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04.06.2007
Ce volet toujours rabattu
Philosophes ou clients de la philosophie, nous nous comportons le plus souvent à travers nos mots comme si nous avions nécessairement tous les mêmes préoccupations existentielles et intellectuelles. C’est le Patrimoine qui veut ça.
Chaque moulin à penser y vient chercher son grain à moudre.
Héritage gréco-chrétien sans doute : « Je suis moi, l’autre est comme moi ». En l’occurrence : « Si nous nous posons les mêmes questions générales sur l’existence, la vérité, le langage, la communication, la société, la politique, la réussite, la retraite, les enfants, la santé, etc., c’est donc bien la preuve que nous sommes pareils… ». Les questions s’imposent ainsi « d’elles-mêmes », cqfd ![i]
Seul un malin génie, bien sûr, pourrait avoir l’idée de venir mettre ici pareille évidence en doute et, pire encore, de renverser le rapport : « Si vous avez tous les mêmes préoccupations, c’est parce qu’on a construit et rassemblé votre ego et votre esprit autour de thèmes fédérateurs – en vue du seul Inter-dire collectif ! En vous fournissant le moulin, c’est l’Inter-dire qui assurait ainsi la pérennité du Grain et du moudre !"
En ce sens nous sommes tous philosophes – mais ça n’est plus là un compliment…
Alors voyons donc s’il est en chacun de nous un for intérieur qui ne s’ouvrirait pas ainsi toujours exclusivement de l’extérieur ! Car le réquisitoire présent peut être formulé, avec quelque ironie, ainsi :
« Ca me parle, la question s’impose – comme par magie ma pensée alors s’ouvre et débat… »
Or donc, à chacun aurait été alloué un moi et un penser dits personnels et libres. Bien ! Mais qu’en est-il du contenu de ce que tu penses, toi ? Serait-ce ici un insolent blasphème à l’égard de ce Bien si divinement accordé – ou bien dans un pur esprit de conséquence – que de mettre à jour des interrogations plus personnelles, réellement égoïques, en accord avec toi – puisque toi on t’a fait – et étrangement tues ? Ou bien vas-tu te conformer toute ta vie à cette tacite consigne générale :
Ne sois toi – qu’à travers la Question du soi !
Tu es aveuglé par les lumières de la Culture. Il est temps pour moi de te plonger malicieusement dans le noir, dans ce noir où tu t’es un jour ou l’autre déjà trouvé, souviens-toi, mais que tu as aussitôt fui, très vite, forcément, ô trouillard !
Laisse-toi faire.
Eteins tout.
Voilà.
Maintenant, dis-moi : a parte, dans ce noir de langage où tu t’es déjà trouvé tout à coup vraiment individualisé, ne t’es-tu pas demandé, te retrouvant « seul face à toi-même », n’as-tu pas interrogé ton penser comme à l’instant :
« Qu’est-ce que j’attends au juste des autres ? » [ii]
Décomposée, la question est : « Qu’est-ce qu’ils me veulent ? » ; « Que puis-je leur donner ? » ; « Que pouvons-nous entreprendre ensemble en toute liberté ? » ; « Pourquoi devrais-je si spontanément leur dire qui je suis et ce que je pense ? ». « Que faire d’eux et que faire de moi ? en somme… ».
N’était cette fichue appartenance servile qui les rassemble autour de « thèmes », leur dicte par là leur « moi » et les déroutent de leur question authentique, les hommes […]*
____
* Je n’ai pas retrouvé la suite de ce texte conçu il y a quelques temps déjà. Mais quelle importance ? Je suppose que ça avait trait au « contenu » du dire de toute authentique individualité. A chacun de voir. Pour ma part, je trouve l’incident amusant. Il interroge mon dire en ce trou noir. Attention je rallume ! ;-)
[i] « Qui suis-je ? » (qui sommes-nous) ; « Que faire ? » (que faisons-nous sur cette terre) ; « Qu’est-ce que le langage ? » (quelle vérité nous est accessible), « comment vivre ensemble ? (qu’est-ce que la politique ), etc.
07:55 Publié dans s'entredire | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : individualité, personnalité, souveraineté, quel dire ?



Commentaires
NB/ Les notes en i et autres ii en guise de 1 et 2 ne sont pas le fait d'une coquetterie de ma part, mais d'un hasard de l'enregistrement. Je n'ai pas voulu y retoucher.
Ecrit par : varna | 04.06.2007
Le forT intérieur...son pont-levis?;-)
Ecrit par : . | 04.06.2007
sur le tableau de la vie
j'ai effacé les formules abstraites
les questions toutes prêtes
j'ai tracé des arabesques
et l'oiseau s'est envolé!
tu souris, ami?
tu l'as donc vue
l'alchimie délicieuse
de la craie de lumière!
regard ouvert,
mettant bas les différences...
sur le tableau noir de la vie
je peux écrire l'alphabet que je suis.
chaque graine, en son germe,
a la terre toute entière.
et mon moulin à dire
chante en moulin de prières.
Bonne vie, Varna!
l'autre, c'est d'abord soi, libéré des chaînes de l'inter-dire?
Ecrit par : kintana | 04.06.2007
.>
1/ Un roseau épris de vents se laisse conter la moindre bise -- c'est que sa confiance est béate.
2/ Une île s'entoure de plages -- c'est que la mer la protège.
3/ Un chateau se fait (chateau) fort -- c'est que le pont-levis s'abaisse volontiers à toute belle visite ;-)
Ecrit par : varna | 04.06.2007
Kintana > Magnifique... !
Parfois une passerelle me semble un continent.
Bas mon levis, bas ! ;-))
Ecrit par : varna | 04.06.2007
Assujettis volontaires et soumis à des dispositifs, nous nous retrouvons toujours à poser les mêmes questions. Ce n'est qu'en creusant, discrètement, comme des prisonniers, que nous espérons en échapper. Mais nous ne connaissons pas les plans et le hasard ne nous conduira pas directement à la sortie, si elle existe... Alors, restons groupés et creusons ensemble pour nous donner l'illusion d'une prochaine libération...
Ecrit par : La révolte | 04.06.2007
Je m'insurge contre la révolte ! ;-)
Voilà une reflexion qui y retourne (au noir) plus qu'elle ne semble vouloir s'éclairer elle-même. Car les autres ne sont pas même conviés à tacher d'y voir clair ? Ce "nous" dont NOUS devrions pouvoir juger ensemble peut-être, est-il illusoire si l'on cesse de raisonner en terme de vérité impossible ?
Aussitôt qu'on parle aux autres, on leur veut quelque chose. Tant qu'à faire - leur dire quoi ?
Ecrit par : varna | 04.06.2007
Je veux qu'on m'aime tel que je suis. Je veux parfois du nursing, car mortel, j'ai peur.
Je veux qu'on m'excuse quand ma maladie sème la discorde et qu'on me croit quand je dis parce que je ne suis pas un menteur.
Je veux aimer en retour, parce que c'est bon, et que j'aime jubiler. je veux être réconcilié avec toute la nature (et tous les cieux) et vivre en paix au chaude de ceux que j'aime.
je ne veux plus de guerres, de cupidité, de haine, d'aveuglement. Je veux que les hommes soient une famille unie. je veux mourir en paix sans souffrir et savoir que tout n'est pas fini quand même.
Je veux être en pleine vie.
Voilà mon DIRE.
Ecrit par : Joruri | 04.06.2007
Continuer à faire semblant et se fier aux apparences.
( tant qu'à faire, quoi leur dire ?, rien à dire, tout reste à faire...)
Ecrit par : La révolte | 04.06.2007
Eh bé dis donc... Le mot "noir" aura sûrement effacé le mot "autres" dans les mémoires. Peut-être la peur n'a pas apprécié qu'on la réveille ?
Heureusement qu'on est homme à lire ce qu'on lit et reconnaît l'homme en celui qui dit, car à vous lire, on pourrait croire que ces mots prononcés, n'ont, en effet, aucun destinataire.
Or cela fut dit, c'est donc que ces mots veulent (quelque chose) des autres (j'insiste) - mais quoi ? Est-ce seulement pour se plaindre ? Je ne veux pas le croire. Alors à moi de faire semblant... de croire ce qui est dit, peut-être. En cela, déjà "du faire" ?
Ecrit par : varna | 04.06.2007
Et vous Varna, plongez dans le bain et DITES à votre tour ! :)
Ecrit par : Joruri | 04.06.2007
En toute franchise, je n'arrive pas à savoir en vous lisant à qui s'adresse votre réponse ci-dessus...Vous n'êtes pas toujours très simple à comprendre...Est-ce à "la révolte" ou à moi ? Je suis incertain.
Ecrit par : Joruri | 05.06.2007
Indicible, il y a un passage qu'on ne peut franchir avec nos habitudes, l'autre est toujours un étranger, une boîte fermée, on est juste, parfois, charmé par les sons et les mots qui s'en échappent... On peut vivre isolé et caché mais dès qu'on descend dans l'arène...
..."Endroit clos. tout ce qu'il faut savoir pour dire est su. Il n'y a que ce qui est dit. A part ce qui est dit il n'y a rien. Ce qui se passe dans l'arène n'est pas dit. S'il fallait le savoir on le saurait. Ca n'intéresse pas. Ne pas l'imaginer. Endroit fait d'une arène et d'une fosse. Entre les deux longeants celle-ci une piste. Endroit clos. Au delà de la fosse il n'y a rien. On le sait puisqu'il faut le dire. Arène étendue noire. Des millions peuvent s'y tenir. Errants et immobiles. Sans jamais se voir ni s'entendre. Sans jamais se toucher. C'est tout ce qu'on sait. Profondeur de la fosse. Voir du bord tous les corps placés au fond. Les millions qui y sont encore..." S.B.
Je repars à zéro, de la position la plus basse, pour renouer un dialogue qui ne repose pas sur la complicité, mais sur la nécessité. Si ma présence vous dérange, ici, je le comprendrai. Amicalement.
Ecrit par : La révolte | 06.06.2007
La révolte >
-- Eh bien brouillons-nous, La révolte, si c'est votre nécessité qui l'exige ! Puisque nous nous apprécions (je crois), nous renouerons (ou simplement nouerons) que plus forts ! "Risquer le tout pour le tout", ça c'est viril ! ;-)
Moi il me paraissait quand même plus simple, en pareil cas d'insuffisante complicité - et sans prétendre en faire une affaire personnelle ! - d'exiger de rencontrer l'autre "pour voir" si l'on a quelque chose, peut-être, à faire ensemble. Pour ma part, je n'avais guère confiance en moi, c'est pourquoi je ne l'ai pas proposé. Mais l'heure a sonné ! allons camarade, à la brouille ! Prends garde à toi, maintenant je vais attaquer ! (ça vous changera, s'pas ?)
Amicalement aussi.
Ecrit par : varna | 06.06.2007
Forcer le passage, partir à l'aventure, au risque... Freud, qui entretenait de nombreuses liaisons épistolaires, disait qu'il fallait, pour que l'amitié soit possible, que la rencontre ait lieu une fois, une fois pour qu'elle ait une chance, un visage. j'ai le coeur qui bat, mais je suis prêt. Amicalement.
Ecrit par : La révolte | 06.06.2007
"Héritage gréco-chrétien sans doute : « Je suis moi, l’autre est comme moi ». En l’occurrence : « Si nous nous posons les mêmes questions générales sur l’existence, la vérité, le langage, la communication, la société, la politique, la réussite, la retraite, les enfants, la santé, etc., c’est donc bien la preuve que nous sommes pareils… ». Les questions s’imposent ainsi « d’elles-mêmes », cqfd ![i]"
Petit taquin va ! Car vous savez n'est-ce pas que ces préoccupations sont secondes chez les chrétiens pour déterminer l'unicité du genre humain...Ces préoccupations n'étant que des conséquences..
Bouh, vilain Varna. Heureusement que votre billet est génial...
Ecrit par : Joruri | 06.06.2007
Joruri > Grec par "l'Etre", chrétien par le "Prochain".
Si je prêchais à mon tour, ce serait volontiers pour "l'après l'Etre" et "une même présence". Mais à la vérité, je préfère la sagsse du dire, le "dire équitable". Max.... Haavelar de la communication, quoi ! ;-)
Ecrit par : varna | 07.06.2007
J'avais très bien compris ce que vous vouliez dire. "L'Être "peut être une commodité verbale, ainsi que "prochain", ainsi que "homme" votre ami...Mais il ne se résument pas à cela. Ils aident aux généralisations intéressées de certains, mais ces généralisations n'en épuisent pas la morphologie.
Ils sont eux aussi, ces concepts, l'un des moyens mis à la disposition de chacun pour se dire. Ils ont qu'on le veuille ou non une fonction plus large que le classement pas catégories artificielles sans sagesse. Ils sont aussi des phonèmes fondateurs de la conscience et sans lesquels l'expression de soi ne serait que l'agitation de singletons placés côte à côte sans rien de solide entre eux pour entretenir le liant nécessaire à une authentique communication. Ce n'est pas tant aux concepts, aux en-soi, qu'ils soient ou non des produits de l'esprit humain, qu'il vous faut vous en prendre, mais à la faiblesse et à l'imperfection native du langage humain.
Ecrit par : Joruri | 07.06.2007
Je m'absente jusqu'à mardi ou mercredi. J'ai programmé la parution de mon prochain billet (un texte-récréation) pour lundi matin. Les traits rouges qui y figurent ne sont pas de mon fait : sempiternels problèmes de mise en page !
Ecrit par : varna | 09.06.2007
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