23.07.2007

Présent ! (1)

1/ S’en tenir au présent

… à ce qui est vraiment présent. [i]

 

Discerner le réel avant de le dire, et pour Y dire vrai.

Discerner veut dire constater, puis garder la mesure, afin de ne perdre, non point quelque objet ici ou là, mais l’espace même dans lequel tout dit.

 

Tel est le verbe premier, tel le second, immédiat, s’impose.

 

Ne dire que ce qui est vraiment  

Nous en tenir au présent   espace.

 

Une façon naturelle de voir : n’est vraiment que ce qui est vraiment , ici et maintenant : nous n’avons pas à chercher ou à attendre quelque « vérité éternelle » pour en décider !

 

Le vraiment là n’impose pas l’éternité

 

Du reste, nous-mêmes ne sommes pas éternels  pourquoi devrions-nous « vivre » dans un monde d’éternités, bercés de pensées éternelles ? Est-ce parce que l’éternité appartient à ce ciel du penser qui nous permet de vivre, quelque peu béats, « en esprit » et « en vérité »?

Je tente de discerner, je comprends les limites à la fois de mon discernement et de mon dire. Cela signifie que je ne veux pas connaître à l’infini ! Cela signifie que mon désir de connaître s’arrête à un certain moment, choisi d’avance, à savoir : quand il me faudrait quitter cet espace naturel de tout être pour quelque autre, purement noétique ou fantasque.

 

Etre présent : ni le verbe savoir, ni l’éternité ne sont convoqués.



[i] Telle peut être l’injonction qu’on finit par se faire à soi-même après tant de siècles   et d’excès ! –  de penser et de pensées toujours plus rationnelles mais jamais sagement contenues   dans les  limites de l’être, du dire-être humain. 

28.05.2007

Dialogues ontologiques 5/5

V La parole sort  [1]

L’Alétheia liée au seul verbe savoir fut bien scission de l’unité immédiate et indissoluble, privation de la présence réciproque et équivalente.[2] Alétheia n’était qu’un retrait démultiplicateur. Sa méthode apparaît clairement :

 

Voir double dans l’unité indissoluble et ne retenir que la ‘bonne’ moitié : corps / esprit   ne voir tout corps, toute chose, qu’à travers l’esprit.

 

Quand la déesse n’eut plus son rôle de Personne (d’ambassadrice de la vérité) à jouer auprès des hommes, on l’oublia. De nos jours le pur Concept remplit parfaitement le sien : l’Impersonnel par excellence. Mais sans plus de dieu pour se montrer, ni non plus de dieu impersonnel et caché pour faire écran, on peut enfin énumérer les trois principaux paramètres cogniscistes:

1/ « Oubli » du dire, de sa valeur ontologique ; 

2/ Posture du face à face, scission de l’être-relation en « sujet » et « objet » (d’où la foi et le savoir).

3/ Postulat d’une parenté native* de l’esprit des choses (leur Cognoscibilité) et de la pensée de l’homme  –   en vérité.

Alétheia, la vérité, fut et est encore aspiration à transformer la présence même [3] en parole(s). Mais quelle parole ? Celle-ci a-t-elle les mêmes exigences parmi les hommes que tout être au monde envers les autres êtres ? Pour être elle-même conforme à l’être au monde dont elle veut dire la vérité, ne faut-il pas que la parole occupe au moins aux hommes     lieu de parole par excellence   une place équivalente ? Oui et non : il y a des êtres au monde et des paroles émanant toujours de tel ou tel être, voire tel ensemble d’êtres (espèce vivante). C’est donc seulement au travers de la compréhension du dire-être de chaque individu au sein de son espèce et du monde, et de ce que les dire-être d’une espèce à l’autre ont en commun, qu’une parole humaine individuelle peut manifester à son tour, à titre d’exemple d’articulation du verbe commun, et fut-ce par l’acte individuel qui la supporte, l’universalité du dire-être au monde.

 

Dire l’être ? Non   en être !

 

Occuper autrement l’espace physique est déjà en soi un acte politique. Il n’implique pas nécessairement d’exprimer son point de vue…[4] Il faut voir ici le geste : pendant que j’écris « pour rien » et peut-être même « pour personne », je ne suis pas en train de travailler, je ne suis pas  « productif », et pourtant, grand étonnement, je suis où la plupart ne sont pas : à la fois aux hommes et au monde, dans les deux espaces.*

Trois bornes d’un parcours possible : 

1/ Unité indissoluble : Léthé-Doxa est à ce stade absence de soi, mutisme de l’être au monde, inconnaissance créative [5]  et non encore face à face avec le monde ;

2/ Retrait parlant à l’égard du monde de l’être : Léthé et Doxa se transgressent, se font respectivement présence et parole de connaissance. ‘Le Monde’ apparaît, il est Cognoscible et / ou créé par Dieu ; ‘l’homme’ apparaît, il est sujet connaissant et / ou être de foi, il a un Ciel à refléter sur terre.

3/ Inconnaissance ontologique créative reconnue comme telle et étendue à ‘l’homme’ en dépit de son savoir (une utopie) : celui-ci est démasqué, son Léthé mis au jour. Une conscience de participer de l’être au monde [6] se répand alors parmi les hommes (utopie) : forts de leur savoir, ils admettent pourtant désormais qu’ils ne peuvent à aucun moment saisir pleinement le savoir-croire de leur espèce et qu’ils entretiennent leur propre ignorance à hauteur de leur verbe savoir.

 

Gai mutisme : savoir et ne pas savoir est pareillement être.

 

*

« Ecoute et sois » est de tous les temps cogniscistes la même consigne.[7] Tu es ce soi que toutes les vérités du monde courtisent. Et en effet tu écoutes celle-ci ou celle-là et tu t’empresses à ton tour de la redire, convaincu qu’est là le sens ultime de la parole. Peut-être faudra-t-il que ton « l’homme » en sache et en ait dit trop pour que tu comprennes un jour enfin, devant l’étendue du désastre, le silence de l’être, et retourne à des occupations plus consciemment participatives (d’être au monde participant) ?

 

Enfin responsable au monde   et plus seulement aux hommes !   de ta présence ?

 

 Parole-reflet immédiat de notre propre état d’esprit, parole-action immédiate sur les autres et sur le monde : là réside l’intérêt d’une sagesse du dire, pour un usage de la parole qui ne soit plus au seul service de tel ou tel dieu-Vérité   d’Inter-dire !

 

Vérité  –  ou à la place une façon de dire ?

 

Ainsi, ma parole présente s’inscrit aux hommes dans un désir de communiquer ma pensée sans passer par la rhétorique de l’Etre et du « nous », c’est-à-dire de l’Inter-dire. C’est par « l’être en-toi » que tout commence, et à celui- seul que tu es que je dis, au choix :

 

« Je sais tu ne sais pas tu dois savoir je vais te dire écoute-moi faisons la guerre EN SON NOM. »

« Je crée sans le savoir ce que je sais   la vérité ; fais comme moi, nous sommes tous là pour ça, vivons en paix ».

 

Tel est peut-être, en raccourci, un des adages possibles de cette nouvelle parole sus à nos relations personnelles. Elle associe la créativité de tout être à notre conscience individuelle de devoir échapper au cogniscisme ambiant pour participer en paix de l’être au monde   version être aux hommes ! L’idée par exemple de relier ensemble gratuitement nos paroles et autres créations sur le Net n’est ni un appel solennel de ma part ni une coquetterie d’intellectuel en vue de forger une communauté. Il s’agit simplement pour moi : 

 

D’être aux hommes par une certaine façon d’être au monde [8]

 

Dialogue ontologique, dialogue éthique ?



[1] Elle sort de la langue de l’Inter-dire humain faite espace* pour occuper à nouveau l’espace physique du dire-être universel.

[2] Le sous-entendu cognisciste est toujours : « je suis supérieur en être aux autres êtres parce que moi je sais tandis qu’eux ne savent pas ».

[3] Dont Léthé, l’oubli complice parce que silencieux de parole, fut le bras armé

[4] Voter n’est rien en regard de notre façon de vivre !

[5] L’être vivant en question est « tout à son affaire », concentration et « oubli de soi » que connaissent tous les créatifs, justement.

[6] Pour un Chinois antique : participer au Dao ?

[7] Notez l’ordre des deux termes : l’être est soumis, conditionné à la vérité qui lui dit, mais par là lui dicte.

[8]  Mais si je rejoins déjà en partie l’être au monde par ma solitude, mon désintéressement et mon intérêt pour faire connaissance, je dis cependant encore trop au monde par ma façon d’être aux hommes   le texte présent l’atteste. Je cherche trop encore à dire dans ma recherche d’un dire. Mais peut-être faut-il en passer par là ?  Ma parole ne sort donc pas encore, j’ai encore du chemin à parcourir avant de pouvoir mettre en pratique cette sagesse du dire (et son style !) qui « va avec » la conscience d’être avant d’être homme, d’être au monde avant d’être aux hommes, à l’Inter-dire.  

09.04.2007

L'être sans partage (le même, plus fouillé)

Il y a et c’est un, donc c’est dicible et en vérité      

 

[C’est un, sinon on s’y fourvoie]

(…) « Or il faut que tu sois instruit de tout, du cœur sans tremblement de la vérité, sphère accomplie, mais aussi de ce qu’ont en vue les mortels, où l’on ne peut se fier à rien de vrai. Mais oui, apprends aussi comment la diversité qui fait montre d’elle-même devait déployer une présence digne d’être reçue, étendant son règne à travers toutes choses. » [Parménide, De la nature. (Jean Beaufret), fragment I].

Dans la première de ces deux propositions, Parménide n’oppose pas, comme on pourrait le croire, les deux aspects, « subjectif » et « objectif » du rapport homme / réalité. Il oppose le « cœur sans tremblement » de la vérité à ce qu’on en vue les mortels, et on ne peut se fier à rien de vrai, à savoir la diversité.

Diversité à laquelle Parménide oppose l’unité de la présence de / dans la diversité :

A la suite de cette première proposition, en effet [« Mais oui, apprends aussi… »],  Parménide, qui plus loin proscrira fermement de parler de ce qui n’est pas, reprend et articule les deux réalités susdites   sphère accomplie et diversité. Le mot « devait » indique bien qu’il songe à une « précédence » ou une « ascendance » (pour ne pas dire plus [1]) à la diversité. Il faut donc lire, sans arrière-pensée pour quelque transcendant « au-delà »  : « Mais oui, apprends en effet comment la diversité qui fait montre d’elle-même est en réalité une, présence digne d’être reçue, sphère accomplie étendant son règne à travers toutes choses ». Parménide a en vue l’unité de / dans la diversité, mais non nécessairement par-delà celle-ci ; et il ne sous-entend pas non plus que la diversité est trompeuse ni qu’il lui concède malgré tout une certaine dignité ! [2]

Ce que Parménide récuse dans la suite de son poème, c’est précisément le mélange avec lequel les hommes, ne voyant pas l’unité, abordent la diversité. Mélange d’être et de non-être. Ne voyant pas l’unité de l’être, les hommes, se fiant à la seule diversité, ont recours pour pouvoir connaître au dualisme de l’être et du non-être. C’est parce qu’ils ne « voient » pas l’unité qu’ils se fient au dualisme. La diversité des choses [3] n’est « mise en cause » par Parménide (elle est appelée à témoigner d’elle-même, pour ainsi dire, mais non coupable) qu’en tant qu’elle peut mal inspirer les mortels. Mais en réalité, pour lui, Parménide, la diversité est une et le non-être dont l’affuble pour partie les hommes n’est qu’une funeste invention de leur part pour tenter d’appréhender à leur façon la réalité.

 

 

[Ce que parler veut dire].

Fragment II : « (…) Eh bien donc je vais parler – toi, écoute mes paroles et retiens-les – je vais te dire quelles sont les deux seules voies de recherche à concevoir : la première – comment il est [4] et qu’il n’est pas possible qu’il ne soit pas – est le chemin auquel se fier – car il suit la Vérité -. La seconde, à savoir qu’il n’est pas et que le non-être est nécessaire, cette voie, je te le dis, n’est qu’un sentier où ne se trouve absolument rien à quoi se fier. Car on ne peut ni connaître ce qui n’est pas – il n’y a pas là d’issue possible –, ni l’énoncer en une parole. »

Parménide campe ici une alternative absolue (fausse alternative en réalité puisque l’un des membres est nié) et récuse ainsi implicitement tout mélange des deux termes, tout compromis. C’est en ce sens qu’il parle de deux voies de recherche à concevoir  –  non pas que l’une et l’autre se valent, mais dans le sens où, si l’on ne choisit pas l’une, alors on choisit l’autre et   il faut alors en assumer les conséquences. En l’occurrence, si l’on pense que l’être n’est pas (c’est-à-dire qu’il n’y a rien en réalité), alors c’est que le non-être est     et il faut alors expliquer sa nécessité. Impossible ! En réalité, Parménide ne voit aucun dualisme ; pour lui, seul l’être est, et de lui seul on peut parler. Du non-être il n’y a rien à dire car il n’est pas et, à supposer qu’il est, alors on n’en peut rien dire. [5]

 

Vérité se dit s’il y a de l’être, non-être ne se dit pas puisqu’il n’est pas.

 

La différence entre les deux voies, celle de l’être et celle du non-être, tient à ce qu’une seule des deux, dit Parménide, suit la Vérité. On pourrait dire ici, en anticipant : une seule des deux est voix, la voix même de l’être. Par contraste, il dit en effet de l’autre voie que rien ne s’y trouve à quoi l’on peut se fier, qu’on ne peut ni rien connaître, ni énoncer une parole. La première voie est la seule à laquelle se fier car c’est la seule où l’on peut dire, c’est-à-dire où l’on peut suivre quelque chose : ce chemin-là qu’emprunte l’être même (de la chose). [6] Qu’est-ce que la vérité ? La vérité selon Parménide est ce que l’on peut connaître et énoncer en une parole… à condition de suivre correctement ce qui est. Pour pouvoir connaître il faut qu’il y ait quelque chose ;  pour dire la vérité il faut qu’il y ait quelque chose possible à dire, c’est-à-dire à suivre. Mais la parole est libre et possiblement « déconnectée » de ce qui est. Aussi, la parole vraie, et elle seule, est l’embouchure de la vérité sur la voie de l’être [7] ou, si l’on veut :

 

L’être s’écoule sur la voie d’une Vérité que vient recueillir à son embouchure la parole de l’homme.

 

Dans l’autre cas, quand on emprunterait l’autre voie, on parlerait sur « rien », à propos de « rien ». Mais le rien lui-même n’existe pas. On parlerait donc là doublement dans le vide. On ne parle dans pareil cas, en réalité, même pas. Parménide montre ici la nécessité absolue qu’existe l’objet pour pouvoir en parler. La vérité est ici le lien, ce « même » dont parle le Poème, ce qui valide la parole (de la pensée) ET atteste de l’être (existence réelle) de l’objet parlé. Dans ces conditions, on comprend qu’il déclare : « c’est le même, penser et ce à dessein de quoi il y a pensée » (fragment VIII), c’est-à-dire : mêmes sont la parole qui dit « en vérité » et l’être qui existe « en être ».

 

Le même, un même chemin : La parole dit « en vérité » tout comme l’être existe « en être ».

 

Par conséquent, on comprend que Parménide puisse écrire : « Ce m’est tout un par où je commence, car là à nouveau je viendrai en retour » (fragment. V), c’est-à-dire : « c’est égal que je commence par l’être ou par la vérité puisque l’un et l’autre se conditionnent réciproquement  – et suppose pareillement l’être (penser + parole) d’un Parménide pour le dire ». En effet, si Parménide écrit : « Or c’est le même, penser et ce à dessein de quoi il y a pensée », il ajoute aussitôt : « Car jamais sans l’être où il est devenu parole, tu ne trouveras le penser »  (fragment VIII) [8]

 

L’homme est cet être unique au monde qui réunit en sa pensée l’être et la possibilité même d’une parole. 

 

[« L’être en vérité »]

De ce qui précède on peut déduire, en résumé, que :

On ne parle réellement que si on dit quelque chose de réel.

On ne peut donc parler réellement qu’en vérité.

On ne peut parler en vérité que de l’être, que de ce qui est. Parler et être (de la chose) se conditionnent réciproquement. L’être dont on parle en vérité nécessairement est (existe).[9]

Par conséquent, on est forcément tenté ici de réunir l’être et la vérité en une seule parole, à condition qu’à son tour cette dernière ne trahisse pas non plus, malgré leur « mêmeté », leur respective concomitance.[10] Si la parole dit vrai comme l’être est, alors on doit pouvoir les dire tous deux à leur tour en un : la parole ici se dédouble-t-elle ? Dépasse-t-elle sa condition première de juge et partie ? L’être « version vérité » [pour ne pas dire « l’être en vérité »], c’est l’être parrain de la parole dicible ; il est nécessairement présent :

 

La vérité lui fait écho dans la parole   ou la parole lui fait écho en vérité. C’est le même.

 

[La vérité en présence, peut-être ?]

Mais la parole est présente à son tour, comme l’homme qui la prononce, « Car jamais sans l’être où il est devenu parole, tu ne trouveras le penser »  (cité ci-dessus).[11]

Plus haut, la vérité était le lien attesté entre l’être et le dicible. Ici la présence est à la fois la condition de l’être et du dire la vérité. Présence de la chose (être) d’un côté, mais aussi présence de l’homme qui la dit de l’autre (être), réunis dans une même parole.

 

La vérité, rencontre de deux présences   une chose qui est, un homme qui dit :

Parole. [12]

 

A suivre…


[1] Il semble en effet plus loin écarter toute  transcendance.  (à suivre)

 

[2] L’hypothèse ici émise est en parfait désaccord avec l’idée généralement admise selon laquelle c’est la diversité en tant que telle qui est digne d’être reçue. Non, c’est de la présence une de / dans la diversité dont parle Parménide, unité directrice sans laquelle les hommes sont aussitôt conduits, selon lui, sur la voie du mélange initiée par l’idée du non-être.

 

[3] Les « étants », dans le jargon philosophique.

 

[4] Comment est la voie de l’être et comment la suivre.  La route « abondante en révélations » dont il est question au tout début du poème est la métaphore de ce qu’il faut s’appliquer à suivre, emprunter, calquer, penser.

 

[5] On peut en dire autant de l’en-soi : s’il est véritablement « en-soi » équivaut pour nous à « rien ».

 

[6] Mais l’idée ne vient pas à Parménide que ce chemin pourrait être « dialectique ».

[7] Il faut bien voir ici (troisième écueil à éviter) que Parménide ne songe nullement à une vérité « en-soi » qui ferait l’objet d’une révélation. La route « abondante en révélations » dont parle le poème est celle-là qui le conduit à choisir, à décider de calquer son dire sur la voie de la lumière et de la vérité. Malgré sa réputation, Parménide ne peut vouloir d’entités abstraites dont on ne sait elles existent, si seulement elles sont… ! Il ne conçoit qu’un seul espace, à la fois de penser et d’être, et dans lequel l’on est présent ou absent (invisible mais présent).

 

[8] On comprend mieux en quoi l’application méthodique du mélange sur toutes choses ne peut aboutir à rien de viable. Elle supposerait que Parménide et sa parole soient eux aussi composés en partie de non-être. La relation qui est pour nous de « sujet » à « objet » se situe pour Parménide entre un être et un penser mêmes. Avec lui, on n’est pas placé d’office, comme nous tous aujourd’hui, dans le face à face « objectif » caractéristique du cogniscisme (supra). Le penser dont parle ici Parménide, le penser où l’être devient parole, est celui de l’homme. L’homme réunit en son sein l’être et la parole, mêmes.

 

[9] Qu’on compare ici, si l’on veut, avec le fameux « esse est percipi » de Berkeley

 

[10] En une théologie de la parole, par exemple. 

 

[11] Si l’être en question dans cette proposition est celui de la chose, alors cela signifie que si la chose est alors elle-même dit, dit- être. Dès lors le sens de la parole humaine est de recueillir, comme il est dit plus haut, cet être à leur embouchure commune traduite en langage humain. Mais ce qui s’applique à l’être de la chose s’applique aussi à l’homme qui la dit : il dit-être, l’être est donc bien être-relation. D’où la conclusion ci-après.

 

[12] J’ai failli dire (pour moi-même) dire-être (supra), tant cette expression en forme de slogan ressemble par son slogan annexe « comme tout ce qui est » à la parole qui tente à travers Parménide de dire comme l’être. Pour autant, dire-être ne signifie que dire être (ici sans trait d’union) et non « ce » qu’on est, ou tout du moins « ce » qu’on est à travers seulement notre dire-être. Cela fait-il une différence ? A suivre…