27.11.2006

Entre dits et sentiments

[Blog opératoire] 

L’idée d’échange te paraît naturelle parce que tu écris des choses et les donnes à lire à autrui. Ecrire / lire, tel est le code d’échange, en quelque sorte le contrat passé tacitement (Supra) entre nous et auquel chacun souscrit. « C’est écrit », inscrit en nous, prescrit même quelque part.

- Qu’est-ce tu écris ? Des choses à savoir et / ou qui procurent un plaisir moral ou esthétique.

- Qu’est-ce tu en attends de la part des autres ? De la reconnaissance.

- Est-ce là un échange ? Oui, le don de ce qu’on écrit et la reconnaissance en retour qu’on en reçoit, c’est bien un échange   mais quel type d’échange est-ce là ? N’est-ce point un échange de « bons sentiments » ?

 

Est-ce là ce que tu veux ? A ce texte auquel tu t’es tant appliqué et que tu donnes maintenant au lecteur, celui-ci co–répond-il vraiment quand il n’exprime au mieux que gratitude et encouragement ? N’est-ce point plutôt, pour l’un et l’autre, une façon là de donner le change ? Car tu n’as pas écrit ce texte pour seulement plaire, pour le « donner », mais pour qu’on Y réponde. Ainsi, si tu l’abandonnes cependant au lecteur, n’est-ce point parce que tu sais qu’à défaut de s’en inspirer et de co-répondre par le même geste et dans un même effort (fut-ce dans un autre genre*), il va simplement donner là son sentiment ? S’entre-dire autrement qu’en échangeant un travail contre des sentiments n’impliquerait-il pas qu’à ton dire co-réponde le dire d’un autre mais de même espèce ?

 

Le lecteur est-il seul responsable du malentendu, du mal répondu ? Certes, c’est par pure paresse d’esprit qu’il se contente le plus souvent de dire ce qu’il pense, fut-ce avec force  mais ça n’est pas tout ! Si nos textes d’auteur ne sont d’avance que pré-textes à des sentiments mutuels (bons ou mauvais du reste), pourquoi y aurait-il un bénéfice textuel direct, pour le lecteur, pour ce qu’il va lui, à son tour, maintenant, écrire ? Or c’est ici justement que le s’entre-dire (équitable) au sens propre du mot est le plus manifestement BAFOUE par les auteurs mêmes en général : ils ne disent rien de cet a priori de l’échange, ils y consentent, ils manifestent même clairement leur préférence pour les bons sentiments qu’on pourrait avoir à leur égard. Autrement dit, ils tiennent leur rôle dans la plus pure tradition du dire « en chaire » : ils entendent Dire, citer des références à tour de bras, nous démontrer et    que nous les écoutions.  Et ça s’arrête là ; et nous applaudissons.

 

En outre, avant d’être auteurs nous avons tous été lecteurs ! Or même entre auteurs ça ne se passe pas mieux : les personnes qui te remercient et t’encouragent sont rarement celles qui disent ouvertement s’être inspirées de toi quand à leur tour elles écrivent. Il serait pourtant tout à fait dans l’esprit d’un échange équitable, d’un véritable échange entre dits, que tous reconnaissent appartenir à une sorte de groupe de travail collectif informel où chacun (chaque dit) prolongerait tel ou tel autre (fut-ce en le contrariant) au lieu de se donner à croire qu’il doit figurer à tout moment sur son blog ou dans un livre comme un point de départ, comme un egoïque commencement.

 

(*) Comme le fait Eden, je crois, sur son blog.

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NB/ Ce texte me fut inspiré par le blog de Sancho. Mais le « tu » est ici générique, il ne le désigne pas.