui que ne le sera jamais le Nom et toute Connaissance fondée sur celui-ci est  l'adjectif : « Il court vite », « il pense droit » signifient que c’est « courir vite » et « penser droit » qu’on admire. L'adjectif nous permet, si on le veut, de parler du verbe sans avoir à utiliser de Nom. Car toi qui cours si vite et pense si droit, tu es innommable, tu n'es pas la vérité-Nom et ne saurais en prêcher aucune : tu es simplement là, verbe avant toute « chose », répondant à la question : « être » ?

– oui !

Mais on dira que TU es « ceci » ou « cela » dès lors que l’on inclut la vérité-Nom qui te nomme dans TON être-au-monde

 

17.

Une citation faite sur le blog « Et si la beauté »  http://etsilabeaute.hautetfort.com/

Musique : "Art qui chante le divin sans avoir à croire en Dieu"...  (H.Michaux)

Voilà une réalité et une pratique venues tout droit de la grammaire originelle : l'adjectif et le verbe étaient là bien avant le Nom ;  c'est pourquoi le monde, alors divin, fut tout d'abord chanté par les hommes avant d’être nommé, dit, et   disent-ils parce qu’ils ne le chantent plus   compris.

Au commencement était la grande partition ? - Entre verbes et adjectifs !

Aussi longtemps qu’il n’y eut que lui sur la terre, le verbe être resta sans nom. L’adjectif était alors son seul et fidèle compagnon.

 

18.

Arrogance des humbles ?

L’exigence de l’homme-femme du commun envers la vérité est avant tout qu’elle se livre à lui et qu’elle lui sied. Un pareil désir de vérité revient pourtant à adopter les postures de l’élève appliqué et de la coquette réunies. Tout un symbole, presque une essence ! La vérité n’est pas seulement une parure pour ce que je peux avoir à dire, elle doit aussi être sympathique, elle doit contenir assez de sagesse en-soi pour « me prendre comme je suis ».

 

19.

Le savoir locataire

Espace physique et espace mental : dans l’un et l’autre, mêlés, tous les êtres vivants croient, mais dans un seul un seul être vivant sait.

Ainsi, les termes de transcendance et autre immanence, par exemple, manifestent simplement l’effort pour attribuer un espace « objectif » à certaines catégories d’Existants* invisibles, certains types de vérités-réalités. Mais quelquefois, à l’inverse, c’est tel ou tel espace découvert par d’autres que nous nous empressions d’aménager : tel « l’Inconscient » ou encore « le Moi ».

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(*) Nom donné à tout ce qui est cru et doté de la majuscule (comme les substantifs en allemand) pour signifier leur réalité, quelle qu’en soit la nature. (Supra)

 

20

Comprendre par défaut

Pour comprendre selon le savoir il faut et il suffit :

a) D’un objet, d’une chose, ou d’un phénomène à comprendre, au moins ;

b) D’un sujet connaissant rompu à la méthode : être soi-même selon le canon sanitaire ;

c) D’un interlocuteur sain pour dire à son tour (ce) qu’on sait.

Or on les a tous les trois à tout moment sous la main.

 

C’est bien parce que nous pensons à tout moment « il y a là à savoir » en guise de « il y a là quelque chose » que si peu d’hommes s’intéressent à autre chose… (qu’à savoir).

Comment comprendre autrement !?  - A chacun de voir autrement quand « il y a quelque chose » ! 

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NB/ Bribe parallèle à la note « Désapprendre à lire ce qui se donne à voir »

 

21.

Dans la rubrique « C’est dans le bien que le mal a son plus sûr repaire » :

- Un idéal de connaissance des hommes habite certains hommes ;

- L’ambition d’exploiter les connaissances de l’homme anime d’autres.  

De l’un à l’autre : toute l’irresponsable complaisance de l’idéaliste auquel on fournit tous les moyens nécessaires de savoir.

Des millions d’hommes approfondissent tous les jours la connaissance de « l’homme », entendu : ils lui fournissent sans cesse de nouveaux fouets pour dresser et de nouveaux moules pour façonner les hommes. Mais qui donc est « l’homme » !?

 

22.

Savoir-croire d’espèce (Supra)

Etrange : La plupart des hommes prétendent chercher la vérité, mais sur la base pourtant d’une certitude : celle de ne jamais la trouver ! Goût du paradoxe, de l’infinitude et de l’infinité, sans doute ! Ah ! malin génie gardien de la pérennité du dire et du dire et encore du dire ! C’est « en suspension dans l’air » que cette vérité-là ferait le mieux vivre ! C’est là qu’elle serait la plus utile aux hommes, au verbe s’entredire….

 

23.

Fidèles de l’immaculé Concept

Quelle puissance magnifique exerce sur notre monde humain actuel la théologie… du Concept !  La théologie masquée* de la « réalité-Concept », c’est le succès enfin avéré de cette entreprise historique qui prit des siècles et consista à rendre la réalité définitivement invisible ! Alors que les hommes d’antan voyaient véritablement leurs dieux commander leurs propres organes (réceptifs, réactifs), aujourd’hui, à l’inverse :

 

« Nous sommes athées et nos sens nous trompent », disent en chœur les hommes  !

 

Mais chacun d’eux balaie pourtant devant la porte de « l’Univers », cherche « la Vérité », dénigre ses propres sens (ils ne seraient « qu’illusions »), parle aux autres la langue du Savoir, décline fidèlement tous les modes prescrits de l’Impersonnalité civique, et montre par là sa pieuse soumission à l’Etat d’esprit.

 

Slogan religieux le plus efficace : « Tous ensemble dans la Grande Gestion du Monde ! »

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(*) La fonction primitive du masque fut de convoquer le dieu, le forcer à apparaître dans ce miroir tendu, cet eidolon qui l’appelle.   

 

24.

Le sous-nihiliste

Le contraire du surhomme n’est pas le soushomme, c’est le sous-nihiliste, celui qui ne franchit pas le pont, qui sait pourtant tout ce qu’il lui faut savoir, mais qui en redemande encore et toujours, ne cherchant   le lâche !   qu’à retarder l’échéance.

 

 

25.

Après l’Etre, l’utopie ?

La vérité sans plus d’enjeu économique pour notre dire   voilà qui nous dispenserait enfin de ne dire toujours à l’autre qu’en passant par le sommet du triangle que forme la communication légale : un qui dit, un qui écoute, et puis « lui »   à la fois Etre en-soi, Référence, Autorité et Légitimité :

 

Le fonds de notre commerce.

 

On pourrait alors s’entredire « directement », en tête à tête, sans avoir à invoquer à tout bout de champ cet importun « Tiers Inclus ». Nos discours se transformeraient alors en paroles de personne à personne ; la communication ne « s’accomplirait » plus entre fidèles d’un seul type de discours, celui-là même qui rendait jusqu’ici nos dialogues courus d’avance ; les paroles seraient désormais propres à chacun, riches, libres et forcément étranges. Nos chairs avanceraient seules, nous n’incarnerions, enfin, plus.

 

La science et les religions ne seraient alors plus que des jardins publics de notre pensée, à la périphérie de nos cités (d’art ?) et de nos relations humaines.

 

Mais c’est la pub, de nos jours, qui occupe de plus en plus cette place : entremetteuse, elle s’immisce de plus en plus dans nos relations personnelles (du moins ce qu’il en reste) comme Le Tiers incontournable, « la référence même » en matière de « communication » avec autrui. [Jusque sur nos blogs ?]  Elle reste tout aussi importune que l’autre Référence, son colistier de fond, mais elle est bien plus    influente. Parce qu’elle occupe le devant de la scène.

Cqfd.

 

Epistémo-folie : la mienne ou celle que je dénonce ?

 

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NB/ L’espace commentaires est ouvert de façon aléatoire en semaine (plutôt le matin et en fin d’après midi) et fermé (en principe) du samedi midi au dimanche soir. Les commentaires déplaisants ou anonymes (sans adresse mail valide) seront effacés systématiquement. Veuillez noter par ailleurs qu’un petit farceur mal intentionné s’amuse à emprunter ici ou là mon pseudo ou le libellé de mon adresse blog pour faire croire à des commentaires malveillants ou déplacés de ma part. Je fais donc appel à votre vigilance et remercie par avance toute personne m’avisant d’une pareille pratique sur son blog.

 

22.01.2007

Bribes d’épistémofolie

à NB /  J’ajouterai chaque jour une ou deux  courtes réflexions sur cette même page. En tout sur une quinzaine de jours.

Pour vos commentaires éventuels, merci d’indiquer le numéro de l’aphorisme auquel ils se rapportent. 

 

1.

A chaque recommencement

Nu : à nouveau que faire, que dire.  

De quoi me vêtir et revêtir le monde.

Et non pas cette cognisciste* question,  moderne depuis longtemps déjà : « que suis-je, d’où viens-je, où cours-je, dans quel Etat j’erre » !

 

Adam et Eve bientôt philosophes ? Ils commencent par s’habiller et habiller le monde.

 

___

(*) Cognisciste : qui assimile résolument l’être au monde à une connaissance.

 

 

2.

Découvrir

On ne découvre une pensée qu’en la dé-couvrant. Sans quoi on a tôt fait de l’abandonner à ces sempiternelles parures que sont le langage, la pensée, et tous ceux qui « communiquent » et s’en délectent ! (Supra)

Pareil recouvrements, c’est jusqu’à ce que quelqu’un enfin comprenne, scinde, garde et jette.

Enfin l’incarne.

Mais c’est alors, souvent, qu’il éprouve autrement le besoin de dire. 

- Et peut-être comprend-il le don poïétique ? (Supra)

 

Dé-couvrir = qui a rapport à l’être au monde.

 

 

3.

Sous le masque du divin savoir : l’homme

La nature ne pense pas ; c’est en cela, et non pas seulement parce que l’homme lui appartient, qu’elle dépasse l’homme même déguisé en dieu : ce sujet devenu connaissant de l’en-soi en falsifiant son acte de naissance.  

 

 

4.

Parenté de complaisance

La pensée humaine permet-elle de penser « la nature » ? Qu’on nomme celle-ci comme on veut, qu’on l’étudie en tant que telle ou en l’une quelconque de ses plus minuscules manifestations pourvu qu’on cherche « ce qui (y) Est », force est d’admettre que celle-ci en retour ne pense pas. Mais si cela ne veut pas dire pour autant qu’il y nécessairement incommensurabilité entre « nature » et « pensée », en tout cas il n’y a pas non plus de l’une à l’autre la « parenté native » que la science est forcée d’admettre implicitement pour pouvoir exercer. Nous sommes forcés de penser la nature comme si elle-même pensait, en quelque façon, en un regard croisé avec notre science.

 

« La  nature aime à se cacher »,

En effet, elle ne dit pas volontiers ce qu’elle pense…

- Mais c’est sûrement parce qu’elle ne pense pas !

 

 

5.

Moi sans je et je sans moi

Ce qui dit « Je » en chacun de nous se comporte parfois comme un dieu-tyran envers l’estomac, le talon ou autre de nos organes. Il faut donc bien que chacun de ces organes ait un « moi », le cas échéant, pour se défendre !

Ce qui dit « Je » en chacun de nous se comporte parfois comme un serf envers la Culture, telle ou telle institution ou autre forme actuelle de l’Etat d’esprit. Il faut donc bien que chacun de ces Etres ait un « Je », le cas échéant, pour s’imposer !

 

 

6.

Connaissance d’homme

« Homme, connais-toi toi-même »  = connais et reconnais tes limites ; ta connaissance ne peut être celle qu’aurait un dieu, il y a tant déjà dans ton dire ! Comment ton être au monde n’y serait-il pas inscrit en lettres à jamais indéfectibles !?

L’en-soi c’est quand la parole s’est « oubliée » qui conduisit jusqu’à lui ; la vérité suprême, c’est quand on a effacé derrière soi les traces de notre cheminement jusqu’à elle.

Si la connaissance est un chemin, il doit rester ouvert et visible, sous peine de faire apparaître injustement un dieu devant lequel à notre tour nous devrons, c’est sûr !, nous    effacer.

 

Ne repousser « une fois la vérité » aucune des échelles qui y mènent.

 

 

7.

La vérité appliquée à elle-même

Toute expérience faite de « la vérité » suppose la notion de vérité acquise. C’est dire que toutes les apparitions et autres révélations antérieures à l’avènement historique de la vérité en tant que telle ne sont que des croyances en une quelconque réalité. Le mot croyance n’est pas ici péjoratif, il dénote au contraire que le lien entre réalité perçue (quelle qu’elle soit) et vérité est un pas culturel qu’il a fallu franchir. Non pas une parenté innée, native, originelle. De la 'transcendance' et de 'l’immanence', il y en avait déjà dans la pratique de rites sacrés bien avant que la vérité "n'apparaisse" (et soit sacrée à son tour).

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15.01.2007

La vérité à la place du dire

[EPISTEMOFOLIE]

 

   Il y eut jadis des Sages. Puis il y en eut plus. Ont-ils cessé d’être Sages, ces Grecs, quand apparut Socrate ? Apollon, les Muses, Homère, Pindare, Héraclite, Parménide, etc.,  –  croit-on aujourd’hui qu’une imparable certitude, « forcément », les rendait Sages auprès des autres hommes et aussi pour eux-mêmes ? Croit-on que le doute s’est emparé brusquement des hommes  –  ce doute sacralisé depuis et qui fait foi aujourd’hui encore en matière de Savoir ? Croit-on que lui seul, le Doute, a jeté le discrédit sur ces Sages d’antan et dressé peu à peu contre eux le fabuleux essor, rendu enfin possible, de la Recherche et du Savoir, c’est-à-dire d’une quête infinie et sacrée  –  de l’infini même ?

Bref, possédaient-ils quelque Savoir privilégié, tous ces présocratiques ? Non  –  pas un savoir comme nous l’entendons ; ils avaient tous un rapport naturel à la parole, plus exactement au dire. C’est-à-dire, dirions-nous aujourd’hui, rapport au mythe de la parole en tant que chacun d’eux a pu dire :

 

L’expression est l’essence même de l’être au monde ; la sagesse humaine n’en est tout d’abord que la juste transcription. Oui, vraie est alors cette transcription juste de l’expression, loin encore de ce principe d’une Réalité en-soi, alors imminent, dont la Vérité vint bientôt se plaquer majestueusement sur chaque être au monde et recouvrir ainsi peu à peu le monde entier de son Dire  –  séparé.

 

Mais pour l’heure, qu’ont-ils donc fait, ces Sages, de cette expression juste de toutes choses simplement retranscrite en paroles ? Autrement dit, qu’ont-ils fait (du moins les hommes parmi ces Sages) de cette connaissance de ce qui fait l’essence de tout être au monde ? Ils s’y sont eux-mêmes conformés  –  par leur mode de vie !

 

Ce qui signifie : en conformité avec leur vision de l’être au monde (Seinsanschauung).

 

Que l’on compare ici Platon : il détruit ses tragédies, « images ultimes du mythe » comme l’écrit W.F. Otto. [Comprendre cette expression, c’est peut-être comprendre tout le cheminement du dire jusqu’à Platon]. Il passe des dialogues entre personnes à des explications entre concepts. Et il se dit philo-sophe !? Quelle est donc cette nouvelle parole que voudrait prononcer cet homme se disant ami de la sagesse, mais qui va pourtant en détourner le sens ? Une sagesse nouvelle !?

 

Des Sages à Platon et Aristote en passant par Socrate, quelque chose s’est en effet passé ; le dire s’est détourné de sa participation à l’essence du monde  –  quitte à se tromper  –  pour se planter « en face » de celui-ci, ou plus exactement se mettre à l’égard du réel en posture de (soi-disant) face-à-face. Sa parole se consacre désormais à autre chose  –  à toute « CHOSE » justement !

 

Elle N’Y participe plus, elle S’Y « con-sacre ».

 

Concernant la tâche et l’évolution de ce nouveau dire, tout s’accomplit ensuite très vite avec Aristote à partir de cette première distanciation (amorcée déjà bien avant Platon). Le mot ab-straction dit bien l’homme qui s’abstrait, la connaissance qui s’abstrait, s’appliquât-elle à des choses concrètes ! C’est l’époque  –  voilà bien le signe d’un tournant majeur  –  où le mot épistémè prend le sens de certitude. La vérité allait donc enfin pouvoir exister (jusque-là il n’y avait en effet pour les Grecs archaïques que du vraisemblable). Le sacré de la participation a passé le relais au sacré de la posture du « face-à-face ». A l’époque de Socrate déjà, ‘l’homme’ ne supporte plus le doute ou l’hypothèse, surtout il ne supporte plus qu’on lui suggère de conformer sa propre vie à une « image du monde » telle qu’en proposait chacun des Sages. Il veut maintenant savoir pour de bon, il veut la certitude au sujet de chaque chose. Pour répondre donc aux premières questions posées ci-dessus, et à la « certitude » qu’on croit devoir prêter aux Sages :

 

Les Sages assumaient pleinement leur croire et leur dire synonymes d’être au monde. A l’inverse, c’est bien parce que le nouvel homme (socratique) s’est mis en quête de certitude qu’il a rompu le lien entre son dire et l’être au monde.

 

Car vouloir ainsi se planter « en face » du monde, yeux dans les yeux avec lui  –   n’était-ce point là d’une effroyable arrogance ? Demander « Qu’est-ce que Le Beau en-soi, Le Bien en-soi, Le Bon en-soi, Le Juste en-soi, etc. »  –  c’est-à-dire en définitive « sans-nous », « sans lien avec notre dire »   –  n’était-ce pas vouloir prendre la place qu’occupaient alors les dieux ? Quel être encore au monde fut-il seulement en mesure de se placer ainsi « en face » de toutes choses et du monde !? « Accoster l’Autre Rive du Monde» qui jusque-là décidait du destin des hommes, voilà quelle fut l’aspiration nouvelle !

 

L’homme désamarré de son être au monde s’élève jusqu’aux dieux afin de rapporter au monde et de distribuer aux hommes la connaissance divine !?

 

Un autre vol commis après celui du Feu, mais commis cette fois par les hommes mêmes ? Disons que l’homme veut désormais apprendre « depuis » ou « à partir de » l’Autre, mais de l’Autre auquel il « emprunte » sa Connaissance sans se montrer trop regardant sur les conditions et sur les conséquences d’un tel exploit. Platon sacrifie ainsi la sagesse liée au dire conforme à celui qui dit à la recherche du savoir supposé lié à la SEULE parole, c’est-à-dire à la vérité en-soi désormais susceptible d’être dite. Il inaugure une Mythologie de la Parole séparée ! Il sacrifie le dire du Sage (du musicien jouant au sein de l’Orchestre des Sphères, si l’on veut) à la parole issue de cet espace nouveau, dialectique, impersonnel, pressenti par Héraclite :

 

Le Logos  plus pur que l’esprit  –  et séparé.

 

Il faut voir là, en filigrane déjà, « La Vérité », « La Raison », pour ne pas dire encore « La Pensée » qui rend désormais tout « dialectique ».  

 

C’est dire que chaque chose lui sera bientôt carrément redevable d’être, du fait que lui seul, Logos, donnera bientôt à son être son sens…

 

Platon sacrifie ainsi la poésie à la prose, un type de dire à un autre, plus proche, selon lui, de cet en-soi susceptible de tout nous révéler, de nous faire savoir, et que nous pourrions faire nôtre. Par exemple le Bien ou encore l’Un qu’il reprend à la suite de Parménide. Mais cette parole nouvelle issue d’un Langage fait espace et promise à tant d’avenir parmi les hommes l’éloigna personnellement de la réalité  –  qui est aussi celle du dire. Et il en va de même, depuis, de tous ceux qui savent à son exemple

 

Or ce que voulait jusque-là le dire du Sage  –  un dire en conformité duquel vivre, toute chose concrète dite n’étant alors que cet autre être au monde auquel l’on participait en le disant   –  c’est maintenant, avec Platon cristallisant sur lui-même tout un cheminement passé, « devenir Parole détachée de toute chose et de tout être mais disant QUAND MEME toute chose et tout être » – qu’il veut. On assiste alors à une exterritorialisation du dire attaché par essence à l’être au monde, on assiste à l'apparition d'un véritable monothéisme de la Parole détachée, "qui parle toute seule" – mais dont le dire constitue notre savoir :

 

Le sage croyait dans le dire, le savant sait désormais la vérité.

 

Ainsi, la bouche (l’expression) de toute chose et son dire (sa manifestation morphologique en premier lieu) ne comptent plus désormais qu’à titre d’incarnation de l’Etre, du Concept. L’apparition de cette première Théologie (née en même temps, est-ce un hasard ?, que l’histoire au sens moderne du mot  –  il n’y avait jusque-là que cosmogonies et généalogies divines et princières] les a extirpés de leur dire-être individuel, les a enrôlés dans un « être de sens » dit par le Langage, voire carrément de langage.

L’être au monde « sortait » jusque-là, en tant que manifestation, de la présence de chaque chose, c’est-à-dire du dire-être au monde de chaque chose. Le verbe savoir, dont le dire est désormais seul légitimé à faire autorité parmi les hommes, sort quant à lui de la bouche de la seule, unique et universelle  –  « Bouche de la Vérité ». Parole de vérité, bientôt Pensée, sacrée d’ores et déjà « sœur jumelle du Réel », et déjà détachée de tout être au monde et souveraine. Déité.

 

* 

 

Alternative :

 

Pour un dire sage en conformité duquel vivre OU BIEN pour un dire un savoir divin qui nous abstrait ? C’est-à-dire :

Voulons-nous d’une connaissance humaine OU BIEN encore et toujours le savoir séparé d’un dieu ?

Voulons-nous transcrire toute chose et le monde avec ce que nous sommes OU BIEN continuer de faire parler toute chose et nous-mêmes le Langage de l’Etre en-soi, comme si tout voulait dire (x2) réellement dans cet Espace de vérité qui serait seul véritable ?

En somme :

 

Voulons-nous savoir encore et toujours par opposition à croire OU BIEN situer désormais notre dire d’homme, en tant qu’être au monde, de part et d’autre de la Vérité ?

 

Car n’avons-nous pas un jour ou l’autre, à l’échelle individuelle sinon collective, à reprendre conscience de ce que c’est simplement que d’être au monde et donc pour cela à récupérer notre dire-être ?  

 

[A suivre]

 

08.01.2007

Je ne sais plus

[Epistémofolie]    [Froncement de sourcils]

 

On a foi, par exemple en son dieu, on croit en lui.

Mais aussi :

(-) On aime l’art, car on a plaisir à croire, à s’en laisser conter.

(-) On espère, on mise sur son croire personnel ; on mise en l’occurrence sur l’avenir, mais c’est pour donner un objet à son croire. [Miser sur son propre croire   car croire est notre faculté et notre jouissance   c’est croire deux fois].

(-) On dit « je ne crois pas »   comme si l’on pouvait ne pas croire quand on dit quelque chose.

(-) …

 

On sait, on a foi dans son savoir :

(-) On sait, (c’est-à-dire) on croit (que ça signifie) qu’on ne croit plus.

(-) On sait ce qu’on dit, (car) on croit que dire n’est autre que « dire quelque chose ».

(-) On dit ce qu’on sait, la vérité, mais on ne sait alors pas ce qu’on fait à celui auquel on la démontre. [On sait la vérité, mais on ne sait pas ce qu’on en fait, à part la dire].

 

On sait parce que c’est là, « savoir », dans la logique du seul discours, du discours-qui-parle-tout-seul (supra), discours qui se veut, depuis ses origines, dire-de-la-vérité-même. La vérité, dit-on, aurait une bouche contre laquelle il suffirait de coller son oreille : bocca delle verita. Mieux ! la vérité serait la bouche, l’essence même de toute chose, l’en-« soi » ; voilà le grand « secret ».

Mais il aura fallu, et il faut aujourd’hui encore à chaque instant où l’on sait et où l’on dit au Nom de la vérité, ignorer presque tout de ce qu’a « voulu » le verbe s’entredire. On sait la vérité en-« soi » parce qu’on ne sait pas la bouche triviale et dissimulatrice originelle, spécialement affrétée voici longtemps pour accomplir une tâche purement     économique   

 

Une économie du dire jusque dans nos fors intérieurs.

Par exemple, croire que notre pensée n’est que dialectique socratique.

 

La vérité en-« soi » ment-elle ? On se plaît à croire et faire accroire que c’est elle qui parle. On a fini par s’en convaincre. C’est pourquoi on interroge toute chose et l’on en discute entre nous "pour la faire parler". Et ça nous arrange à tous qu’il en soit ainsi ! Car cela nous permet aujourd’hui encore de nous dire les uns aux autres et aussi les uns les autres, avec quelque efficacité :

 

Cela fait de nous des hommes crédibles, crus et croyants dans une civilisation fondée sur du cognoscible, du connu et surtout   un sujet connaissant.

 

*

 

Chaque discours à tout moment incruste un Nom dans le verbe dire

Et ainsi fait resplendir un peu plus le diamant de la Culture. 

L’anneau est dissimulé aux yeux de chacun,

Qui pourtant grâce à lui, seul respire.

 

___

02.01.2007

Le poète de la guerre de Troie et le Journal de l’Inter-dire…

[Blog opératoire] [Réalité-monde et Inter-dire]

 

Dans un commentaire de la précédente note, Miss Poulpi (http://poulpefleuri.canalblog.com/) a joliment écrit :

<Dieu s'est déguisé en cristaux de soude. Quand j'ouvre la porte de la parole ventriloque cela dé-bouche sur un gargouillis infâme. En dissolution radicale. Mais si je laisse la parole dite se faire entendre, je deviens dieu, et toute l'humanité est alors quintessence de ce que Je suis. L'autre est-il ? Son monde existe, il se dissout à l'approche du mien. Ne disparaît pas, juste se transforme en autre chose. Parfois le camaïeu est si beau que je m'y sens arc-en-ciel.>

Puis, se rapportant à l’allusion d’une guerre de Troie qui se serait déroulée « pour que » le poète puisse la chanter, pour qu’elle figure dans le grand livre de la Parole qui conserve l’être au monde, Miss Poulpi demandait : <Le temps est-il venu que ce livre de Parole soit les blogs ?> 

 

La plupart des évènements ont « lieu » de nos jours, moins pour forcer l’espace qu’ils occupent ou celui qu’ils voudraient occuper (mouvement réaliste traditionnel) que pour se faire savoir (domaine de l’information). Se faire savoir est désormais pour ainsi dire le rêve de tout évènement, et c’est pourquoi tout évènement s’inscrit d’emblée aujourd’hui dans un programme préétabli de sa propre promotion. Un évènement actuel qui ne donne pas d’images, par exemple, tous les journalistes photographes le savent, n’est pas exploitable. Et entre « n’est pas exploitable » et « il ne s’est rien passé » il n’y a qu’un fil. On croirait presque que tout évènement ne se déroule dans la réalité QUE s’il est entériné par le dire cet évènement ! « L’ère de l’information » a radicalement changé la nature de tout évènement :

 

Le dire et l’inter-dire sont aujourd’hui des partenaires incontournables du Réel.

 

Mais en fut-il jamais autrement !?  Alors quoi !   pas de réel sans (le) dire ?(x2)

 

Et alors, notre guerre de Troie ? Savoir si les blogs peuvent former « un livre de paroles », voilà qui pourrait justement faire allusion à une tout autre histoire, celle chantée par des hommes et des femmes s’inscrivant eux-mêmes dans un (espace du) réel où tout être dit, dit-être au monde (je le dis avec mes mots, bien sûr). En ce sens, le chant d’un Homère n’est pas du tout le papier d’un journaliste, il est une célébration de toute présence, voire de tout ce qui fait spectacle, et mieux encore si ce spectacle délecte les dieux…

Il y a de la theoria (contemplation) dans la conception homérique du monde, mais c’est parce que les hommes y sont animés de dieux qu’ils considèrent comme les commanditaires de leurs actes…. 

 

Le monde est le spectacle que les dieux s’offrent,

Mais les acteurs [les hommes auprès desquels ils passent commande] y jouent à balles réelles.

 

La blogosphère pourrait être « le livre de paroles » d’individus multiples et variés s’il y régnait une semblable conscience générale de participer à un même espace, et si on y célébrait en quelque façon chaque présence… Mais ne rêvons pas, il n’y a plus de dieux auxquels offrir le spectacle, même si quelques blogs d’inventaires, à leur façon, chantent effectivement la blogosphère. Plus prosaïquement, « le livre de Paroles » pourrait être une blogosphère où chacun serait un Socrate au clavier, à l’image ou au téléphone. [Un Socrate cette fois de part et d’autre du livre, de l’Etre, de l’Idée, de Platon et de la Vérité]. Mais voilà qui n’est pas sans rendre ambiguë la frontière entre la parole et l’écrit sur un blog ! En définitive, c’est encore le type d’espace dessiné par les blogs qui pourrait bien départager : d’un côté des « paroles au monde », de l’autre des « écrits pour l’Inter-dire » :

 

Est-ce que les blogs incarnent une Agora

Ou illustrent les pages d’un grand Journal de l’Inter-dire humain ?

 

Pour le dire autrement :

Sommes-nous les poètes d’un espace concret composé aussi de dires, espace physique dans lequel chaque dire est aussi un fait de l’être au monde, signant et signalant une présence ? Alors l’évènement « guerre de Troie » ne va pas sans « le dire-être au monde de ceux qui l’ont vécue » : un chant.  

Sommes- nous au contraire les journalistes d’un spectacle du Monde désormais offert   aux hommes !? Alors une question se pose : où sont donc passés les acteurs du Réel ? Et la réponse qui s’impose est :

 

« Qu’importent les hommes puisque nous avons l’Evènement, puisque nous avons  la guerre de Troie, puisque nous avons l’Histoire, puisque nous avons le Livre ! ».

 

Au contraire, le poète en son délire prophétique dirait à peu près ceci :

 

« Quand il n’y aurait plus de dire-être au monde, il n’y aurait alors plus d’autres présences au monde que celles édictées par l’Inter-dire humain. »

 

Bloguant ou pas, le journalisme exacerbé et non militant est le même sous toutes ses formes : il fait du monde une salle de spectacle (de plus), et fait des spectateurs, petit à petit, des dieux coupés du monde réel humain (Liber mundi). Car ce que veut le journalisme de masse n’est pas nous émouvoir des faits, mais nous régaler du spectacle ! Lui-même (son personnel) ne traite les évènements qu’en tant qu’ils sont « de l’info ». Ses propres objets sont purement formels. Le spectateur qui s’en émeut encore comme « fait » est simplement immature. Nombreux sont en effet les spectateurs encore humains, trop humains : ils s’émeuvent, se révoltent, s’indignent de ce qu’il se passe, ou mieux encore prennent conscience que « les infos » tentent de les arracher à leur condition d’humains :

 

Nous ne sommes pas des dieux auxquels on peut offrir le monde en spectacle !

 

Alors outre les blogs d’inventaires et les blogs militants, les seuls blogs qui célèbrent l’Agora sont peut-être ceux nourris de notes éphémères, ou encore ceux où les auteurs déposent simplement ce qu’ils ont personnellement à dire.  

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