11.12.2006

Texte protégé, lecteur exposé ;-)

[Blog opératoire]

Tout texte sur le net s’expose à la vue de tous et se met ainsi à la disposition de chacun. Mais sur un blog, chaque lecteur est à son tour confronté à l’opinion que chaque autre s’en fait, et plus encore exposé à la lecture que s’en fait untel ou untel pour peu que celui-ci la soutienne devant tous avec force et conviction (ce qui ne garantit nullement qu’il soit objectif et bien intentionné !). Ainsi, combien parmi nous sont assez honnêtes envers eux-mêmes et assez courageux devant les autres pour répondre en premier lieu directement au texte sans même lire les commentaires ? Combien inclinent plutôt à répondre « à la fois » à l’auteur et à un commentaire au moins ? Combien ne répondent qu’aux seuls commentaires ?

 

Aussitôt lu, aussitôt le texte s’éloigne ; il n’est manifestement que prétexte aux commentaires entre eux. Le véritable contexte est ailleurs… 

 

Au fond, en effet, le texte de note n’est rien la plupart du temps en regard des commentaires qu’il suscite, bien plutôt un point d’appui, tout au plus une étincelle. Un véritable dialogue pourrait consister à comparer nos différents points de vue respectifs sur le texte proposé, conçus a parte, avant d’en discuter. Mais comment serait-ce possible dans les conditions habituelles ? Chacun semble en effet reproduire ici exactement le type de relations hors texte qu’il a à l’extérieur (dans la vie de tous les jours), où il doit sans cesse se défendre et s’imposer aux autres (croit-il) « pour exister ».

 

Aussi le texte présenté en note n’est-il plus en définitive qu’un geste protégé par la bulle dans laquelle les commentateurs le placent ; il trône et s’en amuse.

 

Par suite, aucune explication a posteriori n’est en mesure de venir au secours de celles et ceux qui se laissent ainsi abuser par la lecture d’un autre ou, plus souvent encore, par une polémique générale. Comment le pourrait-elle ! Chacun reproduit ici le type de relations hors texte qu’il a à l’extérieur, c’est-à-dire se place d’emblée lui-même, machinalement, dans le contexte auquel il est seul habitué :

 

Contexte de foire, de mélange des genres,* d’un « tous ensemble » sans plus de relation personnelle à un quelconque texte ni même de relation individuelle à un quelconque véritable autre. Contexte impersonnel où même les plus « forts » ne gagnent qu’en influence (sur les autres).

 

Quel lecteur entre personnellement dans le texte et lequel dans la danse de l’influence ? Trafic d’influences ? Mais où est donc passé le texte !?

 

*

(*) Sancho ne s’offusquera pas que je le prenne ici en exemple puisqu’il pratique et prône même (voir son commentaire récent) ce mélange des genres jusque dans ses propres textes de note de son blog : ceux-ci vont du commentaire bref au livre (publié récemment sur son blog), à la note adressée personnellement à un des intervenants (toujours en note, s’entend), en passant à l’occasion par une citation tronquée d’un intervenant, en vue de le railler gentiment. Il occupe donc bien personnellement tout l’espace possible, comme chacun le fait dans sa vie de tous les jours, usant partout et autant qu’il le peut de son influence.

NB / Note "Après trois mois de blog" suit celle-ci