08.01.2007

Je ne sais plus

[Epistémofolie]    [Froncement de sourcils]

 

On a foi, par exemple en son dieu, on croit en lui.

Mais aussi :

(-) On aime l’art, car on a plaisir à croire, à s’en laisser conter.

(-) On espère, on mise sur son croire personnel ; on mise en l’occurrence sur l’avenir, mais c’est pour donner un objet à son croire. [Miser sur son propre croire   car croire est notre faculté et notre jouissance   c’est croire deux fois].

(-) On dit « je ne crois pas »   comme si l’on pouvait ne pas croire quand on dit quelque chose.

(-) …

 

On sait, on a foi dans son savoir :

(-) On sait, (c’est-à-dire) on croit (que ça signifie) qu’on ne croit plus.

(-) On sait ce qu’on dit, (car) on croit que dire n’est autre que « dire quelque chose ».

(-) On dit ce qu’on sait, la vérité, mais on ne sait alors pas ce qu’on fait à celui auquel on la démontre. [On sait la vérité, mais on ne sait pas ce qu’on en fait, à part la dire].

 

On sait parce que c’est là, « savoir », dans la logique du seul discours, du discours-qui-parle-tout-seul (supra), discours qui se veut, depuis ses origines, dire-de-la-vérité-même. La vérité, dit-on, aurait une bouche contre laquelle il suffirait de coller son oreille : bocca delle verita. Mieux ! la vérité serait la bouche, l’essence même de toute chose, l’en-« soi » ; voilà le grand « secret ».

Mais il aura fallu, et il faut aujourd’hui encore à chaque instant où l’on sait et où l’on dit au Nom de la vérité, ignorer presque tout de ce qu’a « voulu » le verbe s’entredire. On sait la vérité en-« soi » parce qu’on ne sait pas la bouche triviale et dissimulatrice originelle, spécialement affrétée voici longtemps pour accomplir une tâche purement     économique   

 

Une économie du dire jusque dans nos fors intérieurs.

Par exemple, croire que notre pensée n’est que dialectique socratique.

 

La vérité en-« soi » ment-elle ? On se plaît à croire et faire accroire que c’est elle qui parle. On a fini par s’en convaincre. C’est pourquoi on interroge toute chose et l’on en discute entre nous "pour la faire parler". Et ça nous arrange à tous qu’il en soit ainsi ! Car cela nous permet aujourd’hui encore de nous dire les uns aux autres et aussi les uns les autres, avec quelque efficacité :

 

Cela fait de nous des hommes crédibles, crus et croyants dans une civilisation fondée sur du cognoscible, du connu et surtout   un sujet connaissant.

 

*

 

Chaque discours à tout moment incruste un Nom dans le verbe dire

Et ainsi fait resplendir un peu plus le diamant de la Culture. 

L’anneau est dissimulé aux yeux de chacun,

Qui pourtant grâce à lui, seul respire.

 

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