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10.09.2007

Avant, il y avait penser et quelque Chose

Genèses conjointes de « la pensée » et de la conscience de « soi ».

 

Naturalisation de la connaissance et tout être au monde défini comme être-relation*   en une phrase : « La connaissance n’est qu’un mode de la pensée : un homme qui connaît le lever du soleil n’est qu’un étant qui explicite pour soi, sur le mode conscient, la relation au soleil » [Conche, Parménide, p. 256]

 

Penser est à la fois un mode de dire-être au monde et un des Existants* du savoir-croire* humain : on croit qu’on « pense », on croit en « la pensée » (dans laquelle on pense). Un homme croit qu’il pense, il croit à la pensée, il croit à / en cet Existant spirituel tout comme un autre organisme   et encore lui-même à d’autres moments    croit ici en un quelconque Existant matériel (objet), là à un Existant purement sensoriel (douleur, plaisir).

 

[Je veux éviter ici, pour dire l’être au monde, de poser deux sortes de croire, donc deux sortes d’Existants (pour moi qui dit), dont l’un serait « esprit ». Je ne sais pourquoi « fonctionne » le verbe être, ni même s’il convient d’en parler en termes de fonctionnement. Je « sais » seulement que les verbes savoir-croire (in-su*), croire, et faire-croire,* auxquels le dire humain également appartient, sont la manifestation de toute présence individuelle.]

 

Le penser humain (verbe) mis en un langage, et ce langage confronté à la réalité   voilà ce qui a donné lieu à « la pensée » (Nom) :

 

D’abord un média, puis une divinité [1]

 

Mais croire par le penser ne fait pas que « croire » soit esprit ! A moins de tout spiritualiser, d’« animer » a priori toute matière (hyzoloïsme).[2] Une plante ne pense pas, elle croit.[3] La différence qui fait l’homme, c’est que seule une conscience qui a pour objet le soi en tant que tel circonscrit (ou s’invente) véritablement la pensée : « soi » comme objet de penser est contemporain de « la pensée » comme objet de penser.[4] C’est pourquoi aussitôt qu’un homme croit en « la pensée » tout devient esprit. Idéalisme.[5] 

 

a) « La pensée », c’est l’espace de   et accordée enfin à   la conscience humaine, fruit d’un développement conjoint du croire naturel in-su et du langage humain. « La pensée » est issue de ce verbe croire qui s’est fait un jour en partie Nom,[6] grâce au langage, et s’est alors mis à « représenter » l’espace de tous les croires de toutes sortes :

 

« L’esprit accueille tous les êtres »

 

Le langage humain s’est ainsi développé en un espace d’énoncé de la réalité au point que les hommes y ont cru, et qu’ils croient aujourd’hui encore et toujours en cet Existant supranaturel (LA pensée, LA connaissance), un espace qui relie les choses (via leur cognoscibilité) à leur penser d’homme et constitue, pour leur plus grand honneur sinon bonheur sur terre, la parenté native.* 

 

Parenté native : le langage humain reflète…

 

b) Alors donc, qu’est-ce qui fait cependant qu’un corps croit puisqu’il n’a pas la pensée ni le soi pour Existant ? Le « but » semble d’être présent, bien sûr, et, le cas échéant (chez les êtres vivants) de croître. Mais comment cela se passe-t-il ? Phénomène physique au sens large ? Une opposition, là encore, dans la tradition des grands systèmes présocratiques de pensée ? Pesanteur et croissance peut-être, pour ramener aux plus « physiques » des phénomènes contraires ?

Il aura certainement fallu un très long cheminement du croire humain et un processus complexe du savoir-croire* humain pour que les hommes en arrivent à penser puis à savoir   en plus de croire ! Rôle éminent de l’Inter-dire, sans aucun doute !

 

L’histoire du verbe penser qui aboutit au je (conscience de soi) et à l’espace nommé « la pensée », c’est l’histoire de ce croire naturel humain jusque-là in-su qui s’est lui-même un jour vu, qui s’est lui-même un jour cru. Aussi, un homme conscient de lui-même (soi) ne peut que savoir qu’il croit ;[7]  jusque-là il pense sûrement, mais il ignore l’esprit qui accueille et le langage qui donne en retour… :

 

C’est cela penser (soi), un regard du croire (que l’on est) sur lui-même, un regard qui inaugure à la fois la conscience de cela qui croit  –  moi   et du « récepteur » de ce croire en train de savoir qu’il croit : je. [8]

 

c) Mais le savoir en question n’est en réalité qu’un croire de plus, ou plutôt « la pensée » ou encore « je » n’est qu’un Existant de plus sur le tableau de chasse du savoir-croire humain, en l’occurrence du verbe penser. De ce point de vue, savoir signifie croire au croire. Or croire au croire, selon notre langage même, c’est déjà se montrer un « être spirituel », c’est déjà faire montre de foi… 

 

Penser, serait-ce mettre un pied dans Dieu ?

 

Penser serait-il donc ce croire in-su qui, se découvrant un jour en partie lui-même, s’est aussitôt converti en foi en lui-même et en toutes choses ? OUI ! –  au point de vouloir les connaître toutes... ! 

 

Penser c’est s’inscrire d’emblée dans la Parenté native, c’est déjà croire qu’on va un jour savoir.

 

____

 

Un homme croit qu’il pense à des choses spirituelles qui ont pignon sur terre (c’est peut-être ça penser), mais en même temps, son corps, cette autre partie de lui-même, pense-t-il, continue de croire à son in-su :[9] aucun homme ne pourra en effet jamais penser de tout son être, de tout son corps ! Son corps croit, il a des représentations (le cerveau est avant tout là pour l’organisme !), et suivant comment celles-ci se distribuent au sein de l’échangeur qu’est le cerveau, elles se manifestent alors à lui (qui pense) comme sensations, comme sentiments   ou comme pensées.

 

Entre l’esprit et les corps, moi-je ne peux que bénir la divinité du langage…

 

à suivre…



 

* =  Supra

 

[1] Le verbe penser, un média, a donné lieu à « la pensée », divinité aux multiples avatars. 

[2] Et j’ai déjà objecté au reproche afférent de psychologisme (supra).

[3] Elle est persuadée comme dirait Carlo Michelstaedter in « La persuasion et la rhétorique ». .

[4] [Berkeley a sous-estimé, je crois, le fait par exemple que deux objets de pensée associés tels que « soi » et « responsabilité » aient pu donner effectivement un individu responsable. C’est bien le « soi » qui se donne « la pensée » pour objet de penser. (A suivre)].

[5] D’où le titre donné à cette note : avant il (n’)y avait (que) penser et quelque Chose  =  aucun être ne se souciait de « soi », de « la pensée » et de tout ce qui en découle ; il ne se faisait d’autre représentation « objective » que des objets de son désir.  Au commencement n’était que le verbe   au pied de la lettre   et l’objet désiré qu’il exprime. L’homme est le seul être vivant à s’être fait Nom (et c’est pour lui une condition sine qua non pour vivre en société).

[6] C’est-à-dire « la pensée » ; la partie restante définissant le verbe penser.

[7] Alors qu’un homme conscient de savoir s’enveloppe de la volonté d’ignorer propre aux conditions du savoir : l’objectivité visée commande l’impersonnalité.

[8] Je laisse ici de côté, sans pour autant vouloir minimiser son importance, le rôle des évènements objectifs sur le développement du langage humain et donc de la conscience des hommes. L’important dans la généalogie retracée, c’est que je arrive en seconde instance (après moi), en tant que miroir réflexif qui ne va alors cesser de refléter et de croître au point de faire bientôt… sécession.* Alors seulement il passe en première instance, avec toutes les conséquences que cela comporte… Que je se croit premier en matière de pensée par exemple (« je pense donc je suis »), dénote pourtant vis-à-vis du croire-moi premier une mauvaise foi (une ignorance voulue) effrontée ! Cf. « Moi, je me », billet suivant.

[9] [Ce pourrait être là le « mélange » dont parle  Parménide.]

Commentaires

"L’homme est le seul être vivant à s’être fait Nom" Il se représente lui-même à soi comme désir...La pensée traduit d'abord la croyance en une notre incomplétude. Le verbe réfléchit sur son contenu...
Tout ce que tu dis ici, ce sont des mots épluchés un à un des enveloppes des croire et savoir précédents, mais qui n'en finissent pas eux-même de postuler des savoirs et des croires.
Il y a un savoir pratique (est-ce que cela se mange ou non) et un savoir logique (au sens de verbe: par ex:qu'est-ce que la liberté ?)
Et on meurt de mauvaises réponses comme on meurt d'absorber de mauvais champignons....
Et justement cette trinité soi, je, et moi c'est "homme" un étant qui ne peut s'empêcher de penser à ce qu'il pense quand il pense....
Un pied dans le divin, je ne sais pas (pour MOI expérienciellement, JE dis non car j'ai vécu que non, il n'y a pas de dieu au bout de la pensée ) mais un pied dans "l'absolu", oui...C'est là qu'est la volonté de puissance : dans le divin supposé des croires et des vérités HUMAINES.
Cette tendance à absolutiser est jumelle de celle à
OBJEC/tiser. Se faire bête en se faisant plus qu'humain...

Ecrit par : joruri | 10.09.2007

C'est le seul être vivant, aussi, à avoir nommé les choses pour les faire advenir.

Sinon...

"Le Corps, cette Raison Supérieure"...

C'est bien dans le Cheminement de ce Corps de la naissance à la mort que se trouve le labyrinthe de l'Être.

Ecrit par : Nebo | 15.09.2007

Nebo > Que choisissez-vous ?
1) De spiritualiser la matière ("le corps pense", "le corps est esprit")
ou bien
2) De naturaliser la pensée humaine ("je d'homme et son verbe penser sont des croires comme les autres, parmi les autres"),
ou seulement
3) de mystifier la relation corps / esprit comme vous semblez le faire ici ("Le Corps, cette Raison Supérieure"... "C'est bien dans le Cheminement... labyrinthe de l'Etre") ?

Les conséquences sont spécifiques à chacune de ces positions, je crois, précisément comme attitude au monde.

Ecrit par : varna | 17.09.2007

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