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23.04.2007

Signe après-coureur (2)

Contre l’oubli des hommes et des évènements marquants s’érigeait Mémoire, mais la Mémoire contaminée par le doute engendra l’Oubli de l’être au monde sur lequel se fonda le verbe savoir. [1]

 

Opinion, Doxa

Si la vérité de l’être au monde ne se sait pas, alors elle ne peut être « l’objet » que de cet autre verbe, celui-là auquel le verbe savoir de tous temps s’oppose : croire. Mais non en tant que ce verbe croire s’opposerait, réciproquement, au verbe savoir : il l’englobe ! C’est en tant qu’elle ne se sait pas, disais-je plus haut en note, que la vérité de l’être nous permet de comprendre le verbe croire à la fois comme signe, comme identité ontologique (pour nous et chaque chose) et comme mode nouveau  –  voire requis comme dire-être  –   « d’appréhension » humaine de l’être.[2]

Doxa, l’opinion, est généralement le nom donné au dire de ce verbe croire dénigré de tous temps par le verbe savoir et pourtant « vital », signe et signature expresse de chaque chose ou être présent au monde. « Croire » (qu’est aussi malgré lui le verbe savoir) est ontologique. Chez Parménide c’est également nuancé : il n’oppose pas le verbe savoir au verbe croire  –  catégories bien trop étroitement psychologiques pour nous  –  comme il oppose systématiquement être et non-être. Il oppose la vérité à l’opinion (Doxa), « ce qui est » à un certain dire. C’est dire une fois de plus combien « mêmes » sont, selon lui, la vérité et le verbe humain (savoir) qui l’accompagne,[3] mais c’est dire également combien le croire ontologique peut s’égarer en matière de dire, par exemple quand il nous ferait dire que le non-être « est ». Voilà une nuance relative au dire lié au croire qui permet de comprendre pourquoi Parménide consacre la deuxième partie de son Poème à la Doxa  –  alors que le non-être n’est pas. Parménide ne condamne pas le verbe croire au nom du verbe savoir, mais un certain dire opposé à la vérité de l’être : l’opinion.  

 

Vérité, Alétheia

Dans le « même » parménidéen vient s’inscrire toute l’histoire du rapport étroit depuis son origine entre la Vérité et le verbe savoir. Savoir s’abstraire  –  scinder et se retirer  –  c’est bien ce que traduit l’origine de la vérité en tant que « retranchement ». [4] Retranchement à l’égard du monde mais aussi de ce qui fait l’erreur ou l’illusion des autres hommes : ce qu’ils croient. [5]

Voilà des mots en tout cas qui confirment la nature abstraite de la nouvelle déesse ! Elle donne l’exemple, montre le chemin : il faut soi-même s’abstraire à son tour de la réalité de l’être telle qu’elle nous apparaît, dans sa diversité, ses flux et ses reflux, son « intenabilité », et rejoindre ainsi « l’insensible Intelligence », si je puis dire, d’une Vérité sise par-delà les contingences. Mais pareille interprétation de Parménide est déjà toute religieuse ! Parménide ne dit pas aussi catégoriquement :

 

« Les hommes croient, le monde nous trompe ;  il faut s’en écarter. En route vers le savoir la vérité ! »

 

Je ne dirai rien ici des origines probables de la volonté de savoir (effroi, révolte, nécessité de vaincre les Eléments, les bêtes sauvages et les hommes, développement du cerveau, ambition personnelle, influence du milieu, Inter-dire, etc.) ni de l’aliénation ontologique que célébra à l’époque moderne la naissance et les conditions d’exercice du « sujet connaissant » : aliénation du soi au soi du seul sujet connaissant / aliénation du monde à sa seule cognoscibilité  –  deux faces d’un même « en-soi » figure de l’Etre (supra). Je voudrais ici simplement articuler l’Alétheia, telle qu’elle survit aujourd’hui encore, à ses véritables tenants d’un côté (le verbe croire et un certain oubli de l’être) et à un autre aboutissant que l’Inter-dire, de l’autre : « Dépasser la vérité » à son tour, en quelque sorte, mais sans prétention, sans vouloir rien à ériger à sa place, sans avoir pour autant à retourner simplement en arrière, sans avoir non plus à tout oublier des fruits de l’oubli qu’amassa durant des siècles notre savoir ; enfin sans prétendre vénérer Léthé et Doxa par-delà Alétheia. Il s’agit d’admirer le déploiement de cette dernière, mais non sans l’avoir réenracinée dans la généalogie de l’être homme au monde.

 

« Réenraciner le verbe savoir et la vérité », et ainsi les dépasser, simplement pour rejoindre l’être au monde.

 

 

Léthé, entre Doxa et Alétheia (l’oubli entre l’opinion et la vérité)

« La Moira (destin) de Parménide et le kriptestai (se cacher) d’Héraclite paraissent se rejoindre pour s’éclairer réciproquement dans ce rapport à la Léthé qu’est par essence Alétheia. » nous explique Beaufret. (…). « Héraclite dit ainsi de l’Alétheia qu’elle ‘aime’ Léthé ».[6] Connaissant la nécessité (destin) d’oubli de l’être qui règne au sein de l’Inter-dire humain  –  le sens aux dépens du signe –, la transposition est aisée :  

 

Dans le verbe savoir, c’est le croire-signe qui aime à se cacher !

 

 

Léthé et Doxa du côté de l’être  

Si Alétheia est à Léthé ce que la nature est à l’amour de se cacher (c’est l’idée de Beaufret), alors la vérité dont il sera maintenant question aimera peut-être cet « oubli délibéré » qui nous permettrait de voir la présence de toute chose, la nôtre propre comprise, dans une participation, voire une contemplation non cognisciste du monde.

En ce sens, Léthé et Doxa apparaissent pour nous potentiellement du côté de la compréhension muette de toute présence (par opposition au savoir la chose même), compréhension muette que ne peut qu’envier l’Alétheia (traditionnelle) et sa parole briseuse du silence vrai de la présence : elle l’envie pour leur proximité plus immédiate à l’être au monde.

Mais bien sûr, si Léthé et Doxa sont en quelque façon la proximité immédiate de l’être au monde, alors pour nous autres, hommes d’une longue Culture, seule une sorte d’intuition et de retenue post-épistémologiques peuvent nous permettre la compréhension de ce silence de l’être. Elle nous inspirerait alors l’oubli délibéré mentionné plus haut. Non pas qu’il soit question de renier notre somme de savoirs accumulés, mais de bien voir que :

 

La conscience de la valeur de Léthé et de Doxa ne peut être que postérieure à la volonté de savoir.

 

On connaît l’avènement du doute qui a permis à la vérité de devenir enfin objet de recherche.[7] C’est avec ce statut-là que la vérité a acquis le sens qu’elle a pour nous aujourd’hui encore. Je passe ici sur les raisons pour lesquelles la Raison, à l’autre bout de son parcours, est aujourd’hui en crise et dé-bouche (…) potentiellement sur un nouveau sens donné à la  –  parole.[8] Que ce fut en son Nom ou simplement à l’aide de la Raison, ce que les hommes du 20ème siècle ont fait à d’autres hommes et à la Terre suffit amplement à justifier la crise.

En ce sens, Léthé et Doxa ne sont désormais plus simplement ce pauvre statut ontologique de l’être au monde d’avant la vérité, c’est-à-dire le « croire » et « l’opinion » de tout être inconnaissant au-dessus duquel trône la Raison humaine, mais ce que nous devons interroger de façon nouvelle pour sa proximité à l’être  –  et à la Terre (écologie).

Il est alors peut-être question là, pour notre verbe savoir (et nos certitudes !), de faire retour, de « faire oubli »  –  et donc de faire une nouvelle fois abstraction, oui, mais cette fois  –  de lui-même !

 

Léthé et Doxa furent-ils l’inconnaissance originelle et a priori, [9] ils nous désignent désormais une certaine volonté a posteriori d’ignorer au service de l’être au monde.

 

 

« Létheia », sagesse du dire, retrouvailles.

Qu’on me pardonne ce néologisme de circonstances. Il veut simplement célébrer les noces de Léthé (l’oubli de l’être, signe de la connaissance mondaine) et d’Alétheia « éternelle », la présence retrouvée au prix (x2) de la dure volonté de savoir. « Létheia » est ici retrouvailles !

L’homme de ces retrouvailles est « revenu » de la connaissance, du verbe savoir. Son croire désormais l’englobe comme riche passé, et il l’utilise comme une marche pour son retour à l’être au monde. Il sait désormais qu’en toutes circonstances et quelle que soit l’époque il – croit. Il comprend maintenant qu’il lui faut se servir de son savoir pour croire, c’est-à-dire  –  pour créer ![10] Telle lui apparaît la nouvelle nécessité  –  éternelle nécessité maintenant ! Il sait que c’est en créant à partir de ce qu’il sait qu’il rejoint au mieux l’être au monde sans rien perdre pour autant de ses prérogatives ontologiques. Bien au contraire ! Mais il ne veut plus s’enfermer dans le dur être de l’Inter-dire : c’est en créant que lui apparaît la vérité, il l’expérimente et fait signe. 

 

Il ne signifie pas le monde, il rend au monde comme un peintre rend en peinture, un musicien en musique, un penseur en mots…

 

Ce savoir nouveau est rieur. Sa spécificité : être passé par le savoir sérieux et revenu au croire naturel et créatif par un chemin détourné. Présence ! Un transfuge, oui, mais comme un amnésique retrouve la mémoire et se souvient pourtant de ce qu’il a entassé durant son oubli. Pour autant, la boucle est intelligemment bouclée : conscient de participer par son croire, plus que jamais notre homme est. Il est comme tout ce qui est au monde (supra). Il laisse désormais aux ouvriers de la science et aux fervents de la certitude leur croire spécialisé, et aux enseignants la dure tâche de faire savoir... Lui est déjà en route vers son prochain croire, sa prochaine création, récréation ; il apprend désormais avec toutes choses et tout être, à simplement –  faire connaissance. Non plus « ce » qu’ils « sont », mais comment ils font, les uns et les autres, pour être au monde. Ca l’intéresse. Ils en discutent…[11] Bien sûr, la parole de sens (parole en vérité) relie ces choses par l’esprit à quelque institution humaine, mais notre homme sait avant tout que

 

Parole faisant encore signe par-dessus ce qu’elle sait est le véritable flambeau de présence ; elle nous relie par le corps à toute chose et tout être dans l’espace écologique de la commune respiration.

 

*

Ce texte paraît-il difficile à comprendre ? Le plus dur à comprendre n’est pas là. Il est de comprendre comment retrouver la facilité d’être. Le savoir seul, ce verbe savoir sur lequel on nous a appris de tous temps qu’il fallait tout miser ou presque, ce verbe savoir qui n’offre de dé-bouchés que thétiques, moraux, polémiques, dialectiques, professionnels et autres pédagogiques (c’est-à-dire exclusivement tournés vers l’Inter-dire), sert mal l’être au monde comme tout ce qui est. Il nous donne l’illusion d’un comprendre le monde alors même que, tentant de le saisir, nécessairement à ce geste-là  –  il échappe.

 

« Homme ! Tu es 100 % homme, un être qui a désormais tout de l’homme  –  mais tu es aussi, aujourd’hui plus que jamais, rien qu’homme, soigneusement enfermé dans une volonté exclusive de savoir qui conditionne depuis longtemps ton dire. Tu es homme dans « l’homme ». N’« es » -tu pourtant pas  –  et donc au monde  –  avant d’être homme ? » [12]

___

 

 



[1] Le verbe savoir…. et la conscience de soi ! On notera en effet avec attention que la vérité en termes de recherche (noétique ou esthétique) fut contemporaine de l’émergence en Grèce de personnalités qui désormais signèrent leurs œuvres. Homère, en ce sens, est nécessairement un nom d’auteur attribué a posteriori par une époque ultérieure. Sans doute peut-on alors dire : aussi longtemps que l’Etre est, l’individu n’a pas de raison de chercher  –  et donc d’être une personne. Cf. B. Snell, La découverte de l’esprit ; pour la notion de personne, cf. J.P. Vernant, Mythe et pensée ; etc.

[2] Ca n’est pas le lieu de dire le réenracinement éventuel de notre verbe savoir dans l’être au monde, ce sera l’objet d’un prochain billet.

[3] Cf. première partie de ce billet.

[4] C’est là l’interprétation de Beaufret, non pas ce que dit Parménide. Pour ce dernier, le chemin de la vérité s’écarte du sentier pris par les hommes. Ils n’ont pas « en vue » la même chose.

[5] « Arc et lyre en quelque sorte, la nature aime à se cacher. La nature : autre nom pour l’Alétheia même ». Violence et harmonie secrète, telle est la vie, telle est aussi désormais l’autre nom de la vérité. Mais où est donc son harmonie secrète ?

[6] Déjà cité plus haut.

[7]  Cf. « La découverte de l’esprit » Bruno Snell

[8] C’est quand même tout le sens de mon propre dire !

[9] Je dis inconnaissance plutôt qu’inconscience, qui sous-entend toujours quelque déficience, voire « irresponsabilité ».

[10] Je dis bien créer, et non tirer profit –  profit que la Raison n’a eu de cesse durant tous ces siècles d’adorer en sous-main et de soigneusement cacher en  première intention. 

[11] Cf. prochain billet « Dialogues ontologiques »

[12] Cf. Entre réalité-monde et Inter-dire III.

 

 

 

 

Commentaires

"Les mots, les dits, et les signes

En écailles vertueuses

Se retirent à la présence.

Dans l’entrelacs des respirations,

Immuable rencontre du ciel et de la terre.

Nous ne sommes que spectateurs de passage.

Que nos pas soient légers

Pour ne pas troubler

L’aube qui danse. "

(Kintana)

;-)

Ecrit par : Anonyme | 23.04.2007

En s'amputant du sixième sens de la vérité l'homme est en perte de sa présence au monde.

Ecrit par : X | 23.04.2007

A force de faire le MALIN avec la vérité, l'homme a fait de sa présence au monde et de la communication subtile, un enfer à exorciser.

Ecrit par : X | 23.04.2007

X > Je me refuse à considérer "l'homme" au singulier, mais je crois comme vous que l'inter-dire humain a brouillé l'accès à une présence simple au monde et aux autres, c'est-à-dire en premier lieu en matière de communication...

Ecrit par : varna | 23.04.2007

Mais je n'évoquais pas là l'homme au singulier mais bien comme vous au pluriel. Bien que ce soit toujours l'homme au singulier qui morfle .

Ecrit par : X | 23.04.2007

"La vérité ne se sait pas ". Elle est un mouvement qui ne sachant son sens se met en route dans une confiance aussi aveugle que celle que l'animal a en son instinct. Il y a un instinct du mouvement de la vérité. Elle ne peut en aucun cas devenir l'objet d'un savoir ni même d'une croyance si elle est le choix où se confond le sujet. Ce qu'elle sait (voir) c'est le mensonge et l'erreur. Ce qu'elle croit c'est qu'elle doit par rapport à eux se retrancher pour se poursuivre. On la reconnait à son ACCENT qui ne trompe pas et ses amants semble appartenir à un même étrange pays en dehors du temps historique au-delà duquel ils échangent leurs paroles comme autant de fragments paradoxaux d'une même langue.

Ecrit par : X | 23.04.2007

Varna... vous savez que je manque de temps en ce moment, alors, je ne fais que débuter. Or, je vis le premier para. - dense comme un gros bonbon aux fruits rouge et translucide. Ayant apprécié en tout premier lieu le petit (1) qui l'accompagne...

Ce que je veux dire par ici est que ces paroles sont à chiquer, Varna - elle sont de l'or.... je n'ai pas pour aujourd'hui envie d'aller plus loin, comme après une belle journée ensoleillée...

"Contre l’oubli des hommes et des évènements marquants s’érigeait Mémoire, mais la Mémoire contaminée par le doute engendra l’Oubli de l’être au monde sur lequel se fonda le verbe savoir. [1]"

Je n'y comprends rien, car... si je m'abstrais le temps de la lecture, histoire de faire le voyage de Mémoire... et bien ne voilà-t-il pas qu'elle serait doublement responsable et tellement antipathique... puisque : 1/ de quoi est-elle donc allée se mêler, la pôvre... 2/ lui a-t-on demandé d'aller faire semblant de douter ? (parce qu'elle a bien fait semblant... n'est-ce pas ?) 3/ parce qu'enfin, c'est encore un coup de Mémoire, le verbe savoir, avouez...

Ou comment discréditer Mémoire et la griller pour toujours...

Ecrit par : Marie Gabrielle | 23.04.2007

Plutôt que la mémoire inhérente,n'est-ce pas la mémoire obsédée, la mémoire qui a perdu sa faculté d'oubli qui met aux fers la vérité de l'être au monde?

Ecrit par : X | 23.04.2007

X > La mémoire obsédée est semble-t-il une mémoire qui court après - mais après quoi ? Elle ne chercherait donc qu'à accumuler ? - Avidité ? - Insatiabilité ? C'est plutôt une caractéristique de l'appétit de savoir, non ?
Ou bien voulez-vous dire à l'inverse la mémoire qui poursuit et que sa victime ne parvient plus à purger -- et pour cette raison l’obsède ?
Mais c'est là dans les deux cas la mémoire au sens psychologique et individuel du mot... Permettez-moi de redire quelques mots sur la Mémoire en Grèce archaïque :

La Mémoire qui s'apprenait en vers comme on apprendrait aujourd'hui par choeur la Constitution (il n'était pas rare qu'un homme sache 10 000 vers par choeur) fut supplantée par une recherche qui s'exprima davantage en prose (je simplifie ici, mais les faits parlent d'eux-mêmes). Cette recherche (une nouveauté appliquée à la vérité en tant que telle !) et ce nouveau type de dire, jointe à une "collectivisation" de la parole ont donné naissance au verbe savoir (objectif) tel que nous le "pratiquons" aujourd'hui encore. Le pari fait sur cette "mise en commun de la parole" fut qu'il allait en sortir "la vérité" (on en est là aujourd'hui encore pour une très large part). Mais de quelle "nature" serait alors cette vérité puisqu'elle ne pourrait plus être dite par personne mais seulement « rapportée » par chacun ? C'est là justement que se logea l'oubli de l'être, oubli du verbe être qui se dit en "dits" et non en paroles de vérité "en-soi", / pour tous et pour personne /... ;-)

Ecrit par : varna | 23.04.2007

X > Je n'avais pas vu votre commentaire précédent...
Marie-Gabrielle > Je vous réponds un peu plus tard.

Ecrit par : varna | 23.04.2007

Pour tout dire, je n'ai fait qu'écouter la musique de ce texte, dans un premier temps, et je ne vais pas me précipiter pour y accoler mes crottes de mouche dérisoires. Je suis heureux d'avoir compris la "tromperie" du savoir qui interpose ses vérités entre l'homme et l'être, et surtout de découvrir une plume telle que la vôtre. A défaut de paratger votre culture, la nature m'a doté d'une oreille assez fine pour vous lire avec délices.
Il y a quand même un pur fond chamanique dans votre pensée...
C'est un autre mega-kif que nous OFFRE votre superbe étude.
On n'en demandait pas tant !

Ecrit par : joruri | 23.04.2007

Marie-Gabrielle > Croyez-vous que Mémoire pouvait se tenir ainsi indéfiniment dans l'Etre majuscule sans que des hommes aient eu tôt ou tard un mot à lui dire ?
Guerre du verbe ? Politique du dire ? C'est bien de cela qu'il s'agit avant tout (ou en filigrane -- c'est selon la version des faits) dans l'éclosion des vérités successives.
Peut-être bien, en effet, que les définitions successives de la vérité et les voies emprûntées par ses dépositaires et tenants suivent toujours de près le cheminement des évolutions politiques de l'époque ?
Ce qu'il reste de la Mémoire antique, c'est sa parenté avec notre actuel... Etat d'esprit (sic).

Ecrit par : varna | 23.04.2007

J'en reste pour ma part à ce concept de "la fonction de la vérité."
Que la vérité érige des idoles, soit, mais ne sert-elle qu'à cela ?
N'est-elle pas méthodologiquement, même inconsciemment, un moyen de s'approprier le réèl, à la fois de l'ingérer puis de le rendre ? C'est un niveau du "rendu" (Ce que les hommes font de la vérité) qu'il y a un hiatus. La faculté de comprendre, et la faculté de dire ce que l'on comprend ne marche pas d'un même pas...Pourquoi ce (notre) désir (à tous) d'unité, de tout réunir sous un seule bannière, si ce n'est par aveu d'une scission ontologique qui nous distancifie du monde ? Si ce n'est en vue du POUVOIR ? De la volonté de puissance. Vous l'avez dit, "une vérité au-dessus des contingences". Nous comptons sur cette vérité précisément pour nous abstraire de la nécéssité, et nous fortifions les Babel élevées à cet effet...

Ecrit par : joruri | 23.04.2007

Merci Joruri pour le compliment et le plaisir de vous combler parfois ;-) Juste une petite remarque : je ne dégaine pas de suite au mot culture, mais je ne m'en sers pas non plus de révolver... : qu'il soit donc ici question de Culture (bien moindre que vous ne croyez) et d'une Autorité commentée pour l'occasion, j'espère que cela ne réussira pas à masquer aux yeux des lecteurs le mobile et le sens de mon geste d'écrire...

Ecrit par : varna | 23.04.2007

Je faisais simplement ici référence aux termes Grecs. Je ne vous trouve ni inaccessible, ni pédant, simplement bien entraîné... ;)

Ecrit par : joruri | 23.04.2007

Bonsoir Varna... ce soir un scoop à vous quitter, en attendant demain de vous lire. Je voulais vous dire la dissonance qui s'est attachée à ma mémoire émotionnelle autour de ces notions d'avoir ou d'être auxquelles je suis par conséquence devenue froidement sensible.

En effet, elles formèrenet le berceau de mon enfance. Où l'interdit d'avoir provenait d'une crainte explicitée que je puisse être le... l'héritière indirecte... d'une femme "qui n'aurait connu que le verbe avoir" (texto).

Le témoignage impossible m'a pourtant valu le combat, et je dis qu'il n'est pas d'être sans avoir - tout s'exprimant pour moi à travers une combinaison - ce qui est évidemment mal dit... et certainement moins bien que par l'Abbé Pierre à propos de la sécurité matérielle - à décliner sans doute comme devrait l'être la sécurité affective et psychologique, non ?

Bien à vous tous, et bonne soirée.

Ecrit par : Marie Gabrielle | 23.04.2007

"Je dis bien créer, et non tirer profit – profit que la Raison n’a eu de cesse durant tous ces siècles d’adorer en sous-main et de soigneusement cacher en première intention. "

"On ne vit véritablement que lorsqu'on danse" Isadora Duncan.

"vie est un retour pour retrouver le chemin" Jean de la Croix.

" Toute vie véritable est rencontre" Martin Buber.

Ecrit par : joruri | 23.04.2007

Varna bonjour,

J'ai fait halte, dès le milieu du comm. que vous m'adressiez plus tôt, et m'en tiens à la forme interrogative à moi seule adressée.
Pour l'autre plus généraliste, elle me semble si dangereuse dans sa puissance à briser, que je ne m'y aventure pas... et surtout jamais seule.

"Guerre du verbe ? Politique du dire ? C'est bien de cela qu'il s'agit avant tout (ou en filigrane -- c'est selon la version des faits) dans l'éclosion des vérités successives."

Non. Guerre du temps. Politique du pouvoir. Ouverture faite au doigt d'une fleur de coquelicot par des mains malhabiles ayant couvert d'emblée le champ des diligences...

Bien loin d'un tel spectacle, j'observe l'éclosion des vérités successives comme on verrait faucher du blé.

A+

Ecrit par : Marie Gabrielle | 24.04.2007

Quant à l'état d'esprit, je ne vois pas qu'il puisse être transformé en illusion d'optique, de même que la fenêtre peinte (même par un "grand") ne sera plus à ouvrir... cet axe retenant de lui-même la fermeture impérissable.

Ecrit par : Marie Gabrielle | 24.04.2007

"Quant à l'état d'esprit, je ne vois pas qu'il puisse être transformé en illusion d'optique"

Pas transformé mais de lui-même se dissolvant dans le bain acide d'une réalité où il n'y aura plus d'illusion à se faire...

Ecrit par : X | 24.04.2007

Illusion (tiens... les l en minuscules dépassent le I de majuscule...), ou rêve d'homme libre ?

Ecrit par : Marie Gabrielle | 24.04.2007

Oui, un rêve d'homme libre: Que le doigt en sang du coquelicot dressé dans le noir du ciel n'assassine pas dans le blond des blés la danse de l'amour.

Ecrit par : X | 24.04.2007

" Parole faisant encore signe par-dessus ce qu’elle sait est le véritable flambeau de présence ; elle nous relie par le corps à toute chose et tout être dans l’espace écologique de la commune respiration. "

c'est donc cela que je dois retenir !!!
pour que ma parole soit flambeau de présence, pour qu'elle fasse signe et me relie à toute chose, à tout être... pour qu'au delà des connaissances des uns ou des autres, de nos références, de notre culture, de nos préjugés, de nos savoirs, de nos failles, de tous nos manques, de toutes nos vanités... il y ait la rencontre avec les autres, avec le monde, que ma présence soit signifiée, que j'existe au monde et que je communique avec toute chose, tout être et que je puisse avoir cette possibilité moi aussi de créer...

Ecrit par : holly | 24.04.2007

" Parole faisant encore signe /par-dessus ce qu’elle sait/ est le véritable flambeau de présence ; elle nous relie par le corps à toute chose et tout être dans l’espace écologique de la commune respiration. "
A condition qu'elle ne soit pas allégée, comme on allège un fromage blanc, de ce qu'elle sait.
;-)

Ecrit par : X | 24.04.2007

Alléger un fromage blanc en le battant jusqu'à le rendre mousseux, aérien ??? allégé comment ? en lui faisant perdre sa substance, en le diluant dans de l'eau ou du lait ?
La parole n'est-elle pas le vecteur ? et a-t-elle besoin de tout faire savoir ?

Ecrit par : holly | 24.04.2007

cher Varna... "Quand je dis : c'est donc cela que je dois retenir !!!"
je me comporte en chasseur, cueilleur, celui que nous sommes tous à un stade ou un autre... en opportuniste qui prélève ce que la nature lui offre sur sa route... mais c'est une boutade et aussi un "signe" de ma part pour révéler ma présence !
merci pour ce travail que vous offrez en partage et qui toujours plus, participe de réveil de mes petites cellules grises...

Ecrit par : holly | 24.04.2007

" participe du réveil de mes petites cellules grises "
et c'est déjà pas mal.....

Ecrit par : holly | 24.04.2007

"Il n'y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n'a pas encore été dit. Quand tout sera dit on pourra enfin se taire, ça y sera."

Ecrit par : Louis-Ferdinand Céline | 24.04.2007

Céline a beaucoup d'humour.

Ecrit par : Simone | 24.04.2007

Mais cette citation est fausse.

"Il n'y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n'a pas encore été dit. Quand tout sera dit, ON N'AURA PLUS PEUR DE SE TAIRE: ça y sera."

Ecrit par : Simone | 24.04.2007

Alors comme vous, Simone, qui ne craignez pas ici de vous nommer, je veux me risquer ici à ne pas répondre, suggérant ainsi peut-être que le don que chacun me fait par ses propres questions mérite en retour plus une gestation de leur part qu'une réponse de la mienne...
Car ce que j'ai travaillé là procède aussi de questions - et je me suis donné le temps et la peine...

Alors, mieux que "dialectique" et vérité prochaine....
Une éclosion en chaîne, peut-être ?

Ecrit par : varna | 24.04.2007

Si Alithéia aime Léthé, Varna, elle l'aime jusqu'à exiger en certaines circonstances l'abolition du nom propre... Héraclite n'était-il pas dit "l'obscur" ?
Ceci est un aparté qui mérite gestation ... aussi.

Ecrit par : Simone | 24.04.2007

L'Être, immuable, éternel est une IDEE. Il n'y a que les êtres particuliers. Sans quoi l'être-relation n'a aucun sens. Grâce aux êtres, mobilisés à vivre par l'entremise de la mort qui menace, l'Être ne parle plus tout seul et la relation est REELLE, n'est plus le monologue désespéré d'un être-en soi qui ratiocine...
La plus haute forme du dire être est l'amour. Voià qui ouvre des chemins dans cette certitude un peu monolithique de Parménide.
C'est juste à sa suite qu'Héraclite parlera du Logos...

Ecrit par : joruri | 25.04.2007

Joruri > L'Etre et les hommes c'est une vieille histoire, je crois, pas seulement une "Idée" simplement "là" comme si elle était arbitraire. Après tout, la figure de l'Autorité unique et en-soi (issue des dieux, etc.) existait déjà...
L'Etre de Parménide c'est peut-être le début de la civilisation occidentale PAR L'ESPRIT (non pas les esprits, mais l'Esprit au singulier). Mais ce ne fut chez celui-ci qu'une question de METHODE. Ce n'est qu'ensuite, avec l'Idée platonicienne que l'Etre chercha un débouché politique.

Car Parménide est peut-être compromis dans cette affaire, mais il reste cependant un logicien et non un homme politique. "Si l'Etre est, alors l'être n'est pas", entendu : "Tout ce qui n'est pas avec Lui est contre Lui" : cela il ne l'a pas dit. Pas plus qu'il n'a dit "'L'être est", entendu : "Je suis celui qui est (ou suis)". Je vous laisse deviner les liens qui unisse dès lors l'origine de la science, de la politique et de la religion.... Oui, on est bien en Grèce antique, pays de l'Etre aux trois visages...

Le rapport de l’être-relation humain à l’Etre est peut-être celui de l’individu à la société… Mais il n’empêche pas les hommes, en effet, d’ouvrir des chemins de traverses, buissonniers, privés et amicaux, à l’écart du jeu collectif à l’égard du Pouvoir et de la Nécessité… de l’Etre. L’Etre, c’est au bureau, c'est notre boulot d'être citoyen, c’est pour l’Inter-dire ! (et c’est pourquoi on discute ce qui Est, enseigne et écrit des livres ! ;-)) Mais alors, dîtes : pas de dialogue possible dans la certitude ? Fin de la civilisation = début de la rencontre !?

Oups... il ne me semble pas si historiquement assuré qu'Héraclite soit postérieur à Parménide, ni qu’ils aient dit des choses si différentes qu’on le prétend...
[[ Je m’absente jusqu’à mardi ou mercredi. Je programme un billet pour lundi. Bonne semaine à tous. Merci à tous et à bientôt !]]

Ecrit par : varna | 25.04.2007

A partir du moment où il y a , il ne peut plus ne pas y avoir. A sa place, j'aurais dit ça comme ça, si j'avais osé...
Vous n'arrivez pas à admettre un être qui soit libre des déterminismes de l'ÊTRE... Et je ne comprends pas pourquoi. Ne peut-on considérer que si même l'ÊTRE est la source première, ce qui reste à démontrer, il se parachêve par la liberté même qu'il laisse aux êtres qui se sont reçus de lui ?

Ecrit par : joruri | 25.04.2007

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