26.10.2007
"Ainsi parlait Nietzsche"
Seul le même reconnaît le même
[J'avais promis ce texte à Simone, alors voici. (Mais pardon de ne pas l'avoir retravaillé)]
Etat d’esprit et état d’âme.
Chacun sait que Nietzsche écrivit « Ainsi parlait Zarathoustra ».
Le titre de ce livre donne d’emblée à penser qu’il s’agit d’un ouvrage historique traitant en l’occurrence des « dits » du personnage Zarathoustra.
Il n’en est rien : le Zoroastre historique (nommé aussi Zarathoustra) n’a rien à voir avec le Zarathoustra dont Nietzsche retrace la pensée et, un tant soit peu, le mode de vie, si ce n’est peut-être qu’à l’image du réformateur religieux que fut Zoroastre, lui aussi, Nietzsche, se voulut un réformateur religieux.
Pourquoi donc ce réformateur religieux plutôt qu’un autre ?
J’ai proposé ailleurs l’hypothèse suivant laquelle le mot même, Zarathoustra, illustrerait le renversement total des valeurs auquel Nietzsche s’atèle : Zarathoustra, de Z à A…
C’est amusant, judicieux, mais un peu léger.
On se souvient plutôt de l’hostilité de Nietzsche envers l’historiographie en général. Nietzsche était philologue avant d’être ce penseur résolument hors Histoire (mais non pas hors de son temps). On peut donc également suggérer que le titre de son ouvrage fut simplement un pied-de-nez à l’historiographie, justement.
C’eut été là une coquette rancune, là encore un peu légère.
Il est une autre hypothèse que je voudrais soumettre : « Seul le même reconnaît le même ». Voilà un antique adage[1] qui a tout d’abord servi, il me semble, à étayer le postulat d’une « parenté native »* entre l’être (des choses, le réel, leur cognoscibilité) et la pensée (humaine sinon divine, l’esprit). Mais cet adage est-il jamais invoqué aujourd’hui encore pour qualifier la parenté – entre deux hommes ?
Tâchant par exemple de comprendre Parménide et de retrouver ou de découvrir chez lui, peut-être, ma propre pensée, j’ai lu quelques ouvrages traitant objectivement de son intelligence du monde. On voit ici d’emblée la différence entre ces auteurs et moi : eux, tous philologues méritants, s’enquièrent de révéler la pensée de Parménide, remuent des centaines d’ouvrages passés et présents, regroupent, recoupent, analysent et finalement tentent une synthèse de leur découverte. La part de subjectivité qui demeure de leurs travaux est à leurs yeux mêmes préjudiciable. « Parménide » est pour chacun d’eux cette seule vérité historique d’une pensée philosophique qu’il convient de « retracer ».
Mais retracer n’est pas être sur les traces !
[Voir les premiers mots de Heidegger à son « Nietzsche »]
Quel intérêt pour nous, lecteurs amateurs et profanes mais en quête de vie, de savoir ce que Parménide a pensé ? Quel intérêt trouve-t-on, en comparaison, dans la pensée d’un philosophe actuel ? Quelle différence de traitement faisons-nous subir à l’un et l’autre de ces deux types de philosophes eu égard leurs époques respectives ? Bref, quelle différence de comportement nous inspirent-ils ?
De façon générale, les hommes du passé, on s’enquiert de retracer leur vie, leurs écrits, leur pensée, leur influence. Aussitôt morts, il se trouve en effet une foule de volontaires pour nous les expliquer…
Est-ce donc la seule façon, pour nous, d’être sur leurs traces ?
Les hommes du présent, en revanche, on s’enquiert généralement de les suivre, de les imiter, de les critiquer, de les réfuter, de les dépasser, de les discuter.
Mais est-ce bien d’une pareille conjecture (d’époque et de spécialistes) que nos dires et nos pensées à nous, lecteurs présents, doivent dépendre ?
Quelque exagérée que puisse être cette affirmation, il n’empêche que nous n’aurions pas le même comportement envers Parménide s’il vivait aujourd’hui parmi nous. Qui se demande en effet aujourd’hui ce qu’il écrirait alors ?
Ce que diraient aujourd’hui Zarathoustra ou Parménide ne nous serait-il pas plus profitable, peut-être ? Or n’est-il pas là le sens du titre de l’ouvrage de Nietzsche « Ainsi parlait Zarathoustra » ? Ne signifie-t-il pas, peut-être :
« Ainsi parlait-il, ainsi moi je vous parle … », c’est-à-dire dans son prolongement ou son style, bref dans un même éternel (et donc à nouveau présent) état d’âme ?
A bien des égards l’intérêt historique d’une pensée nuit à notre pensée même, à notre parole présente. Les chercheurs laissent entendre par leurs travaux qu’ils assurent consciencieusement leur propre fonction auprès des autres hommes, (nous leur en sommes reconnaissants) mais aussi implicitement, hélas, que la vérité historique et objective à laquelle eux, les meilleurs spécialistes, s’adonnent, prime donc sur un quelconque engouement pour un « même » qui perpétuerait le « genre » d’une pensée ou d’un état d’âme plus ou moins intemporel, peut-être. L’arrêt sur « pensée », la cristallisation, l’intégration d’une pensée personnelle en mouvement dans une réalité historique qui toutes les « arrête », les répertorie, les classe et les collectionne, leur semblent plus sûrs, moins risqués que « l’aventure » d’une ressemblance... Il est vrai que nous, lecteurs, sommes tous censés vouloir seulement apprendre… [2]
Les plus intelligents parmi nous donneraient-ils donc le mauvais exemple ? [3]
Aubenque, Conche, Colli, Reinhardt, Couloubaritsis, etc., ont fait un choix ! Plus d’un parmi ces spécialistes de Parménide étaient capables de le réécrire personnellement, fut-ce sans même le nommer, fut-ce au travers d’un roman ! Pourquoi ne l’ont-ils pas faits ? Réponse : parce qu’ils auraient ainsi compromis la Raison, la vérité historique, mais aussi et surtout, il faut bien le dire – leur carrière professionnelle. [4]
Nietzsche écrivant « La Naissance de la Tragédie » eut le courage d’interrompre sa propre carrière professionnelle, et mit au jour dans son « Zarathoustra » sa parole présente ! [5]
Le divorce fut alors consommé entre l’Etat d’esprit (…) et son état d’âme : le même reconnaît le même, mais prend aussi conscience de l’intervalle cognisciste (légion de spécialistes en service à l’Histoire) qui l’en sépare et veille sans cesse à dissuader tout homme d’être au service d’une pensée « non ordonnée ».
Plutôt un petit intemporel Parménide qu’un grand connaisseur bien de son temps !
L’autre comportement en matière de dire
Le Zarathoustra de Nietzsche est précisément pour nous l’exemple d’une alternative à notre comportement habituel (sic) en matière de dire : dire-être plutôt que se mettre au service de l’Inter-dire. Dire (dire-être) au monde et aux hommes ce qu’on pense, ce qu’on est – avec ou sans trop de volonté de puissance – plutôt que de travailler pour l’Inter-dire, enseigner aux autres son propre cursus (!) et l’Histoire, le grand contenant, simplement parce qu’on est intelligent.
Pour autant, les deux « confessions » ne sont pas antagonistes ; elles se complètent et se chevauchent. L’important pour ceux qui veulent entreprendre, c’est d’être conscients qu’il existe deux sortes de « fidèles », ceux qui pratiquent en l’Eglise (de notre Culture), et ceux qui créent – à l’air libre.
Ainsi retrouvons-nous ici Nietzsche et son ouvrage sous un nouveau jour : le titre est certes un pied-de-nez à l’historiographie ; il est surtout un pied-de-nez à la vérité historique, à l’intérêt de et pour la vérité historique, à la supériorité entendue de celle-ci sur un véritable et « continuel renouveau » (continuelle réactualisation) de la pensée humaine qui vient la contredire et se fondre sur une parenté – inter-humaine : « le même reconnaît le même » signifie ici qu’un homme s’intéressant par exemple à Nietzsche ou à Parménide et se trouvant quelque affinité avec lui, va reconduire son état d’âme plutôt que de s’acharner à délivrer aux autres le « vrai » personnage (quand ça n’est pas à le récupérer !), le discuter... [6]
Par mes billets précédents inspirés de Parménide, il ne s’agissait pas pour moi de faire valoir une supériorité ou un intérêt supérieur quelconque du vivant que je suis sur le mort qu’est Parménide (est-il besoin de le dire !), mais de lui répondre par-delà les siècles dans une continuité d’état d’âme (peut-être !!) qui n’est pas celle des historiens mais est parallèle à leur Histoire.
La différence de comportement révèle là encore notre Etat d’esprit officiel : du point de vue de l’état d’âme intemporel (tout aussi séculaire), l’erreur cognisciste perpétrée par l’enseignement est de faire croire à tout homme (qui est ainsi un élève…) qu’en effet la vérité objective d’une pensée importe plus que le perpétuel renouvellement d’un même état d’âme, que son incessante réactualisation, que le constant retour de différents types d’hommes et de pensées...
Peut-être y aurait-il eu d’autres Parménide au cours du temps si tant d’hommes attirés par sa pensée n’avaient aussitôt cherché qu’à nous le faire comprendre ?
Chez les uns il nous faut saluer le travail, mais chez les autres seuls – le courage.
<>
[1] Cf. Summetria d’Empédocle, par exemple.
[2] Et il n’est point étonnant de voir qualifier de « philosophes » des hommes ayant fuit la Philosophie et toute Histoire… Mais il est un titre d’ouvrage (je ne l’ai pas lu) qui semble faire quelque sourire bienveillant à tous les Hérodotes volontaires, sortis des rangs de la cohorte des apprenants et des enseignants : « Comment on écrit l’histoire » (Paul Veyne).
[3] Je songe ici également aux impudents musiciens ou chefs d’orchestres déclarant régulièrement que tout a déjà été inventé en matière de musique.
[4] En cela subsistera toujours un malentendu entre eux, savants interprètes, et nous, lecteurs en quête : nous lisons leurs philo-sophes, mais eux-mêmes ne semblent ne faire aucun usage personnel des sagesses dont ils nous parlent. Toujours écrire, toujours en quête d’un nouvel auteur à raconter, toujours enseigner… Et nous, ingénument et symétriquement : toujours en quête d’une nouvelle lecture, d’un nouvel auteur à découvrir, jamais prendre tel ou tel bus en marche et un jour descendre !…. Ah, pernicieuse pérennité de la lecture et de l’écriture… !
[5] Eternel retour du même ?...
[6] Dans le même esprit, on peut comprendre un homme préférant Hérodote à Thucydide, l’enquête personnelle au fonctionnaire chargé de mission par l’Histoire.
14:07 Publié dans Après l'Etre, Parménide | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : expression, communication, état d’esprit et état d’âme
24.09.2007
Parti(e) de blog
[Blog opératoire]
1/ Que du relationnel ?
Un blog vient de fermer ses pages, et les tentatives d’explications données par son auteur me rappellent à mes propres motivations sur le mien. Je ne donne pas le nom de ce blog aujourd’hui fermé, pour ne pas focaliser sur lui le sujet de ce billet.
Je me dis que l’auteur de ce blog n’a pas su faire taire en lui-même ces motifs tapis en chacun de nous et toujours prêts à s’imposer – : les motifs d’arrêter.
S’il a arrêté, c’est qu’il n’était pas guidé par une de ces nécessités qui authentifient le geste et la volonté de créer, de construire coûte que coûte.[1] Précisément, ne pas avoir eu à consentir à quelque « nécessité » ou « discipline » a dû précisément constituer pour lui sa « liberté » d’agir sur son blog. Je le laisse juge de cette pensée, mais je conclus de la fermeture de son blog qu’il n’y avait donc en celui-ci que du relationnel en jeu, que du conditionné par l’amour ou l’assujettissement des autres :
« Je veux qu’on m’aime » était son leitmotiv. « Je vous quitte » est le mot de la fin.
Serait-ce que nous ne l’avons pas aimé comme il l’aurait voulu ? Mais c’est là une condition que nous partageons tous …
Alors quoi ?
Je songe aussi à cet autre blogueur qui prétend, comme des milliers d’autres sans doute, s’amuser sur son blog, mais qui se lassera un jour, à son tour, des autres, au nom de cette même liberté, leur infligeant un beau matin sa résolution d’en finir – avec eux. [2]
En finir avec nous, ses fidèles lecteurs, et non point avec ce qu’il réalisait jusqu’alors !? – voilà ce que signifierait donc l’intention de fermer son blog ?
« Les deux sont liés !» me dira-t-on... Soit ! Alors je demande : quelle entreprise, dans ces conditions, est le blog ?
Une aventure dont on régale les autres – jusqu’à ce que d’eux on se lasse ? [3]
Voilà qui est bon pour « passer le temps »,[4] preuve s’il en est qu’on est là parce qu’on s’ennuie, et qu’on ne cherche la compagnie d’autrui, comme toujours en pareil cas, que pour s’ennuyer ensemble plaisamment.
Et pourquoi ne pas plutôt se régaler soi jusqu’à se lasser de soi ? En finir avec soi, n’est-ce point alors la plus belle façon d’aller vers les autres ? [5]
___
2/ Le cadre, c’est vous et l’étagère !
On ne voit généralement dans le blog que cet outil permettant de « communiquer » avec autrui, un simple moyen de se mettre en relation avec d’autres personnes. Mieux ! :
Le blog est cette scène offerte aux jusque-là spectateurs, une occasion unique pour chacun de « se produire » !
Cette libre scène a même suscité bien des créations personnelles ! Mais pourquoi crée-t-on ? Est-ce donc l’occasion qui crée le larron ? la scène qui fait la vedette ? le projecteur qui fait le guignol ? Qu’est-ce qu’ouvrir un blog ?
Occasion de créer ou d’avoir un public ?
« Les deux sont liés ! », me dira-t-on, là encore…
Mais c’est là que le bât blesse ! car « occasion de créer » ne signifie pas nécessairement souscrire à l’« opportunité d’avoir un public » – c’est précisément ainsi que la plupart des blogueurs, manifestement, l’entendent – mais : « saisir l’opportunité d’un blog en tant que cadre de création (ou de travail) ». [6]
La confusion comme la distinction des deux termes traduisent respectivement, je crois, deux types distincts de solitude: [7]
L’un, seul, ouvre un blog pour aller vers les autres ; l’autre, seul, parce qu’il trouve là un cadre heureux à sa composition.
Deux types d’ego, en définitive : la solitude de l’un fait qu’il va, nu, vers les autres ; la solitude de l’autre importe comme préalable* à sa composition.
Mais voici le fond de ma pensée, ce qui justifie à mes yeux ma position, ma préférence :
Le sens de la création personnelle an-egoïque * est dans la conscience définitive de l’arbitraire et de la gratuité de nos existences.
Le don* dont il est question là en filigrane n’est pas une vocation morale « pour l’altruisme » mais la conséquence et le résultat « pratique » d’une façon de faire avec soi-même et avec les autres. Si la jouissance de soi consiste à créer-découvrir, il est bon de ne pas attendre des autres qu’ils nous caressent dans le sens du moi, car alors la déception couve, la dépendance est là, et – on ne fait plus rien que communiquer…
La reconnaissance mutuelle,[8] c’est cela que la plupart des personnes entendent et attendent quand elles parlent « d’échange ». « On veut s’aimer ! » signifie le cri de chacun, en substance.
Oui mais qu’est-ce qu’on se donne l’un l’autre pour ça ?
« Nous les gratuits », à l’inverse, si je puis dire pareille coquetterie, nous n’avons pas à faire notre promo, vous régaler ou nous défendre. Pour le dire de façon un peu cavalière :
Je vous aime ! mais ça n’est pas sur mon blog que nous nous aimerons ! Voici, j’ai posé là mon oeuvre, maintenant rions, maintenant seulement faisons connaissance !
Je songe ici, disant cela, à Héraclite dont on dit, si je ne m’abuse, qu’il cacha ses écrits sous une pierre du Temple et s’en alla jouer avec des enfants.
Je songe également à tous ces hommes, de toutes les époques, qui ont suivi leur propre chemin sans jamais (ou presque, quand même on est des hommes) l’attacher aux hommes, leurs contingences, leur inconstance, leur inconsistance, leur ingratitude.
Je songe également aux hommes capables de détruire leurs œuvres à la fin de leur vie (ou inversement…), sans amertume ni bravade aucune, ni même esprit de sacrifice, simplement parce qu’il n’y a pas de raison, selon eux, qu’elle leur survive : ils n’ont voulu qu’être présents…
Il s’agit peut-être de donner sa part aux autres = ce que l’on fait de soi – et puis de vivre sa vie comme, et éventuellement avec, eux.
Reste à définir en quoi un blog constitue un CADRE possible de création pour celui qui le désire. Pour moi le cadre ici c’est les autres, c’est vous, c’est ce que, selon moi, je vous dois et que vous m’offrez – dans les conditions susdites. Mon témoignage, en quoi le blog constitue un cadre, je le donne ici mais comme un commentaire.
_____
3/ Mon dire autrement, comme préalable* :
[Je veux pouvoir vous parler sans avoir à reproduire le schéma de la relation dialogique classique
… Au travers de cette fenêtre qui s’ouvre en appuyant sur quelques boutons, je ne m’imagine pas entrer en scène ni dans un jeu de rôles. Je vois simplement un rebord, une étagère. Cela veut dire : c’est bien à vous que je présente et soumets ce que j’écris, mais non point à vous que je « Parle » ! Ni rhéteur, ni savant, j’écris devant vous des textes tels que je pense devoir VOUS les présenter – tout en restant moi-même.
[Je veux pouvoir déposer sans avoir à « communiquer » (faire la promo, assurer la déco, vendre la billetterie)
… Sur l’étagère, je dépose donc quelque chose à hauteur d’yeux des passants que vous êtes, pour ne pas le laisser par terre. Par terre, on ne peut qu’y trébucher dessus et l’abîmer sans le voir. Je ne crache pas sur mon travail, mais là se limite ma « publicité », je parle à des personnes, pas à des clients potentiels !
[Je veux pouvoir dire et être crédible sans avoir aussitôt à enseigner
… Je dis ce que je crée / découvre.* Je ne me suis pas épuisé intellectuellement à une carrière, vidé à une pareille ambition. Je ne suis pas au tableau, je ne fais pas démonstration, je ne convoite pas de chaire ni de poste ; je ne suis pas de la gente « Tout à enseigner, rien à dire ! » ;-) Mon « intellect » n’est pas encadré militairement par une carrière. [9]
[Je veux pouvoir dire sans devoir user d’artifices
… Je n’enrubanne pas mes écrits des guirlandes de l’autorité (les références de toutes sortes), ni n’enveloppe mon blog de l’éclat de relations « de choix » (liens intéressants et pertinents, forcément[10]).
[Je témoigne résolument d’un dire-être préalable* et d’un type de relation par conséquent ; j’espère être utile à quelques autres
… Je fais effort d’être intelligible, de faire court et construit – mais non pas de vous mâcher le travail. Je n’écris pas une thèse, un guide ou une somme ; je donne des éléments à assembler pour soi, si on veut. Pour s’aider peut-être à se construire (à se débarrasser et résister, à se mettre à son tour à créer / découvrir à son propre compte).
Et par conséquent :
[Je ne veux pas être l’hôte de mes lecteurs
… Je ne suis pas en service, je ne suis pas le tenancier de mon blog, cette étagère. Je ne veux pas répondre systématiquement, même si cela doit passer pour manque de politesse. Je ne suis pas une hôtesse, je n’ai pas un rôle d’accueil à jouer, je présente. Tout le reste entre nous est à construire.
[Je ne veux pas faire de mon blog un club
… Je ne suis pas une star, une sommité, un érudit, un intellectuel, ni vous des potentiels disciples, je veux dire des lecteurs formatés à devenir fans sinon rien. Je ne suis ni ne voudrais devenir une notoriété (c’est sûrement scandaleux !). Je réponds à des questions, pas aux interviews. Je ne travaille pas dans l’egojournalisme.
Mais quand même…
[Je ne vis pas sur mon blog
… Je ne mélange pas le travail et l’amusement, les lecteurs et le copinage (tout comme Héraclite ! ;-))
…[11]
Et donc… s’il n’en restait qu’un, Saint Blog héroïque, je serais celui-là, travaillant seul au blog-monde, sans autres et sans pourquoi. Pathétique, n’est-ce pas ? ; -))
Mais non, le blog-monde n’est pas le monde !
Donner le meilleur de soi aux autres, oui, en le préservant au mieux de l’Inter-dire. Et alors peut-être ils nous aimeront. Moins soucieux de plaire au plus grand nombre que d’être utile à ceux qui sont prêts à faire semblable effort : une personne en train de créer / découvrir son propre dire-être* n’est pas dans un rapport immédiat aux hommes ; cela vient après, dans les mondanités auxquelles souvent elle se complaît ; il est dans son rapport à soi et au monde : solitude. Ce billet se veut simplement témoignage d’une distinction importante, d’un préalable* souhaitable à toute communication. Mais je reconnais que j’ai peut-être placé l’étagère un peu haut… ;-)
M’enfin, que je n’oublie pas l’essentiel, peut-être, de ma motivation pour la forme blog ! Livrer régulièrement « en live » et au plus près des lecteurs potentiels (à défaut d’avoir gagné la partie « s’entredire ») ce genre de pensées et d’écrits qu’on ne trouve habituellement que dans un livre. « Le livre d’emblée » c’est la caution d’une « distance d’emblée » vis-à-vis du lecteur que je récuse (et que l’on justifie naturellement par ses titres et / ou sa fonction) ; ce blog est pour moi l’opportunité à la fois de publier peut-être un jour (tremplin pour le livre) et d’en retarder le plus longtemps possible l’échéance. Mais déjà, il faut bien l’avouer, ce blog est sur la mauvaise pente.
Fin de blog, un livre peut-être : à la fois la reconnaissance d’une pensée et / mais l’échec d’une parole qui l’aurait rendu inutile. [12] Un livre, c’est sûrement quand dire-être au monde n’est plus que dire aux hommes : mondanité.
* Voir supra.
[1] Ce qui ne signifie pas qu’on est un adepte de « l’art pour l’art », mais que « une chose est nécessaire » : réaliser.
[2] Et ils en ressentiront, à bon droit, quelque amertume.
[3] Loin de moi l’idée de juger « en-soi » quelque personne ou quelque blog que ce soit. Ce que j’interroge ici c’est la différence entre nos moi respectifs et la pertinence liée à cette différence d’une distinction entre notre travail de création (ou de réalisation) et la communication (incluant la relation) qui en est, semble-t-il, la consécration. Je livre ici mon questionnement et mon témoignage, peut-être utiles à d’autres. J’examine ce qui fait qu’un blog perdure par-delà succès – ou insuccès.
[4] Je laisse ici de côté toutes les formes d’un désir d’exercer un pouvoir, une influence sur autrui.
[5] Le Zarathoustra de Nietzsche illustre cette façon de voir : il a longtemps amassé du miel en solitaire, dit-il ; il s’aime maintenant de le distribuer aux autres sans trop attendre d’eux. Zarathoustra ne s’accroche pas à son talent mais à son œuvre ! Il ne distrait pas, il donne. (Et il ne s’agit pas d’abnégation !)
[6] Personnellement, j’ai commencé par la forme poétique, contraignant mes pensées à la concision et la rime, ce que d’aucuns considérèrent comme un mélange des genres. Le blog est mon nouveau cadre. Ce que je dis à la suite, je le dis comme un commentaire.
[7] L’un et l’autre sont pareillement seuls au blog-monde au moment où ils y entrent. Bien évidemment tous deux espèrent dans les autres, mais l’un ne veut pas en faire une condition. Du reste, pour ce blogueur parti, la question maintenant est certainement: « où et comment poursuivre ailleurs ? » C’est-à-dire « quel autre cadre ? » S’il cherche à publier auprès d’un éditeur, peut-être, ce sera alors pour lui l’occasion de mettre cette fois le relationnel – à la fin. Un apprentissage de la distance ? de l’amour différé ? Blog : l'amour de la littérature en live ? ;-)
[8] Du moins aussi longtemps mutuelle… que les autres ne nous ont pas consacré.
[10] Je préfèrerais mentionner des collaborateurs sur un projet commun.
[11] Et forcément je ne me ferai pas beaucoup d’amis… (mais « Il est peu de vices qui empêchent de se faire beaucoup d’amis » !)
[12] « Dis ta parole et te brise ! » est la tragédie de l’homme seul, condamné à communiquer au travers d’un livre.
07:00 Publié dans A propos, suite, sagesse du dire, s'entredire | Lien permanent | Commentaires (57) | Envoyer cette note | Tags : blog, création, relation, communication, dire-être préalable


