06.11.2006

Le Droit des postillons

Paradoxalement peut-être, la totale liberté d’expression rend plus aisée… l’incompréhension générale. Elle multiplie en effet les motifs de ne pas se comprendre. Ces motifs s’exhibent même plus ou moins explicitement au travers de tel ou tel discours ou affirmation comme un Droit imprescriptible immédiatement afférent à la liberté d’expression  – entendu au droit de « réponse », vu que la plupart du temps on s’affirme à l’encontre de ce qui nous entrave, on ne fait que « répondre » ou « se défendre ».

 

Comment nommer un Droit qui en cache « un autre » ?

 

Tout se passe comme si la liberté d’expression était la suprématie accordée à la bouche grand’ouverte    et ses différentes façons de montrer les dents  sur tous les autres sens ; suprématie du vouloir-dire à autrui sur le droit d’autrui à être correctement écouté, par exemple. Plus largement : suprématie des postillons sur une règle minima de communication par l’ouïe, la vue, le tact, le flair ou encore le silence : avoir le choix. Pourvu de parler, on a le droit, on dirait presque le devoir, de nager dans les contradictions :

 

- Ne pas penser… et dire ce qu’on pense

- Ne pas lire… et répondre

- Ne pas répondre… et riposter

- Dire à quelqu’un… en son absence

- Etc.

 

A ce train là, nul ne trouve de correspondance… ;-)  

 

Quand le Pouvoir* donne ainsi à tous la parole,

C’est pour mieux jouir de la confusion.

‘Cause toujours’ leur dit-il, et chacun croit entendre :

‘Chic ! Liberté d’Expression !’ :

 

« Parce que j’ai un Droit, j’en use,

C’est-à-dire en abuse**

Sinon, c’est que je n’ai pas ce Droit

Et, ô Honte à nous tous,

C’est bien qu’il y a Censure ! »

(A suivre)

================

(*) L’Inter-dire du moment (supra)

(**)  =  j’en profite pour étouffer un quelconque préalable devoir.