11.12.2006

[Après trois mois de blog]

Certains blogueurs ont fait part de leurs débuts dans la blogosphère, j’espère que ces quelques mots pourront à leur tour profiter à d’autres.

 

1) A peine ouvert mon blog, j’ai cru pouvoir, en protestant, l’épargner de l’atmosphère de suspicion propre aux échanges sur le net  je veux parler des différents problèmes que pose l’anonymat. Celui-ci fait pourtant de chacun de nous une ombre ! Et c’est bien là, à mon sens, qu’est le véritable virtuel ! Mais bon – la grande majorité des internautes semblent s’en accommoder, alors

2) J’ai cru ensuite pouvoir désencombrer nos échanges des interférences parasites en proposant une correspondance individuelle par mail : ce fut une maladresse de ma part (bien que cette correspondance existe a profit), elle a jeté sur moi le doute, voire alimenté une suspicion particulière (suspicion qu’un intervenant, manifestement paranoïaque du reste, entretient ici même ouvertement, mais aussi auprès d’autres personnes, en privé !).

3) Puis j’ai cru devoir assainir l’espace commentaires au nom des lecteurs* en supprimant à l’écran les injonctions, insinuations et autres insultes de « génie mal compris ». Ce fut une erreur car chacun, là encore, semble s’accommoder de ce type d’ivraie, ici comme ailleurs, ou pour le moins s’y résigne. Il semblerait qu’incombe à moi seul d’entretenir l’espace des commentaires…  

4) Avant tout, le mot s’entredire en titre de mon blog a prêté à confusion, j’en ai conscience. On a pu croire en effet que j’ai voulu ouvrir une sorte de centre d’accueil dont je serais le tenancier, où chacun, ah la belle âme !, pourrait venir se désaltérer à une source commune… Voyez, déjà le style !

5) Mais ma plus grande erreur fut sans conteste un excès de scrupule indifférencié envers les commentateurs.

 

(*) J’ai appris en effet que certains ne lisaient même plus les commentaires.

 

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S’agissant du fonctionnement du blog, aujourd’hui il me semble que ça n’a aucun sens de donner à lire des notes d’un côté et de « tenir la chandelle » des commentaires de l’autre, d’abandonner l’espace des commentaires, de le laisser s’infester de propos inutiles ou déplacés où l’on n’a même plus envie de se rendre soi-même. Pour assurer une certaine cohérence de l’espace des commentaires avec celui des notes, je prends donc le parti d’y faire les coupes nécessaires. Je choisis sans plus de scrupules d’entreprendre d’alléger les commentaires de ce qui en encombre le plus la lecture et a pu en outre dissuader certains, sans nul doute, de participer. A commencer par moi. J’assumerai les conséquences.

C’est d’éléments pour une sagesse du dire qu’il est question sur ce blog, non d’y reproduire les rapports hétéroclites auxquels nous sommes par ailleurs coutumiers. A défaut de règles de s’entre-dire, riposter est partout la forme la plus courante des différents types du répondre (même étymologie), mais c’est aussi celle qui contient le moins de dire  proprement dit. Riposter c’est faire entrer son dire dans le seul faire à autrui. C’est sans nul doute un faire efficace pour attaquer l’autre ou se défendre, mais le contenu en véritable « dit » est alors nécessairement pauvre, voire nul. Les dérapages verbaux dans les commentaires comme dans la vie (je n’y échappe pas, je ne suis pas un sage) ne font qu’entériner l’absence de règles visant à un s’entre-dire qui ne soit pas seulement commerce entre ego(s) rompus à l’amour-propre et pressés de se dire comme on s’entre –tutoie / -tue / -toise. Le verbe dire doit pouvoir réserver autre chose, non ? Il me paraît insolent et complaisant de prétendre aspirer réellement à un échange véritable quand on n’a ni le désir ni le courage de participer à la construction préalable de l’espace nécessaire pour cela. La raison en est simple : le dire est généralement considéré et utilisé avant tout par chacun de nous comme une arme d’attaque et de défense et ce, consécutivement au désir profond de parler de soi et de se faire valoir auprès des autres. J’y ai fais allusion dans plusieurs notes déjà. Ainsi, c’est bien affaire de cohérence pour moi et pour mon blog que d’indiquer clairement que cet « entredire »-là que nous pratiquons à tout instant dans la vie de tous les jours, eh bien nous le connaissons tous déjà, et que c’est autre chose ici que je tente de présenter ici parce qu’il est justement question d’une sagesse du dire. (Voir plus bas).       

Mais j’envisage aussi d’ouvrir un autre blog, « tout-venant », plus en conformité avec la diversité, et où je vais pouvoir moi aussi m’amuser. Il est entendu qu’à mon tour je n’y aurai rien à dire ! ;-)

 

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Pour ce qui est de l’expression « s’entredire », celle-ci désigne pour moi l’espace informel terminal d’une parole prenant racine (ou la retrouvant) dans l’espace physique concret. Je n’utilise pas l’expression comme un point de départ moral, animé d’une quelconque bonne volonté en matière de communication [je suis plutôt pessimiste en la matière]. Je n’utilise pas non plus l’expression pour signifier le fondement objectif d’une éthique du « dire » élaborée par une œuvre intellectuelle d’envergure (mienne) qui se serait penchée avec amour sur les vertus du « s’entre ». Je donne des éléments pour une sagesse de dire : après l’Etre (« épistémofolie »), dire-être au monde et aux hommes, s’entredire.

Voici le schéma central de ce que j’ai à dire (il ne s’éclaircira qu’au fur et à mesure des notes à venir) : Ce n’est, selon moi, qu’Après l’Etre et à la découverte du dire-être   dire-être au monde et aux hommes, les deux espaces du dire et de l’être, l’un physique, l’autre informel   que peut naître et que s’impose d’elle-même, il me semble, une certaine sagesse du dire. C’est-à-dire relative au s’entredire. Que cette sagesse s’éprouve un jour entre nous, ou même constitue une base pour un groupe de travail futur, c’est une autre histoire. Pour l’heure, je l’expérimente timidement moi-même tout en instruisant le procès de ce qui me paraît constituer l’Etat d’esprit dans lequel nous vivons et de son « épistémofolie », principal obstacle. [Je vais rendre la catégorie « Après l’Etre » visible].  

C’est par souci d’honnêteté envers les lecteurs que j’ai parlé d’emblée de s’entredire et aussi, dès ma première note, d’une « improbable éthique de la communication », ne voulant pas faire naître l’idée qu’ici il y a un secret à découvrir qui vous tient en haleine, ne voulant pas donner à croire en un accompagnement du lecteur jusqu’à une révélation ultime. « Voilà et à quoi nous aboutir(i)ons    maintenant vous savez tout » : tel était le sens du geste. Carte sur table ou peut-être utopie livrée aux fauves ? Qu’importe ! il reste quand même à jouer la partie… Ici simplement je dépose et peux tout à fait m’en contenter. Le don « à fonds perdu » de ce qu’on a à dire, en partie objet de ma note du 4 décembre dernier, n’est pas seulement un choix à faire : il n’y a, à mon avis, pas d’autre alternative à l’espace de communication actuel. Mais il esquisse déjà un nouveau mode de communication par la façon poïétique qu’aura tel ou tel autre de le recevoir. Comme il est dit plus bas, à chacun, s’il le veut, de construire.

Il y a une unité dans les notes qui alimentent les catégories « s’entredire », « Après l’Etre », et « dire-être » (catégorie que j’inclus dans la précédente). Je donne cette indication pour le cas où un lecteur (ou un éditeur !?) serait intéressé / tenté, à terme, de la reconstituer ou de la construire pour lui-même (et avec moi ?) dans un livre, c’est-à-dire veuille ce que moi je ne veux pas, à savoir écrire un livre à partir de ce qu’il trouvera ici sans passer par la pratique expérimentale de la sagesse dont il est question    et pour commencer :

 

N’écrire un livre qu’en désespoir de cause.

 

J’aurais aussi bien pu intituler mon blog « dire-être » ou « Après l’Etre ». J’ai préféré le « s’entredire » auquel ils s’articulent et sur lequel ils débouchent comme pratique vivante –   au lieu d’écrire un livre.

 

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Pour ce qui est enfin de mon identité personnelle (il paraît que j’intrigue), j’ai avant tout quelque chose à expliciter et non avant tout un espace de communication à créer, non avant tout quelque chose à vous dire, non avant tout un besoin de communiquer à n’importe quel prix : je ne suis pas un meneur d’hommes, je suis bien trop enclin au détachement, je n’ai pas de charis personnelle (comme l’a bien vu Koan), mais s’agissant d’échanges, je souscrirai à toute initiative éventuelle en vue de réfléchir ensemble, voire d’expérimenter ce que peut être un dialogue « véritable ».

 

NB/ J’ouvre pour l’occasion une catégorie « A propos », en continuité de l’A propos en en-tête pour d’éventuelles autres « notes internes » à venir. « Six mois de blog », par exemple,  ou encore « Neuf mois de s’entreblogres »! qui sait ?  ;-)

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